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"La condition de la femme dans les sociétés africaines"

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Longueur max du texte : 10.000 mots

 

1er prix : 60.000 CFA (choisit par un jury)

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LA STATUE EN BOIS

de Manou Tahiro

Sur un tabouret, le menton entre les deux mains, les yeux perdus dans un vide, le film de sa vie défilait, avec le silence et l'indifférence de cet instant, dans sa tête recouverte de cheveux argentés. Des bribes de souvenirs que ce temps qui passe et trépasse sans cesse, se bousculèrent, pêle-mêle dans sa mémoire vieillie par tant d'années. Qu’avait-elle fait ou du moins qu'avait-on fait de sa jeunesse ?  Elle qui avait nourri le rêve d'une existence dorée loin de son Blébou natal. Elle qui avait secrètement caressé le désir d'une vie de citadine, loin des sentiers battus et des clichés orthodoxes de réfractaires à ce nouveau monde. Elle qui, toute petite déjà, jalousait ces jeunes vacancières à l'allure soignée et aux manières distinguées dont les parents, soucieux de transmettre à leur tour l'héritage culturel reçu de leurs parents, trimballaient contre leur gré sur la terre de leurs ancêtres. En somme elle rêvait, dès son plus jeune âge, de s'extirper des chaînes de cette pesante tradition. Aller à la capitale, où il existait de nouvelles mentalités qui sonnaient peu à peu le glas de ces communautés archaïques. Ces univers où demeuraient encore des irréductibles au changement, dont les visions stéréotypées et caduques faisaient force de coutume. Adolescente, Mamy Douman avait vu sa mère crouler sous le poids méprisant et écrasant  d'une société qui prédestine, leurs volontés n'étant point considérées, les jeunes filles au mariage forcé. Et les seize ans révolus, elle avait à son tour goûté à l'amère expérience de ces unions, forcées ou arrangées, selon que l'on est pour ou contre. Les fers oppressants de ce vieil usage, qui avaient assuré la pérennité de leur lignée ne devraient en aucun cas être brisés, au risque de voir le village tout entier s'effondrer, pensait-on tout naturellement.  Et à présent, une pensée la hantait : sa fille. Elle ne devrait pas subir toute cette pénible existence jusqu'à ses vieux jours auprès d'un vieux pervers, sans possibilité d’épanouissement. Elle ne devrait pas porter ce fardeau avilissant d'une tradition dépassée, donc en déphasage avec les réalités du moment, dans ce monde perpétuellement glissant. Tous ces rêves brisés, tous ces espoirs anéantis par plus de quarante ans de mariage avec le vieux Bohoussou, de plus de 20 ans son aîné, elle était prête à les transmettre à sa fille Akouba.

       Il était presque dix huit heures et le soleil se rapprochait peu à peu de sa couchette. Là bas dans le ciel, il commença à se débarrasser de ses parures d'or pour s'engouffrer dans l’obscurité de la nuit. Les hommes revenaient des champs et les enfants de l'école.

  • Bonsoir maman.

  • Bonne arrivée ma fille. Tu en as mis du temps ! s'étonna Mamy Douman à la vue de sa fille qui revenait de l'école.

  • On devait balayer la classe, se défendit Akouba.

  • Où sont tes frères, l'interrogea sa mère.

  • En train de jouer dans la cour d'à côté, répondit Akouba, toute embarrassée.

  • Qu'est-ce qu'il y a ? Qu'est-ce qui se passe, ma fille pour que tu prennes cet air contrarié ?

  • Maman, comme je te l'avais dit la dernière fois, tonton Kouao n'arrête pas de venir m’importuner. Chaque soir, il m'attend devant l'école et il persiste à m'appeler sa femme. À cause de cela, je suis même devenue la risée de toutes mes camarades. Je n'en peux plus de cet harcèlement. Fais quelque chose, maman, s'il te plaît !

Akouba était la fille unique de sa mère et de son père qui, quant à lui, avait eu trois garçons, avec sa première femme, malheureusement décédée. Mamy Douman ne dit mot de plus. Détournant son regard de sa fille qui s'était alors éclipsée devant son mutisme, elle revint à ses précédentes inquiétudes. Et de plus belle. Une pensée commençait à germer dans son esprit. Quelque chose à son insu se tramait. Et lui vinrent des souvenirs du vieux Bohoussou, qui avait rodé jadis autour d'elle, alors qu'elle n'avait que quinze ans, épiant ses moindres mouvements, bien avant leur union. Le mode opératoire se dessinait avec une nette évidence : sa fille, son unique enfant, semblait promise à cet adulte de Kouao. Elle se devait d'en avoir le cœur net. De manière subtile, la nuit tombée, dans l'intimité du lit, elle décida de tirer les vers du nez à son mari.

  • Akouba a quinze ans et est en classe de CM2. L'année prochaine, il faudra qu'elle parte en ville pour le collège, après l'obtention de son CEPE.

  • Une jeune fille a des obligations et notre société se doit de se renouveler, femme, répondit Nanan Bohoussou, comme l'appelait ses proches.

  • Mais

  • Trêve de bavardage femme. Si tout le monde se met à converger vers la ville, que deviendrait Blébou ? Si notre village venait à se vider de sa jeunesse, sa vitalité, que sera demain ? Depuis l'avènement de ces maudites cités qui engloutissent l'humain comme des labyrinthes, nos contrées se meurent. Les jeunes courent vers la ville espérant y vivre comme le blôfouè - l'homme blanc. Mais arrivés là-bas, qu'est-ce qu'ils découvrent ? Que des mirages comme de la poudre qui les brûlent les yeux. Et pour ne serait-ce qu'un bout de pain, sont-ils prêts à s'agenouiller comme de pauvres mendiants. Soit ils deviennent des voleurs et finissent dans de sordides prisons ou six pieds sous terre ; soit ils s’épuisent dans des usines pour un salaire de merde. Les jeunes filles, n'en parlons même pas. Grossesses non désirées suivies d'enfants sans père et prostitution sont les réalités qui meublent leur existence dans ces villes. La ville, je l'ai connu très tôt et je me suis affranchi d'elle car déshumanisante. Il ne faut pas rompre la chaîne. Et une femme est une femme. J'en ai fini.

D'un ton péremptoire, Nanan Bohoussou mit fin à cette nocturne discussion. Dans le silence de la nuit qui continuait tranquillement son cours, Mamy Douman songeait, l'âme anxieuse. Son idée fut toute faite : les paroles de son mari en disaient long. Mille questions défilèrent dans sa tête en ces heures tardives. Sa fille était-elle promise à ce vieux écervelé de Kouao ? Cet adulte qui avoisinait la cinquantaine et qui avait déjà trois femmes et une multitude d'enfants ? Cet homme sans grande conscience, à l'oisiveté légendaire, qui laissait le gros des travaux champêtres à ces femmes et son bataillon de rejetons, était-ce à lui que sa fille était promise ? Non, elle n'accepterait aucunement qu’Akouba, en qui elle plaçait des vœux de réussite, en soit réduite à cette triste vie. À l'opposé de sa mère, partie depuis pour la nuit sans fin, elle ne se laisserait pas faire même si son avis n'avait aucune valeur de décision. Elle commençait, déjà à échafauder des subterfuges pour soustraire sa fille à l'inéluctable qui se profilait à l'horizon. Et Morphée vint, avec l’émiettement de cette nuit sans lune, la ravir à ses profondes réflexions.

      Le lendemain vint comme d'habitude. Le soleil se leva à la même heure et au même endroit, toujours fidèle à son éternel rituel. Dans les différentes cours, le quotidien reprit ses droits. Les femmes s’affairaient près des foyers pour la cuisson du petit déjeuner. Les enfants s'apprêtaient pour l'école et les hommes, affutaient machettes et dabas pour les champs. Après des heures, engloutie dans la torpeur de cette nuit tropicale, le village reprenait peu à peu ses activités journalières, lorsqu'un de ces véhicules de transport, communément appelés ‘‘badjan’’ qui relient Blébou à la ville, perturba de son bruyant klaxon la belle humeur de cette localité. Le véhicule se gara non loin de la cour de Nanan Bohoussou. On entendit des clameurs à la vue d'une jeune femme, merveilleusement vêtue, qui descendit de l’engin. C'était Adjoba, une des jeunes cousines de Mamy Douman partie dix ans plutôt pour l'Europe. À l'instar des autres femmes de son voisinage immédiat, Mamy Douman se précipita vers la nouvelle venue. Elle enleva un pagne, le mit par terre, comme un tapis devant sa cousine et lui dit tout en esquissant des pas de danse : «  akwaba » qui signifie bonne arrivée en langue locale. Après les échanges de civilité, et les différents mots de bienvenue, Mamy Douman prit congé de sa cousine, et retourna à ses occupations matinales. Ce même jour, alors qu'on s'approchait de dix heures du matin, le couple Bohoussou reçut une visite toute particulière, qui allait grandement troubler la quiétude de Mamy Douman. Kouao, le Kenta - un pagne traditionnel - enroulé autour du corps se présenta, d'un air solennel à leur cour. Nanan Bohoussou, à sa vue, revêtit la mine des grands jours, s'empressant même, malgré son grand âge, d'installer le visiteur.

  • Mamy, appela-t-il sa femme d'un ton imposant, nous avons de la visite.

Mamy Douman se hâta, laissant ses occupations ménagères en suspens, pour accueillir leur visiteur du jour. Elle s’assit sur un tabouret, à côté de son mari. Les salutations d'usage effectuées, Kouao, avec une attitude de conquérant, prit la parole pour leur annoncer la raison de sa visite de ce jour.

  • Nanan, vous avez connu mon défunt père, parti il y a plus d'une décennie pour ce voyage sans retour. Vous m'avez vu dès mon jeune âge et vous avez depuis tout ce temps été le témoin de mes charges et du rôle que j'ai joué pour assurer la survie des miens et de notre lignée. Mais le temps comme toujours se fait la limite de l'homme. Et je commence à me faire vieux. Je sens mes forces en decrescendo me quitter. Ce qui menace la survie de ce vaste patrimoine que m'a légué mon père. Ajouté à cela, il y a cette constante saignée, cet exode rural qui rend exsangue nos villages. Nos jeunes partent pour la ville et la main d'œuvre se fait de plus en plus rare. Il faut du renouveau, du sang neuf. Aussi, je viens vous demander la main d'Akouba, votre fille.

Un tressaillement traversa soudain le corps de Mamy Douman. Hélas, ces doutes trouvèrent enfin leur fondement.

  • Merci Kouao. J'ai bien entendu et compris ta requête. Cette volonté que tu manifestes à l'égard de ma fille m'émeut pour diverses raisons. En effet, notre monde s'effondre. Nos jeunes d'aujourd'hui sont éblouis par les lumières aveuglantes de cette civilisation occidentale qui à bien d'égards les égarent. Ils sont sans repère. Sans boussole, que vaut l'humain ? Rien du tout. J'ai bien compris ta demande et je lui donne, séance tenante, une suite favorable. Une femme reste une femme, la compagne de l'homme. Akouba sera tienne. Conclut Nanan Bohoussou.

  • Que les mânes de nos ancêtres vous gardent et assurent la pérennité de votre lignée, dit Kouao.

La chose scellée, Mamy Douman retourna à ses tâches, le cœur meurtri, le temps pour les deux hommes d'arrêter le jour et les modalités des noces.

Le soir venu, alors qu'elle songeait à différents scénarios afin d'empêcher cette union, elle reçut la visite de sa cousine Adjoba, tout fraîchement arrivée de l'Europe. Après un bref échange de civilités avec Nanan Bohoussou, les deux femmes s’isolèrent dans un endroit pour bavarder. Ça faisait un bail quand même qu'Adjoba était partie à l'autre bout du monde.

  • Je te trouve bien anxieuse. Qu'est-ce qui ne va pas ? dit Adjoba.

Les yeux larmoyants, Mamy Douman raconta à sa cousine la grave décision qu'avait prise son mari : donner leur fille de 15 ans en mariage à cet inconscient de Kouao. Adjoba s'en offusqua. Révoltée, elle prononça ces paroles à sa cousine :

  • Calme-toi Mamy. Cela n'arrivera pas, je t'aiderai, dit-elle avant de partir. Je reviendrai demain.

Après le départ de sa cousine, Mamy Douman alla se coucher. Mais la nuit fut interminable. Les réflexions perturbées par les ronflements du vieux Bohoussou, elle songeait. Elle pensait à toutes ces adolescentes embastillées dans les carcans de cet implacable usage. Sa mère, ses sœurs, ses cousines, ses amies, toutes ces jeunes filles que la coutume cloua au pilori du mariage forcé. Toutes ces jeunesses sacrifiées sur l'autel d'une tradition obsolète et moribonde. Une tradition à l’agonie. Et elle se décida, intérieurement et fermement : Akouba en sera l'exception. Et le jour se leva sur elle et ses pensées dans la tourmente.

      Le ménage effectué, elle reçut la visite comme prévu de sa cousine Adjoba.

  • Bonjour Nanan.

  • Ah ! comment vas-tu, l'européenne ? Pas trop dépaysée j'espère, répondit-il d'un ton ironique.

  • Ça ira Nanan, rétorqua Adjoba.

  • Comment le monde se porte -t-il ? lui demanda le vieux Bohoussou avant de poursuivre : tu sais, ma fille, nos régions sont fortement enclavées. Les informations nous parviennent rarement, sinon jamais.

  • Le monde se porte comme il se porte, Nanan. Si seulement les hommes étaient animés d'amour, il s'en retrouverait meilleur, lui répondit-elle.

  • Je vois. Quels vents t’amènent ici de si bonne heure ?

  • J'ai un projet d'une ONG européenne d'aide aux jeunes filles des milieux ruraux. Et je désire y inscrire Akouba. On parle de millions de francs mais pour cela, j'ai besoin de son extrait de naissance.

À l'évocation des millions de francs, les yeux de Nanan Bohoussou scintillèrent.

  • Il fallait le dire vite. Tu sais, Akouba est aussi ta fille. Et quoi de plus naturel pour une tante que d'aider sa nièce. C'est cette solidarité qu'on souhaite voir entre vous fils et filles de Blébou. Nous sommes à l'article de la mort. Notre temps est derrière. C'est sur vous désormais que reposera ce village, dit Nanan Bohoussou pour conclure son propos.

Il rentra dans la maison et ressortit après quelques minutes avec un document : l'extrait de naissance d’Akouba.

  • Merci Nanan. Je pars faire un tour au marché avec Mamy Douman. Bonne journée Nanan.

  • Merci ma fille, lâcha le vieux Bohoussou, l'air satisfait.

Les deux femmes prirent la direction du marché. Mais avec une escale toute particulière et surprenante. Elles s’arrêtèrent pendant une trentaine de minutes chez Amangoua le sculpteur et là, une commande fut passée. On ne sut pas trop de quoi il s’agissait ; des statuettes pour le retour d'Adjoba en Europe peut-être.

Le jour des noces se rapprochait à grand pas et Akouba, maintenant informée de la décision de son père de la donner en mariage, était consternée.

  • Reste tranquille ma fille, lui dit sa mère.

  • Maman, le suicide serait de loin meilleur que d'épouser ce type, s'indigna Akouba.

  • N’évoque pas une telle folie ma fille. Tu ne te marieras à personne dans ce village encore moi à ce gâteux de Kouao. Pas de mon vivant en tout cas. Fais-moi confiance. Je suis ta mère, la rassura Mamy Douman.

      Les jours passèrent et on était à présent à la veille du jour prévu pour le mariage. Les femmes des alentours, qui eurent vent de la cérémonie vinrent chez le vieux Bohoussou pour participer aux préparatifs, comme le veut la coutume. Akouba, le cœur meurtri et la mine inquiète se faisait tresser pour l'occasion.

  • Maman, lâcha-t-elle la mort dans l'âme à Mamy Douman.

  • Ma fille, je suis ta mère et sois sereine. Tu n'épouseras pas ce vieux con.

À la nuit tombée, le couple Bohoussou reçut la visite d’Adjoba, élégamment vêtue.

  • Bonsoir Nanan, lança Adjoba en rentrant dans la cour.

  • Bonsoir ma fille. Comment vas-tu ? l'interrogea le vieux Bohoussou.

  • Ça ira Nanan. Je viens vous informer de mon départ pour l'Europe. Une urgence professionnelle, laissa-t-elle entendre.

  • Déjà ? Tu n'es arrivée que la semaine dernière ! s'étonna Mamy Douman.

  • Je dois aller. Je viendrai l'année prochaine pour le projet des filles des milieux ruraux dont je vous ai parlé, dit-elle.

  • Que les esprits des ancêtres t’accompagnent jusqu'au pays de l'homme blanc, lui dit Nanan Bohoussou en guise de bénédiction.

Ainsi Adjoba leur fit-elle ses adieux avant de prendre place à bord du véhicule qui l'attendait. Après ce départ, Mamy Douman se cloîtra dans un grand silence. Nanan Bohoussou, sentant le sommeil s'emparer petit à petit de lui, se leva de son siège et se dirigea vers la chambre des enfants pour s'assurer de la présence de tout le monde, principalement celle d'Akouba. Il la vit qui dormait déjà dans un coin de la pièce, enveloppée dans un drap, sur une natte. Rassuré, il prit la direction de sa chambre. Mamy Douman quant à elle resta longtemps dans la cour, jusqu'à une heure tardive, à scruter les étoiles qui scintillaient dans le ciel avant finalement de rejoindre le lit conjugal.

        

          Le jour tant attendu finit par arriver. Mamy Douman pour ce jour se leva de bonne heure pour aller au champ chercher des légumes. Nanan Bohoussou qui s'était réveillé une heure plus tard chercha Mamy Douman dans la cour, au milieu des femmes qui s’activaient pour la cérémonie de mariage. 

  • Partie au champ, lui fit savoir une de ses voisines qui, un couteau en main, épluchait des tubercules.

  • Mais elle devrait en ce moment préparer Akouba pour la cérémonie, laissa-t-il entendre, tout en se dirigeant vers la chambre des enfants. Akouba, Akouba, pourquoi dors-tu encore ? N'es-tu pas informée de ce jour ? Dit-il tout en la tapotant, enveloppée dans le même drap que la veille.

Mais seulement, il manqua d’abimer ses doigts. C'était tout sauf un corps de jeune fille. Il retira le drap et découvrit une statue en bois, là, étalée sur la natte. Il s'empressa de ressortir de la chambre, la bouche béante et les yeux désorbitant d'étonnement. Kouao au même moment fit son entrée, royalement vêtu et muni de nombreux présents que transportait une forte délégation à sa suite. Ses yeux étincelants croisèrent le regard hagard du vieux Bohoussou et tout à coup, le temps se figea entre les deux…

UNE LETTRE DE MADAME VEUVE

de Nina Kameni

 

Eva se regarda dans la glace pour la centième fois. Tout était parfait. La maquilleuse avait fait du bon boulot. Son visage était transformé. Et cette robe ! Grands dieux ! Cette robe était seyante et vaporeuse à la fois ! Une véritable merveille ! Mais au-delà de tout ce que l’œil pouvait voir, il y avait l’impalpable, il y avait le statut : femme mariée ! Eva n’arrêtait pas de se répéter cette phrase en boucle dans sa tête, un sourire béat sur les lèvres : «Mariée ! Je suis une femme mariée ! On m’appellera désormais Madame. Ah non ! Pas un "Madame" de convenance mais bien Madame parce que je suis mariée. Oh la la ! C’est le plus beau jour de ma vie.» Toutes les femmes sont peut-être aussi hystériques le jour de leur mariage mais Eva l’était encore plus.

Eva venait à peine de sortir de l’adolescence et pour cause elle n’avait que 22 ans. Si jeune mais déjà si surexcitée à l’idée de se marier. Elle avait toujours ressenti au plus profond d’elle cet instinct d’épouse. Peut-être était-ce dû à l’abus des Harlequins ou des Télé Novelas, elle n’aurait su le dire avec certitude.  Quoiqu’il en soit, plus jeune, elle passait ses journées à rêvasser, et, dans ses rêves toute éveillée, elle se voyait femme au foyer effectuant les tâches ménagères et quêtant  le retour de son mari. Il est clair qu’en 2021 peu de femmes se réduisent à ce simple rôle de femme au foyer, mais pour Eva des expressions telles que boss lady, femme capable, girl power, féministe lui étaient complètement étrangères. Elle préférait la vie à l’ancienne, les institutions traditionnalistes du mariage qui veulent que l’homme pourvoie à tous les besoins de la famille et qu’en retour la femme accomplisse tous ses devoirs envers son mari. Cette conception de la vie maritale la ravissait au plus haut point.  

Elle s’imaginait épouse mais aussi et de surtout mère… mère elle l’était déjà… bon presque. A cette idée, elle sourit en caressant son ventre… Un mois de retard. Voilà une des raisons qui avait poussé Eric à précipiter leur union. Ils étaient les seuls à le savoir et personne d’autre ne devait en être informé. Même pas sa grand-mère maternelle, Mamoune, comme elle aimait à l’appeler affectueusement. Mamoune l’avait prise sous son aile à la mort de sa mère alors qu’elle n’avait que dix mois. Son père, lui, était décédé quelques mois avant sa mère, dans un accident de la circulation, lui avait dit Mamoune. Quant aux circonstances de la mort de sa mère, la vieille dame s’était toujours montrée évasive, presque fuyante et finissait par s’agacer lorsque la jeune fille insistait trop. Eva était une orpheline mais cela ne l’affectait pas beaucoup car Mamoune et Papou (son grand-père, mort durant son adolescence) l’avaient toujours couverte d’amour et d’affection au point où elle avait parfois l’impression qu’ils en faisaient trop.

 Malgré tout, Eric son chéri avait été formel : personne ne devait être au courant. Eric était tout aussi vieux jeu qu’elle et très religieux avec ça : il avait, comme on dit dans le jargon populaire la crainte de Dieu. Ils n’étaient donc pas censés avoir des rapports intimes avant leur mariage, ils se l’étaient promis. Mais il faut croire que l’expression la chair est faible s’appliquait bien à ces deux tourtereaux. Ils se connaissaient depuis qu’ils avaient, elle 15 ans et lui 18 ans. Ils avaient tenu le coup pendant six bonnes années, un record diront certains, un mensonge penseront d’autres. Par ailleurs, Eva, assez superstitieuse, se rappelait qu’une de ses tantes lui avait recommandé de ne jamais se marier en état de grossesse sinon les sorciers qui peuplent nos dots et cérémonies de mariage n’hésiteraient pas à manger son enfant dans son ventre. Le mieux était d’accoucher avant de convoler ou alors de ne dire mot à qui que ce soit. Eva avait choisi la deuxième option qui s’accordait mieux avec le désir d’Eric de préserver son intégrité morale auprès des siens.    

Alors qu’elle était encore plongée dans ses pensées, Mamoune frappa doucement à la porte et demanda poliment la permission d’entrer.

  • Bien sûr entre. Je suis déjà prête de toute façon.

  • C’est bien ma puce. Eric est en bas, il t’attend, tout nerveux et excité à la fois.

Mamoune souriait toujours. C’est comme si elle ne pouvait pas s’en empêcher. Ses fossettes se creusaient alors très profondément lui redonnant une seconde jeunesse. Elle s’approcha de sa petite-fille et fille adoptive dans le même temps. 

  • Ma puce, tu es tout ce que j’ai depuis la mort de ta mère qui était ma fille unique. C’est comme si en partant elle m’avait laissé un cadeau, un magnifique cadeau, le plus beau qui soit, une partie d’elle. Et c’est fort de cela que j’ai pu surmonter mon chagrin plus aisément que d’autres mamans.

  • Je le sais bien chérie. et toi m’avez apporté plus que ce que des parents biologiques peuvent apporter à leur progéniture. Je n’ai jamais souffert de l’absence de mes géniteurs. Et aujourd’hui, je suis une femme, une vraie de vrai et c’est à vous que je le dois assurément.

  • Merci ma puce, rétorqua la vieille dame au sourire figé. Ah ! Au fait en rangeant les affaires de ta mère, j’ai trouvé cette petite boîte contenant toutes les photos de ta maman. Ce sont des souvenirs qui devraient te revenir. C’est mon modeste cadeau pour ton mariage.

Alors qu’elle achevait sa phrase, elle tendit la boîte à Eva.

  • Merci Mamoune. Tu ne peux pas savoir combien cela me touche.

Elle sauta au cou de la vieille dame, émue aux larmes.

  • Autre chose ma puce, poursuivit-elle, prends garde à toi, au-delà du titre et de ses avantages, il y a aussi un lot d’embûches auxquelles toutes les femmes ne sont pas toujours préparées. Je t’exhorte à toujours me tenir au courant de tout ce qui se passe dans ton nouveau foyer, même les choses les plus anodines… Tu es tellement jeune et je m’en voudrais de te perdre. (La jeune fille fit oui de la tête.) Je le dois à ta mère. Maintenant descendons, nous ne devons pas trop faire attendre ton futur époux.

La future mariée avait pris soin de ranger le fameux coffret et prit la main que lui tendait sa grand-mère pour l’aider à descendre les marches qui la mèneraient vers sa nouvelle destinée.

 

« Chère Maman, c’est le cœur en charpie que je t’écris cette lettre. Bien que ton analphabétisme soit connu, je te sais assez maline pour trouver un moyen de la lire car je suis incapable de tout te dire en face. Je regrette de m’être mariée, je regrette parfois de l’avoir tant désiré. Mais c’est que j’avais eu tellement peur de finir vieille fille. 35 ans et toujours pas mariée ! C’était une honte et j’avais l’impression de te déshonorer. Je repensais à Tante Claudia que l’on s’amusait à surnommer "Harpie". Elle n’avait jamais conçu ni convolé. Les gens poussaient le vice jusqu’à la prendre pour une sorcière alors qu’en réalité elle est née avec un handicap assez rare et tabou en Afrique : l’hermaphrodisme. De ce fait, elle a plus tendance à ressembler à un homme qu’à une femme ; toute chose qui explique son célibat.

J’avais aussi une pensée pour Ma’a Odile, cette femme si douce et gentille mais qui n’avait jamais eu la paix dans son foyer, et pour cause, elle est stérile ! Quoique la tristesse se lise au fond de ses yeux, elle ne manque pas d’adresser un sourire ou une parole compatissante à quiconque traverse une mauvaise passe. Tellement altruiste, mais forcée de partager son époux, son premier et unique amour avec une autre.

Ce dernier exemple, loin de me dissuader, m’a galvanisé car j’étais plus que décidée à me trouver un mari, convaincue que cela ne pourrait m’arriver.

Te rappelles-tu Maman de ces paroles que je trouvais empreints de sagesse par le passé mais que je trouve en ce moment totalement vides de sens ?

 Mon enfant, ma chère enfant, tu n’as pas oublié ce que je t’ai toujours dit : la place d’une femme est dans un foyer, c’est son destin et ce n’est qu’à ce moment qu’elle peut estimer avoir réussi dans la vie. Je suis fière de toi. A présent tu es une femme, une vraie.

Oui Maman ces paroles étaient mon leitmotiv. Ces paroles m’ont poussée dans les bras de Georges, m’ont poussée à me battre bec et ongles pour l’avoir.

Nous bossions tous deux dans le même hôpital, lui comme médecin généraliste et moi comme infirmière. Sans être un Dom Juan, Georges n’avait aucun mal à séduire la gente féminine par cette bonne humeur à toute épreuve et cette promptitude à rendre service à son prochain. Bref Georges était une perle, une perle que je devais posséder quoiqu’il m’en coutât. Je n’avais pas vraiment des sentiments forts pour lui mais je savais qu’il ferait un mari idéal… et puis le temps jouait contre moi. Les rumeurs allaient déjà bon train dans ma famille et même dans le voisinage sur les raisons qui pouvaient expliquer qu’à 35 ans une femme bien sous tous rapports soit toujours célibataire et sans enfants. J’entrepris donc de séduire notre aimable comptable. Exit les Kaba Ngondo et autres robes longues qui osent dissimuler la beauté de l’anatomie féminine. Ce virage vestimentaire à 180º semblait ravir tous mes collègues mâles mais pas Georges, ma cible. Il semblait indifférent. Il est bien vrai que j’étais loin d’être un canon de beauté, mais j’avais quand même de délicieuses formes que je pouvais mettre en valeur. Un jour, qu’on n’était que tous les deux au bureau, j’ai honte de l’écrire mais bon, au point où j’en suis  … Je me mis en idée de passer aux choses sérieuses. Je lui fis ouvertement des avances. Sa copine ayant voyagé depuis six mois pour l’étranger, il ne me résista pas longtemps. On fit l’amour, là dans son bureau. Bizarrement, Georges commençait à affectionner que nous soyions tous les deux de garde la nuit et s’arrangeait parfois à ce qu’il en fût ainsi. Par voie de conséquence, je devins sa maîtresse. Puis un beau matin, Georges sembla m’éviter et s’attelait à fournir prétexte sur prétexte pour ne pas avoir à travailler avec moi tard le soir. Sa copine était revenue et ils semblaient filer le parfait amour. Je le remarquais car elle venait souvent le voir à l’hôpital. Quelques semaines après nos petites escapades, je ressentis de violentes nausées matinales et un test de grossesse eut tôt fait de confirmer mes soupçons. J’entrepris de le lui annoncer avec la ferme conviction qu’il nierait tout en bloc ou assumerait ma grossesse sous anonymat. Grande fut ma surprise lorsqu’il bondit de joie à cette annonce. Il me promit de faire tout le nécessaire pour que ma grossesse se passât bien. J’étais heureuse de ce dénouement mais seulement à moitié car je le voulais aussi comme mari. Il venait me voir tous les soirs à la maison, on discutait, on riait aux éclats, on se découvrait des points communs. On est vraiment dans un siècle de vitesse : comment des gens pouvaient-ils avoir des rapports intimes sans vraiment chercher à se connaitre ? Ou alors avoir des rapports intimes avant de réaliser qu’ils avaient tant en commun ?

Les relations se détériorèrent entre Georges et sa copine lorsqu’il la mit au courant de sa  future paternité et par la même de son infidélité. Je pense que c’était un moyen pour lui de se débarrasser d’elle car il savait en son for intérieur qu’elle n’aurait jamais accepté pareille trahison. Je pense que ma grossesse lui avait fait réaliser qu’il était amoureux de moi.

Georges désormais libre, il n’y avait plus le moindre obstacle à notre amour jusqu’à ce fameux jour.

Un an déjà que Georges et moi avions convolé en justes noces. Notre petit bébé Eva le fruit de notre amour gazouillait près de moi lorsque la sonnerie de mon téléphone portable me fit sursauter. C’était une voix que je ne reconnaissais pas mais elle avait l’air de me connaitre vu qu’elle m’appela par le nom de mon mari. Cette voix m’annonçait dans la précipitation que je devais impérativement me rendre aux urgences car mon mari s’y trouvait dans un état critique. Mon sang ne fit qu’un tour et je tremblai de tout mon corps. Je rassemblai assez de force pour t’appeler et te demander de me rejoindre à l’hôpital. Tu t’en souviens certainement. A notre arrivée, nous fûmes redirigées vers la morgue pour une identification. Pas de doute possible, il s’agissait bien de Georges. Il semblait si paisible, on aurait dit qu’il était endormi. La douleur était si vive que j’étais comme parachutée dans un autre monde et j’entendais des voix parler de collision de son véhicule avec un gros porteur, de minces chances de survie possibles face à un tel choc. Je crois que je me suis évanouie quatre ou cinq fois ce jour et à chaque fois que j’étais dans les vaps, je faisais le même rêve : j’étais allongée près de Gorges dans notre lit conjugal mais il me tournait le dos. J’avais beau le secouer, hurler son nom, pour qu’il arrête de me tourner le dos et me parle, rien, il gardait la même position. J’ai continué de faire le même type de rêve plusieurs jours après son départ : une véritable torture comme tu peux t’en douter.

Les jours passaient et la douleur ne s’en allait pas bien au contraire, elle se renforçait. Je pensais que le seul supplice que j’avais à subir serait celui de la perte de mon mari, de l’angoisse de la solitude, de l’absence de l’être aimé. Alors là je me trompais lourdement. On n’y pense presque jamais lorsqu’on se marie, on ne pense jamais que l’amour peut nous séparer, du moins pas aussi tôt. Mais pire encore, on ne pense pas du tout alors là pas du tout au sort réservé à toutes celles qui perdent leurs maris – du moins dans certaines ethnies - le fardeau du veuvage, que dis-je, l’ignominie du veuvage. Tu te souviens à quel point j’en avais peur ? Tu te souviens comment je t’avais supplié de trouver un moyen pour que je puisse y échapper ? Tu m’avais répondu que je ne pouvais m’y soustraire car c’était la tradition et refuser de m’y soumettre jetterait le discrédit, la malédiction et l’opprobre sur mes enfants. A ce moment, je n’ai pensé qu’à ma petite Eva que j’avais, dans mon chagrin,  un peu délaissée. J’ai pris sur moi en me disant, que c’était un mauvais moment à passer et que mon petit ange valait bien tous ces sacrifices. Et puis, je n’avais aucune raison de paniquer, tout ce rituel était encadré, codifié et bien organisé, et, de plus mes belles sœurs n’avaient jamais manifesté d’animosité à mon égard, du moins je le croyais.

Vint donc le jour fatidique, je n’avais pas été autorisée à quitter le village de mon défunt mari après son inhumation. Oui je le sais, tu avais tenu à m’accompagner mais j’ai préféré y aller avec ma cousine Gabi. Je doute que ta présence eût changé quoi que ce soit. J’avais pris quelques renseignements sur le sort qui m’attendait en fonction de la région d’origine de mon défunt époux. Je savais que je serai probablement malmenée par mes belles-sœurs, mais il ne s’agissait là que d’une stupide mise en scène et tout ce que j’aurais à faire ce serait de jouer le jeu et de me laisser faire sans opposer de résistance. Alors, je ne trouvai rien à redire lorsque je fus trainée par les cheveux dans la chambre conjugale. Sans ménagement, elles m’accusèrent de la mort de mon mari, ce à quoi je ne devais dire mot. Mais ce qui me mit hors de moi fut le fait qu’elles arguaient que j’avais envoûté Georges car jamais il ne se serait intéressé à une femme telle que moi qui n’avait rien pour elle, une simple infirmière et pas très belle avec ça. J’ai voulu regimber et je me suis prise une gifle magistrale de la part de la grande sœur de Georges qui m’intima aussitôt l’ordre de me taire au risque de gâcher le rituel. Plus tard, on me fit passer au test de la balance de justice  comme elles l’appelaient. Cela se passait à la rivière du village. J’y fus conduite toute nue devant les regards amusés des petits jeunes qui trainaient là. Je devais me tenir debout les jambes écartées dans l’eau du ruisseau et une calebasse pleine d’herbes devait circuler entre elles. Si la calebasse stoppait entre mes jambes, cela serait le signe que j’avais tué mon mari et l’inverse me dédouanerait. J’eus la peur de ma vie car je me savais innocente mais je commençais à croire que mes belles sœurs en avaient réellement après moi et qu’elles auraient pu manigancer n’importe quoi pour que je sois accusée. Heureusement tout se passât bien au grand dam de Sophie la grande sœur de mon mari que je vis maugréer entre ces dents : le test a dû se tromper.  Elles n’arrivaient pas à accepter la mort trop brusque de leur frère et cherchaient un bouc émissaire dont elles se serviraient pour panser leurs plaies.  Le test réussi, elle attrapa une lame assez vieille et la tendit à un vieux monsieur tout près lui intimant l’ordre de me raser la tête. Je palis à cette annonce et eut un mouvement de recul. Je fus attrapée et maintenue de force par deux autres mastodontes alors que ma chevelure m’était enlevée, et pas que ma chevelure de tête, tous les poils de mon corps devaient partir et même mes ongles. Les vêtements que je portais pendant mes jours de détention furent brûlés. C’était une façon de couper tous les liens avec mon défunt mari et qu’il puisse me laisser refaire ma vie. Je pleurais à chaudes larmes durant cette épreuve dont je ne voyais pas le bout. Je ne sais même plus pourquoi je pleurais : les humiliations liées au rite de veuvage ou la mort de Georges.  

Finalement, elles me laissèrent non sans m’avoir prévenue qu’elles iraient vérifier si la mort de leur frère était bel et bien naturelle. Je terminai les jours qu’ils me restaient dans la chambre conjugale toute seule recevant de la nourriture par un petit trou comme une prisonnière et ne sortant à l’air libre que pour faire mes besoins et bien sûr sous bonne escorte.  

J’avais fini par me convaincre tout au long de ma détention que tout ce rituel avait un sens et que je devais l’agressivité de mes belles-sœurs à leur douleur. C’est donc plus détendue que je sortis enfin de la chambre, en quelque sorte libérée. Mes belles-sœurs ne semblaient pas avoir enterré la hache de guerre mais je n’en avais cure. J’étais libre. Oui Maman, j’étais libre, du moins je le croyais.

De retour en ville, je repris ma vie là où je l’avais laissée. Je prenais soin de ma petite Eva. Elle n’avait pas l’âge de raison et ne semblait pas affectée par la disparition de son père. Je la couvrais de tout l’amour et l’affection possible.

Je vaquais à mes occupations dans la maison que Georges nous avait léguées lorsqu’on frappât à la porte. J’allai ouvrir et tombai nez à nez avec Henri le grand-frère de mon mari. Je me confondis en excuses car je ne m’attendais pas du tout à sa visite et il n’y avait rien à se mettre sous la dent. Tout souriant, il me fit comprendre qu’il avait déjà pris son petit déjeuner. Ce qui me rassura un peu. C’est ainsi que ces visites à mon domicile se firent plus récurrentes et il ne venait jamais les mains vides. Et puis, un jour, alors qu’Eva dormait paisiblement dans son berceau, sa tétine dans la bouche, il se rapprocha de moi et tenta de m’embrasser. Je le repoussai violemment et subitement l’homme affable se transforma en un monstre. Je pris peur. Je crus qu’il allait me violer. On aurait dit qu’il avait lu dans mes pensées car il reprit de la contenance et me dit : Je ne force pas les femmes à avoir des rapports avec moi, elles me courent toutes après. Tu devrais en faire autant si tu veux que quelqu’un pourvoie aux besoins de la petite et aux tiens bien sûr. C’est l’épreuve finale de ton rituel de veuvage, fit-il moqueur.

Je résistai tant bien que mal à ses avances mais il est vrai que les charges de la maison commençaient à peser lourd sur mes épaules alors je finis par lui céder. Nous commençâmes à entretenir une relation. Personne n’était au courant bien évidemment. Les charges de la maison furent bien entendues réglées. J’étais honteuse car je sentais le regard de Georges posé sur moi, un regard plein de tristesse et de déception. La seule pensée du bien-être de ma fille suffit à me faire accepter une telle ignominie. Vivre avec ce poids sur la conscience m’était un peu supportable.

Puis un jour je fus prise d’une forte grippe accompagnée de ganglions au niveau de mon cou et en plus de tout cela, j’avais du mal à déglutir. A l’hôpital, le diagnostic tomba : primo-infection au VIH/SIDA. Cette annonce est tombée comme le couperet d’une guillotine. En dépit de tout ce que le médecin me disait, je me sentais condamnée à une mort certaine. Et le pire c’est que je ne pouvais imaginer que mon beau-frère ait osé me transmettre une telle maladie sciemment ou par négligence. Le monde s’est abattu sur moi, Maman. Je suis purement et simplement maudite. Je ne peux vivre avec cette maladie, Maman. Que vais-je raconter à Eva ? Que dans un acte de trahison envers la mémoire de son père, j’ai été lâchement punie ? Non je ne pourrais plus la regarder en face. Je ne peux plus te regarder en face Maman. J’ai des envies de meurtre et de suicide en même temps : tuer Henri ou me suicider ? Dans tous les cas, je serai la perdante et Eva aussi. Je ne veux pas qu’elle souffre à cause de mes erreurs.

Si tu entres en possession de cette lettre, ce sera le signe que je ne suis plus. J’ai essayé de me battre mais je ne suis pas assez forte pour vivre avec le poids de ma culpabilité.

Tu avais si peur que je te déshonore d’une manière ou d’une autre. Je crois bien que tes craintes sont devenues réalité. Une réalité bien triste et bien noire.

J’ai trouvé un moyen de partir sans que le suicide ne soit soupçonné. J’ai trouvé au marché noir un puissant anesthésiant que je vais ingurgiter par voie orale. Je vais m’endormir pour toujours. Pardonne-moi Maman d’avoir été aussi faible. Pardonne-moi. Prends bien soin de ma petite Eva.

Ta petite Clara qui t’aimera toujours même dans l’au-delà »

La petite boîte que lui avait remise sa grand- mère cachait un bien lourd secret : une lettre de sa mère, de sa génitrice. La  petite Eva qui n’était plus vraiment petite se rendit compte que ses larmes avaient mouillé une bonne partie des feuilles qui constituait la lettre de sa mère. Elle essuya du revers de la main son joli petit visage mais la cascade ne s’arrêtait pas. Elle remercia le ciel qu’Eric son époux se fût absenté car elle n’aurait pas su lui expliquer la raison de ce torrent de larmes. Ma mère ! Suicidée ! Comment a-t-elle pu croire que j’aurais cessé de l’aimer à cause de sa séropositivité ou de sa trahison envers mon père?

Mamoune était-elle au courant ? D’où cette tendance à fuir le débat autour de la mort de sa mère ? Comment avait-elle pu laisser sa mère traverser ce calvaire toute seule ? Tant de questions se bousculaient dans sa tête. Elle était partagée entre l’envie de confronter Mamoune et de lui cracher la vérité en face ou de laisser cette histoire dans le placard pour toujours. Mamoune était déjà bien vieille, lui révéler qu’elle avait une part de responsabilité dans le suicide de son unique fille serait une condamnation à mort certaine. Le silence est d’or. Elle appliquerait cette formule.

Elle alluma une bougie, récita dans une petite prière pour le repos de l’âme de sa mère et brûla une à une chacune des feuilles qui constituait la lettre. Elle savait à présent tout sur son passé et c’était comme si elle venait de perdre sa virginité, son innocence. Elle saurait également que la vie ne serait jamais tout en blanc ou tout en noir, car l’important serait de savoir apprécier les bons moments et affronter les mauvais car ils avaient tout aussi bien leur place.

Elle passa la main sur son ventre déjà tout rond. Elle attendait une fille. Elle sourit.

Etre une femme en Afrique est un challenge de tous les instants. La tolérance de la polygamie, de l’adultère, la culpabilité face à l’infertilité, la peur de finir vieille fille… Toutes choses qui la poussent à faire semblant, faire semblant d’aimer par crainte de la solitude, faire semblant de supporter, de porter la famille sur son dos car c’est ainsi qu’on a été éduqué, c’est ce que la société attend de nous. La société. Cette force invisible et visible à la fois car elle est tout et rien. Ce sont nos proches, des voisins, des collègues, parfois même des inconnus qui nous dictent ce que nous devons faire, qui veulent que nos vies soient semblables aux leurs. Et pourtant cette société ne représente rien, ne devrait rien représenter car nous sommes les seuls à savoir ce que nous voulons et ce qui nous rend heureux. Il est temps de se désolidariser de cette force coercitive et de vivre sa vie de la façon qui nous rend heureux. C’est ainsi qu’elle élèverait sa fille. Elle prit une profonde respiration et sourit de nouveau.

NINA, LA TRAVAILLEUSE SOCIALE

de Calvin Dikwa

C’était la dernière affaire de la journée, crus-je ! À 16 h j’étais sur le point de quitter mon bureau, lorsque quelqu’un frappa à la porte. Comme j’étais débout et m’apprêtais à sortir, je m’approchais de la porte qui était à moitié fermée.

-Oui ! Qui est-ce encore ? Dis-je d’un ton empreint de fatigue.

-C’est Bintou, bredouilla-t-elle timidement.

-Que puis-je faire pour toi Bintou ? Questionnai-je en fermant bruyamment mon bureau derrière moi.

-On m’a demandé de venir vous voir madame.

-C’est qui on ?

-Une amie, répondit-elle presque déçue de mes questions successives.

-Reviens demain très tôt, d’accord ? Demandai-je à Bintou calmement pour la rassurer.

Elle ne parla plus. Elle resta figée pendant un moment, muette telle une carpe comme si elle cherchait les mots justes pour décrire ce qu’elle vivait. Au bout de quelques instants, elle réussit enfin à articuler ces mots.

-Aidez-moi madame, il va encore me battre…Laissa-t-elle entendre presqu’en larmes.

-Qui va encore te battre ? Répliquai-je, impatiente d’entendre sa répondre. -Mon ma…ri, s’évertua-t-elle à prononcer entre deux sanglots.

Quand j’ai su que cette affaire était autant sérieuse que celles sur lesquelles j’avais passé ma journée à travailler, je priai Bintou de me suivre dans mon bureau. Je la suppliai de se calmer et de prendre courage pour que je puisse amplement prendre connaissance de son dossier que j’avais vite fait de ranger dans le tiroir étiqueté "violences conjugales faites aux femmes ". Nous discutâmes des heures. Pendant nos échanges, la jeune dame de trente-ans se livra à moi comme toutes ses devancières. Bintou me décrivit avec moult détails sa vie dans son couple et surtout sa vie d’une femme violentée et non comprise par son mari. Elle a vécu sous l’emprise de cette violence durant des années. Elle avait décidé de vivre recluse dans un musèlement total de peur que toute tentative de dénonciation de sa part ne soit violemment réprimandée par Youssouf son mari commerçant. 

Mais ce jour, elle a dû prendre la résolution. Encouragée par sa voisine et amie qui était une mes clientes, elle décida de prendre sa vie en main en venant me voir. Son histoire n’était pas fondamentalement différente de celles que j’ai coutume d’entendre tant est que la violence domestique contre la gent féminine est devenue monnaie courante dans la ville de

Salmaye. Seulement ce jeudi, j’ai vu défiler devant moi au bureau des femmes aux profils sociologiques aussi variés que divers mais dont le socle commun de leurs cris est basé sur leur statut de subalternes dans la société. Ainsi est fait mon quotidien de travailleuse sociale dans cette ONG à visée humanitaire.

« À 22 ans, après mon baccalauréat, je ne pouvais malheureusement prétendre à poursuivre des études supérieures faute de soutien financier. Issue d’une famille nombreuse où je suis l’unique fille parmi la dizaine de garçons. Lorsque notre père décéda, pendant mon année de terminale, mes tribulations commencèrent. De par mon statut de fille, je n’ai pas eu voix au chapitre concernant l’héritage qu’il avait laissé, bien que je fusse l’ainée. Chose que moi-même trouvée curieusement normale à cette époque. Ayant été moulée dans un système culturel où la fille ou bien la femme qu’elle sera appartient d’office à sa belle-famille et comme telle elle ne devra pas compter sur les biens légués par son géniteur. Malgré mon bac, je restai à la maison scrutant l’horizon pour voir arriver le prince charmant qui viendrait me sortir de ma geôle familiale. Entre temps je décidai d’encadrer les plus petits du primaire pour ne pas rester oisive. Deux années passèrent et puis un jour une collègue d’école me parla de cette ONG dénommée Empowerment of Women qui avait besoin de jeunes femmes instruites pour faire du volontariat dans son programme d’éducation et d’insertion socio-économique des femmes. Au-delà du volet éducatif et de l’autonomisation, l’organisation promeut également l’égalité de genre en milieu social. Quand je fus recrutée, j’ai bénéficié d’une formation parallèle pour l’encadrement psychosocial des femmes victimes de violences conjugales. Depuis bientôt dix ans, je vole aux secours des femmes tantôt violées, tantôt violentées voire répudiées ou reniées par leurs maris. De par mon vécu personnel et du bénéfice de la formation reçue auprès de "Empowerment of Women", j’ai fait de l’action sociale ma plus grande priorité ». 

Il était 18 h 15 lorsque j’eus fini de faire ce témoignage de ma propre vie à Bintou qui avait visiblement retrouvée plus de force et de confiance.

-Je regrette de n’être pas venue plus tôt, s’excusa-t-elle.

-Non, je comprends parfaitement ce que tu traverses l’encouragé-je avant de lui remettre la lettre de convocation destinée à Youssouf son mari.

-Merci d’avoir rallongé votre journée de travail madame, dit-elle gentiment en gagnant la sortie du bureau. Lorsqu’elle fut au seuil de la porte, elle fit rapidement volte-face, comme si elle avait omis un détail important.

-Excusez-moi madame, je…

-Non ! c’est Nina l’interrompis-je. Appelle-moi Nina simplement.

-D’accord madame insista-elle poliment, puis elle enjoignit tout en hésitant un peu.

 -La convocation…je dois la remettre à El adj Youssouf, dites-vous ?

-C’est bien cela Bintou, répondis-je avant de me rendre compte de son trouble. Au fait Bintou avait peur à l’idée d’être la raison pour laquelle son mari allait être convoqué.

-Non ! Non ! Ma grande, il ne s’agit pas d’une convocation pénale, même si ses agissements sont condamnables aux yeux de la loi, rassurai-je ma cliente qui hocha aussitôt la tête en signe d’approbation. Quand Bintou voulut prendre définitivement congés de mon bureau je m’approchai d’elle pour la décharger de son fardeau qu’était cette lettre qu’elle tenait de ses mains tremblantes.

-Bintou l’appelai-je calmement, je pense que je ferai mieux d’appeler ton mari moi-même…

-D’accord, soupira-t-elle comme si elle venait d’être délivrée d’un mal viscéral.

Je pris le numéro de téléphone de Youssouf et Bintou s’en alla. Elle se précipitait pour ne pas être en retard au domicile conjugal.

Quand je fus enfin seule, je respirai un grand coup en me remémorant cette longue journée de travail ou mieux cette autre journée de cure d’âme qui me laissa très fatiguée et essoufflée. D’habitude, à ce moment-là j’appelle mon mari pour qu’il vienne me chercher avec sa voiture. Mais aujourd’hui, il n’était pas là. Il y a deux jours qu’il partit au village pour convoler en justes noces avec Saïba, une jeune collégienne de vingt et un an. Jules mon mari avait enfin cédé à la pression de sa famille, malgré son amour pour moi. Je ne lui en veux pas tant que ça. En effet, depuis qu’on s’est marié il y a bientôt huit ans, je n’ai pas réussi à lui faire un enfant. Tous les efforts que nous avions fournis auprès des hôpitaux et autres guérisseurs traditionnels n’avaient pas eu gain de cause. Mon mari ne voulait pas entendre parler d’adoption. Ce n’est pas africain ! Répliquait-il et moi je respectais sa décision.

À la maison, j’étais une femme plutôt soumise. Je ne voulais en aucune mesure que mon travail ait une quelconque incidence sur ma vie de famille. Je faisais bien la part des choses. C’est peut-être pour ça que Jules m’aimait. D’ailleurs il ne s’immiscer guère dans les affaires liées à mon boulot. Chez moi, j’étais une femme au foyer, bien recluse derrière ce statut que la société m’assigne. Au bureau, j’étais la "Matrone", celle qui devait aider les autres femmes à s’assumer comme telles. À prendre leurs responsabilités et à s’affranchir de l’emprise de leurs bourreaux de maris. Est-ce que je jouais un double jeu ? En tout cas bien malin celui qui saura répondre à cette question. C’est peut-être ma condition de femme africaine…que sais-je ? Soudain je me ressaisis, revins sur terre et ramassai mes accessoires d’un trait et quittai mon bureau.

 Ce ne fut pas facile d’avoir Youssouf les premiers jours. Je laissai du temps au temps comme disait ce chef d’état français jusqu’au jour où lui-même se sentit disposer de prendre rendez-vous avec moi. C’était un samedi, j’avais fait des heures sup au boulot contrairement aux autres weekends qui étaient plutôt sportifs. L’homme insista pour qu’on se voit hors de mon cadre professionnel. Malgré le risque que ce genre de rencontre peut souvent avoir sur le résultat escompté, j’acceptai de le rencontrer au restaurant Walaande.

 Il devait être 16 h ou plus, lorsque Youssouf pointa son nez à Walaande. L’homme présentait fière allure bien à l’opposé de l’image préconçue que je m’étais faite de lui. C’était un habitué des lieux. Une fois que monsieur

Youssouf fut dans l’antre du restaurant, j’entendis la serveuse qui m’avait orienté à ma table dix minutes plus tôt lui dire : « El adj Youssouf soyez le bienvenu ! Ça commençait à durer ». Quand j’entendis son nom je profitai pour lui faire des signes de la main. À peine prit-il place en face de moi que sa commande habituelle fut déposée devant lui, puis il insista pour qu’on me serve l’une des spécialités les plus en vues de Walaande. Je dégustai mon plat de rognon aux pommes frites avec appétit. Je ne me rappelais plus la dernière fois que mon mari, enfin notre mari m’avait amenée dans ce genre d’endroits tellement ça faisait une éternité.

 Un court silence berça notre table un moment et puis je le rompis illico presto pour que El adji Youssouf ne pensât pas que je ne maitrisais pas mon dossier.

-Enfin monsieur Youssouf, ce n’est ne pas facile de vous trouver, vous devez être un homme très occupé ?

-Peut-être madame Nina, les affaires sont souvent exigeantes en matière de temps.

-Alors vous connaissez mon nom, votre charmante épouse vous a surement parlé de moi ?

-Surtout en bien témoigna-t-il comme pour plaisanter avant d’ajouter avec sa voix calme et pleine de repartie.

-Il n’y a pas de secret dans un couple, madame.

-D’accord, fis-je pour rentrer dans le vif du sujet. Euh…trouvant les mots appropriés j’enjoignis, votre couple connait quelques secousses, n’est-ce pas monsieur Youssouf ? Votre épouse est venue se plaindre dans nos bureaux.

-Si madame Nina, j’espère qu’elle vous a également dessiné les contours de la pomme de discorde ?

-Bien-sûr ! Mais je voulais absolument confronter les deux versions des faits pour éventuellement proposer une meilleure solution de sortie de crise.

El adj Youssouf comme on l’appelait relativement à son statut de musulman accompli, resta songeur pendant quelques instants, m’écoutant et fuyant mon regard. Il remonta les larges manches de son boubou, racla sa gorge et se remit à parler.

-Ecoute madame Nina, je salue tout d’abord l’initiative louable dont tu fais preuve afin que les couples s’aiment davantage. Mais sache que je ne bats pas ma femme. J’aime si bien Bintou que je ne peux lever la main sur elle ; pour rien ! Malgré mon statut de musulman et mon attachement aux préceptes de l’islam tels que révélés au prophète Mohammed, j’ai une seule femme, j’aime une seule femme, j’ai offert mon toit et mon cœur à une seule femme, j’ai offert mon argent et ma richesse à une seule femme. Et cette femme s’appelle…

-Bintou ! Anticipai-je pour l’aider à reprendre son souffle. Puis il poursuivit.

-J’aurai pu aller à quatre, madame Nina. Est-ce que tu comprends ça ? je dis bien quatre tel que le prescrit ma religion acheva-t-il. 

Je l’écoutais attentivement. Je l’ai suivi avec minutie dans sa plaidoirie, de laquelle j’avais décelé une seule incongruité. El adj Youssouf avoue violenter sa femme sauf qu’il le fait de bon cœur et malgré lui. Quand il eut fini son argumentaire j’attirai son attention sur cet état de fait.

-Monsieur Youssouf, je suis convaincue que vous n’ignorez pas que la violence contre autrui est passible de poursuite pénale… ?

-Madame Nina dit-il, quel traitement veux-tu que je réserve à une femme qui a tout à sa disposition mais qui insiste pour sortir du foyer conjugal pour aller passer ses journées derrière un bureau sous les ordres d’un homme dont j’ignore les intentions ?

-Si je vous comprends bien, Bintou veut travailler…Enfin elle désire avoir un statut professionnel, n’est-ce pas ?

-Et bien c’est que je n’accepte pas, laissa-t-il entendre et puis il renchérit péniblement.

-J’ai payé sa scolarité jusqu’à ce qu’elle obtienne son Bac, j’ai sacrifié mes études pour qu’elle arrive à ce niveau madame. Moi je n’ai pas fait de grandes études. Quand j’ai obtenu mon Brevet d’études du premier cycle, j’ai décroché des bancs pour me lancer dans le commerce général afin de financer son école alors même qu’elle vivait encore chez ses parents. J’ai respecté sa décision en ces temps, mais aujourd’hui j’aimerais qu’elle respectât aussi la mienne, c’est-à-dire qu’elle se contente de ce que je lui donne. Dieu seul sait que ce que je lui donne et bien suffisant pour nourrir toute une cohorte de personnes alors que nous ne sommes que quatre à la maison, me confia-t-il sans flagornerie aucune. 

-Merci pour votre esprit d’ouverture pour avoir accepté de venir à ma rencontre El adj Youssouf, je vous en sais gré, lui gratifiai-je de sa disponibilité. Avant même que je ne finisse ma phrase Youssouf était déjà de dos. Il régla l’addition, rigola un peu avec la serveuse qui lui était visiblement serviable. Mais passons ! 

Lorsqu’il partit je me souvins aussitôt de mon devoir de femme. Il était déjà 18 h, je gagnais alors rapidement la sortie de Walaande pour aller faire plaisir à jules notre mari. C’était d’ailleurs mon tour de repas à la maison. Heureusement que Léa, la ménagère que j’avais embauchée était là pour faire la part de travail qui me revenait pendant mon absence. Mais jules ne voulait pas être servi par cette dernière. Elle peut préparer, mais c’est ma femme qui me sert disait-il au début et puis peu de temps après et sous l’impulsion de Saïba ma coépouse qui lui avait finalement fait deux filles, il commençait à refuser le repas fait par Léa. Pour gérer la crise naissante, j’étais alors obligée de libérer quelques plages horaires dans mon emploi du temps fort chargé. Plus d’heures supplémentaires pour moi comme à l’accoutumée ! Je savais de par mon expérience d’assistante sociale qu’il fallait être méticuleuse pour ne pas couper la vague dans ce contexte ; je devais au contraire surfer sur la vague jusqu’à ce qu’elle s’estompe.

Au début ma coépouse était jalouse de ma situation professionnelle. Moi, je la comprenais, c’est sa nature de femme qui prenait le dessus sur elle.

Saïba tenta même en vain de renouer avec le chemin de l’école, chose que Jules ne cautionna point car disait-il : « mes deux femmes ne peuvent pas travailler en même temps ; j’ai accepté que Nina travaille et c’est déjà beaucoup… »

 Les jours passèrent vite, la vague s’était estompée, Saïba oublia et troqua définitivement ses cahiers contre ses casseroles, Léa devenue inutile s’en était allée. Moi, je continuais à aider mes congénères à essuyer leurs larmes dignement. Tantôt en tant qu’assistante sociale tantôt comme conseillère conjugale. Certains dossiers que je traitais à mon bureau ne résistèrent guère à l’écume du temps. 

Bintou et moi avions convenu d’une solution, une sorte de voie de contournement à la restriction ferme de Youssouf son mari. À défaut d’avoir un statut professionnel, elle allait s’exercer à des tâches aux relents professionnels. Cloitrée à la maison chez son mari de chef, Bintou s’était mise à lire. Elle lisait énormément. Elle avalait toute sorte de livres ; de la grande littérature aux livres de spécialité. La petite bibliothèque qu’elle s’était faite confectionner ne désemplissait pas et je lui prêtais mes romans incessamment. Elle en raffolait. C’était son refuge. Son dernier refuge. Comme entre la lecture et l’écriture la frontière n’est pas étanche, elle bascula dans l’écriture peu de temps seulement après s’être embarquée dans cette aventure livresque. L’écriture lui servait davantage de thérapie de l’âme, un exutoire du mal qui la consumait de l’intérieur qu’un moyen d’acquisition de savoir. Bintou s’intéressait à l’écriture féminine et féministe d’auteurs africains notamment le célèbre ivoirien Isaïe Biton

Koulibaly. Elle redécouvrait la littérature et les œuvres littéraires avec émerveillement. La bravoure des héroïnes et l’intelligence caractérielle de certains personnages bien que fictifs l’époustouflaient et l’interpelaient à plus d’un titre et lui redonnaient espoir pour mieux affronter son "asile intérieure".

Elle ne passait plus beaucoup à mon bureau mais passait des coups de fil depuis sa maison avec un large sourire aux lèvres pour me confier et me conter ses pérégrinations livresques. Ses expériences de lecture étaient très nombreuses et fructueuses ; Youssouf toujours parti ne remarquait pas la transformation lente mais certaine de sa tendre femme.

Bintou revêtait une nouvelle carapace à l’insu de son mari. Dans cette quête permanente d’un nouveau-soi, Bintou acheva l’écriture de son premier manuscrit.

Chez nous à la maison, c’était le calme plat. Sa jalousie et ses caprices de jeune mariée lui étant passés ; Saïba était devenue une femme, simplement. Elle ne pouvait plus compter sur ses belles formes de jeune fille. Tout comme moi, elle avait maintenant ses secrets et ses déboires de femme dans un foyer polygamique. Gagnant en maturité ma coépouse commença à se fier à moi. Je devins curieusement sa confidente et sa complice lorsqu’elle avait des déconvenues avec Jules.

Son estime pour moi décupla lorsqu’à chaque fin de mois, je lui faisais de cadeaux en même temps qu’à notre mari. Je lui achetais des pagnes, des sacs à main et quelques rares fois, nous sortions ensemble pour aller au salon de beauté. Toutes choses qui n’étaient pas du goût de notre mari qui acceptait cette nouvelle réalité malgré lui. D’ailleurs, il commença à rentrer tard. Il s’empiffrait d’alcool et n’accomplissait plus correctement ses devoirs conjugaux. Saïba prenait cela très mal contrairement à moi qui voulait lui trouver un mobile acceptable devant expliquer ce revirement dans son comportement. Quand ma coépouse donna naissance à son quatrième enfant qui était toujours une fille, je compris enfin l’attitude un peu désinvolte de Jules envers ses femmes que nous étions. Le problème n’était plus mon infécondité mais la procréation unisexe de Saïba. Dans la foulée, notre mari gardait certaines fréquentations secrètes. Je le savais mais Saïba l’ignorait encore. En plus, je n’étais pas en position de force au regard de ma situation de stérilité.

Ma coépouse qui avait finalement su pourquoi notre mari devint bizarre tout d’un coup, réalisait seulement maintenant la complexité et le paradoxe de sa situation matrimoniale. Dans cette guéguerre et cette ambiance peu propice au dialogue et à l’écoute mutuelle, j’avais trouvé refuge au bureau. Avec mes nombreuses clientes. Elles se succédaient les unes après les autres avec des histoires de plus en plus rocambolesques. Martha en était une ces femmes victimes de leur maturité sexuelle précoce. À seulement quatorze ans ses parents voulaient l’obliger à se marier à un militaire à la retraite. Le sexagénaire disait vouloir de la chair fraiche pour agrémenter ses journées oisives de retraité. Je fus obligée de signaler ce cas à la police judiciaire pour stopper net les ardeurs de ce vieil homme qui agissait en complicité avec les parents de la jeune fille.

Salmaye, ses hommes et ses femmes me faisaient voir de toutes les couleurs. Entre mon service et ma vie de famille, je devenais presque que l’ombre de moi-même. Mais je résistai bon an mal an aux pesanteurs socio-culturelles. Ma conviction personnelle, celle d’être engagée aux cotés de mes sœurs victimes de l’engrenage social me redonnait de l’espoir. Beaucoup d’espoir. J’étais convaincue d’œuvrer pour la bonne cause. Et rien que ça ! Je tenais bon.

Ce jour-là, une fine pluie avait arrosé la petite ville de Salmaye. Un vent frais né de la terre humide caressait les cimes des arbres créant un microclimat dans la zone qui abritait nos locaux. Dans mon bureau,       alors que je me levai pour désamorcer la climatisation qui devint inutile à cause du beau temps qu’il faisait, j’entendis la voix de mon amie Bintou provenant de la porte qui n’était pas fermée.

-Madame Nina, êtes-vous là ?

-Oui ma chère Bintou, répondis-je avant de la prier de faire comme chez elle. Quand elle fut à l’intérieur, je remarquai qu’elle tenait dans ses mains un gros document portant des notes écrites à la main.

-Tenez madame Nina, c’est le manuscrit dont je vous avais parlé, s’exclama-t-elle fière de son accomplissement.

-On va l’appeler comment ton nouveau-né ? demandai-je avec plaisir à celle qui venait de faire son entrée de façon fracassante dans le monde l’écriture. Elle ne répondit pas. Je l’observai cligner des yeux ; dans ses beaux yeux transparaissait un savant mélange de rage et de courage, de peur et de rancœur. Dans son indécision, je déduisis que Bintou avait surtout peur qu’un livre portant son nom soit un moyen de dénonciation dirigé contre Youssouf son mari. Je lui demandai de rentrer et de me laisser le temps de lire son manuscrit afin de l’aider à trouver un éditeur éventuellement. Bintou prit congés de mon bureau. Dix minutes plus tard j’avais trouvé un titre pour son livre pour avoir lu les premières pages de son manuscrit. Pour moi ce nouveau-né littéraire que Bintou venait de mettre au monde s’appellerait FEMME BATTUE. Puis je refermai le manuscrit de plus de 200 pages. Pendant que je rangeai ce joyau sur mon étagère à livres, que ne fut pas ma surprise ! C’était la première fois depuis son arrivée à Salmaye que Saïba me rendit visite dans mon bureau. La chose était tellement inhabituelle que je sentis tout de suite que quelque chose d’anormal se serait passé chez nous à la maison.

-Quel plaisir de te voir ici Saïba, l’accueillis-je en souriant. Je l’invitai à prendre place sur un des sièges réservés à mes nombreuses visiteuses. Elle refusa de s’assoir.

-Je ne peux pas m’assoir Nina, je suis venue de te dire qu’on a une étrangère à la maison…Enfin une autre coépouse je crois.

-Comment ça une autre coépouse ? Questionnai-je, prise de court.

-Et bien, c’est une jeune femme, pardon…une jeune fille qui dit chercher notre mari et…

-Et quoi d’autre ? Fis-je rapidement.

-Elle dit porter une grossesse dont le présumé auteur est…

-Jules ! Devinai-je vite pour rompre le suspens.

Le comble c’est quand ma coépouse ajouta avant de quitter les lieux :

-Et si je te disais que cette fille s’appelle Léa. 

-Léa ? Ma ménagère ? M’écriai-je.

Cette fois le bouchon est allé trop, demandai-je doucement dans mon âme meurtrie par cette nouvelle atroce. Engloutie par mes pensées, je ne vis même pas Saïba sortir de l’office. Les aventures nocturnes de jules venaient de livrer leurs premiers résultats. Que restait-il encore ? Confessai-je à moi-même. Cette fois-ci, c’était peut-être moi qui avais besoin de soutien psychologique. Cette pensée traversa mon esprit tel un éclair. Je revoyais furtivement FEMME BATTUE de Bintou rangé dans l’étagère. J’écrasai une larme paresseuse. Puis soudain je me levai et allai nettoyer mon visage. Je revins une minute après, je tirai ma chaise roulante pour bien m’assoir. Puis je saisis un stylo qui se trouvait dans l’écriteau posé sur mon bureau et j’entamai comme Bintou l’écriture de mon essai sur la condition de la femme dans les sociétés africaines.

PERDUE

de Audrey Jouota

  • Retournes à l’intérieur, et ne viens plus m’importuner avec des bêtises pareilles !

Rigobert s’adressait ainsi à sa fille qui, s’en alla dans sa chambre les larmes aux yeux. Assise seule sur son lit Marthe se prit la tête entre les mains. C’était la troisième fois déjà en un mois qu’elle essayait en vain d’expliquer à son père qu’elle voudrait aller en ville chercher un travail qui lui permettrait d’économiser suffisamment pour retourner à l’école. De sa chambre elle pouvait entendre des voix au salon:

  • Tu vois ta fille ? tu vois ? Ehh Mon Dieu, qu’ai-je fait pour mériter une telle calamité au nom de fille

  • Ma fille ? Rigo, j’ai conçu du Saint-Esprit ? n’est-elle pas aussi ton enfant ?

  • Ne cherches pas à détourner la conversation madame, tu sais très bien de quoi je parle. Ta fille devrait être en train de se préparer à aller chez son mari d’ici quelques mois mais à la place elle me parle d’école. Ne lui as-tu donc pas appris que la place d’une femme est à la cuisine ?

Anna resta silencieuse un instant, puis après un soupir elle répondit :

  • Je ne pense pas qu’on devrait l’obliger à se marier. D’ailleurs elle est encore jeune, laissons la poursuivre ses études

  • Hors de question. Des études elle en a même trop fait

  • Et son avenir alors, tu y penses ?

  • Justement c’est pourquoi je vais la marier au fils de Jacob. C’est une très bonne famille. De plus on paiera cher sa dot tant qu’elle est jeune et belle

  • Rigo on parle de notre unique enfant là, il ne s’agit pas de vendre un bœuf !

  • Prends ça comme tu veux.

Il se leva et sortit du salon sans lancer un regard à sa femme.   Demeurée seule, Anna était divisée entre l’envie de soutenir sa fille et le devoir de suivre les recommandations de son époux. Dans chacun des cas, elle se mettrait en conflit soit avec sa fille ou avec son mari.

Deux semaines s’étaient passées depuis l’incident. Marthe semblait être revenue à de meilleurs sentiments, du moins c’est ce qu’elle voulait bien laisser croire. Assise sur un tabouret devant la cuisine, elle écrasait les condiments qui allaient servir à préparer le bouillon de chat dont son père raffolait.

Mama Anna quant à elle récoltait quelques tubercules de manioc à l’arrière de sa maison. Sa journée avait plutôt bien commencé. Il était à peine 7heures du matin lorsqu’un jeune garçon était arrivé chez elle avec deux gros paquets. L’un contenait des pagnes et deux robes déjà toutes faites. Le second paquet contenait de la viande de brousse, fraichement chassée. Le petit garçon avait été envoyé par la leur « beau-fils » en devenir. Elle avait reçu les cadeaux avec une grande joie et devait se l’avouer, cette idée de mariage arrangé ne lui déplaisait plus autant que ça.  Quand Marthe avait vu les robes qui lui étaient destinées, elle était restée impassible. Malgré sa soudaine docilité, elle ressentait une hostilité certaine pour son « futur époux ». Elle trouvait cela quand même hilarant d’être promise à un homme qu’elle ne connaissait même pas. La voix de son père la tira de sa rêverie

  • Marthe, ma grand-mère !

Elle courut vers le salon où son père l’attendait. Allongé dans son fauteuil en rotin, Rigobert écoutait les informations à la radio. Une jar de vin était posée près de lui. Lorsqu’il aperçut sa fille, il se redressa et lui fit signe de s’asseoir. Après s’être mouillé la gorge avec un verre de vin blanc, Rigobert commença

  • Ma fille, ça va ?

  • Oui papa.

  • Tu faisais quoi ?

  • J’étais à la cuisine. On veut préparer ton chat là

  • Oh là là ! mon bon goût. J’espère que tu vas bien me préparer ça comme j’aime.

Il se racla la gorge et continua

  • Tu sais ma fille ça fait déjà un bout de temps qu’on parle de ton Mariage avec Frank MOFO. Il viendra au village la semaine prochaine et il compte nous rendre visite

Marthe resta silencieuse. Elle redoutait ce moment et voilà qu’il était arrivé.

  • Prépares toi déjà pour ce jour-là, tu devras te comporter correctement

  • D’accord papa. Dit-elle simplement

  • Bonne fille ! tu peux retourner à la cuisine ma grand-mère

 

Elle s’en alla avec une boule dans le ventre. Arrivée à la cuisine elle trouva sa mère qui épluchait les tubercules de manioc.

  • Ton père t’a dit ?

Elle lui répondit avec une extrême lassitude

  • Oui il m’a dit

  • J’espère que tu comprends que tout ce qu’on fait c’est pour ton bien

  • Ça implique m’obliger à me marier ?

  • Ne vois pas les choses comme ça. Dis-toi que c’est dans l’ordre des choses.

  • Quel ordre ? donc on a normalisé le fait de forcer des enfants à se marier.

Sa voix se brisa mais elle se retint de pleurer.

  • Ma belle fille tu n’es pas trop jeune. Moi-même j’ai été envoyée en mariage à l’âge de 18 ans. On ne m’a pas vraiment laissé le choix tu sais. De plus toutes les filles du village m’enviaient, ce n’était pas donné à n’importe qui d’épouser un homme bien comme ton père. Avec le temps j’ai appris à le connaître et vois comment on a formé un beau foyer. Ne te déranges même pas, je connais les MOFO. C’est une famille très respectable

Marthe lui lança un regard triste. Elle semblait tellement déçue

  • Je croyais que toi au moins tu me comprendrais

  • Je te comprends parfaitement ma chérie. Même si on voulait te renvoyer à l’école cela impliquerait que tu ailles vivre seule en ville et on n’a vraiment pas les moyens

  • J’ai des économies

Mama Anna regarda sa fille d’un air étonné. Elle semblait ne pas comprendre

  • Tu sors ça d’où

  • Tu te souviens pendant les vacances, je vendais le maïs braisé

La vieille femme la regarda d’un air désolé

  • Ma pauvre chérie. Tu penses réellement que ça sera suffisant

  • Si ce n’est pas suffisant je me battrais pour en avoir plus. Je travaillerais et deviendrai une grande personne.

  • Je sais que tu es une fille ambitieuse, seulement dans la société où nous vivons ça ne sera pas suffisant. Tu sais que ton père et moi faisons du mieux que nous pouvons pour te mettre à l’abri du besoin.

  • Vous avez surtout l’intention de me mettre à l’abri sous un autre toit.

 Le dépit l’avait envahi. Elle se leva de la cuisine et longea piste qui menait à la rivière du village.

Lorsqu’elle fut parvenue à la rivière, Marthe s’assit sur une pierre et se mit à pleurer. En son for intérieur elle savait que ce qu’elle s’apprêtait à faire briserait le cœur de ses parents. Si cela était le prix à payer pour fuir une frustration certaine, alors elle était prête à le faire.

 

  • Anna ! Anna !

La vieille femme se réveilla en sursaut. Il était presque 21 heures et loin dehors, on pouvait entendre les chants des grillons. Elle arriva au salon en essayant d’attacher son pagne sur le côté. À la vue du visage crispé de son époux, elle comprit que quelque chose clochait.

  • Où est ta fille ?

Elle le regarda à la fois perplexe et effrayée.

  • Tu ne m’as pas entendue ? où est Marthe. Je l’ai appelée à maintes reprises pour quelle aille fermer la porte mais elle n’a pas répondu. J’ai d’abord cru qu’elle dormait, mais sa porte était ouverte

  • Je ne sais pas. Elle ne m’a pas dit qu’elle sortait

  • Elle ne t’a pas dit comment ? elle a donc dit à qui. Ça devient déjà quoi dans cette maison.

  • Rigo calmes toi. Elle est peut-être allée chez une de ses amies

Il la fixa d’un regard menaçant

  • Quelle amie ? dans ce village et à cette heure de la nuit

  • Calmes toi on va trouver une…

  • Qu’elle rentre ici, elle va me sentir.

Il se leva du canapé où il se trouvait et partit dans sa chambre.

Anna s’assit sur une chaise du salon pour attendre sa fille. Elle s’inquiétait beaucoup pour sa fille. Ces derniers temps Marthe semblait perturbée mais elles n’en avaient pas réellement discuté. Anna avait classé cela sur le compte du stress en ce qui concernait l’arrivée de son fiancé, d’autant plus que Marthe ne l’avait jamais rencontré. Elle avait encore moins eu l’occasion de discuter avec lui par téléphone vu qu’elle n’en avait pas. La jeune fille était partie de la maison en, journée après leur courte conversation. Au moment où elle était sortie de la cuisine, Mama Anna n’avait pas beaucoup prêté attention. À l’extérieur, il s’était mis à pleuvoir, la vieille femme s’assoupit en pensant aux évènements de la journée

 Elle sursauta à nouveau lorsqu’elle entendit un bruit à l’arrière de la maison. Il pleuvait encore. Elle regarda la pendule fixée au mur, il était déjà 3 heures du matin. Elle sortit regarder ce qui se passait à l’extérieur malgré le déchaînement de la pluie. Lorsqu’elle arriva dehors, elle trouva que le portail était ouvert. Le portail était un mélange de tôles et de planches, le tout relié à une clôture qui faisait le tour de la maison. Un seau était renversé dans la cours.et des traces de pas laissaient comprendre que quelqu’un était passé par là. Elle crut tout d’abord apercevoir une silhouette au portail mais n’y prêta pas attention. Elle fit le tour et s’arrêta devant la porte qui menait à la chambre de sa fille. Elle pouvait distinguer des traces de boue à même le sol en terre. La porte de Marthe était ouverte mais vide. Elle était vide, oui, au sens propre du terme. Ses maigres effets avaient étés emportés tout, à l’exception des deux robes envoyées par Frank. Anna courut encore vers le portail et scruta dehors pendant longtemps mais il n’y avait plus personne.

Elle retourna dans la maison en courant. Lorsqu’elle rentra dans sa chambre, elle réveilla son mari qui dormait depuis longtemps

  • Marthe, Marthe, commença-t-elle

 Elle avait du mal à trouver les mots. La vieille femme pleurait déjà à chaude larmes. Rigobert quant à lui se réveillait avec beaucoup de peine. Il s’assit enfin sur le lit et demanda :

  • Qu’est-ce qu’il y’a, elle est rentrée ? où est-elle

  • Marthe est partie

Le visage de Rigobert devient serré.

  • Partie ? partie où ?

  • Quelqu’un est entré à la maison, on a pris tous ses habits

Le vieil homme se leva comprenant l’ampleur des choses. Sa colère de tout à l’heure avait fait place à l’inquiétude.

Il marcha vers le salon sans mot dire, Anna le suivit. Il s’assit et réfléchit pendant un moment puis parla enfin

  • Tu as une idée de l’endroit où elle aurait pu aller ?

  • Non, je ne sais pas.

Elle pleurait encore

  • Anna les pleurs ne vont pas nous aider. Notre fille a fugué, on doit trouver un moyen de la récupérer.

Comme elle ne répondait pas, il continua

  • Il pleut des cordes, on ne peut rien ce soir. Demain on y verra plus clair.

Ils retournèrent dans leur chambre mais aucun des deux ne ferma l’œil de la nuit.

***

  • Tu es sure de vouloir le faire ? Marthe. Tu sais ce n’est peut-être pas la meilleure solution
    Marthe regarda son petit sac de voyage d’un air pensif. Le jour allait bientôt se lever et c’était le moment ou jamais de se décider. Elle prit les mais de son ami et répondit

  • Eden, ce n’est peut-être pas la meilleure solution, mais c’est la seule solution pour moi

Il lut la détermination dans les yeux de Marthe et comprit que ça ne servirait à rien d’essayer de la convaincre de rester

  • Alors saches que tu pourras compter sur moi. Tu as mon numéro, appelles moi dès que tu seras arrivée. Bonne chance Marthe

La jeune fille entra dans le car en direction de Douala. Il y avait plusieurs passagers mais fort heureusement, Marthe ne connaissait aucun d’entre eux. Marthe se sentait coupable de quitter ainsi ses parents mais elle s’en serait encore plus voulue si elle était restée.

      Elle pouvait maintenant commencer une nouvelle vie grâce à Eden. C’était un ami qu’elle avait rencontré en terminale. Eden était un jeune garçon dans la vingtaine, qui venait d’une famille plutôt aisée. Il avait décidé de faire sa dernière classe du secondaire en vivant chez sa grand-mère. Lorsqu’il avait rencontré Marthe, il avait eu de l’affection pour elle. Malgré qu’ils ne soient pas sortis ensembles, Eden avait toujours été correct avec elle et l’avait toujours soutenue lorsqu’elle était au plus mal. Lorsqu’elle lui avait parlé du mariage arrangé et de ce que cela impliquerait pour ses études, il avait hésité au début mais fini par céder. Marthe avait cotisé beaucoup d’argent, lui-même en était étonné. La jeune fille tenait réellement à poursuivre ses études et elle s’en donnait les moyens. Elle avait demandé à Eden de l’aider en ce qui concernait le logement et ce dernier avait réussi à convaincre sa cousine qui vivait à Douala de l’héberger. Celle-ci, étant très fusionnelle avec son cousin ne lui avait pas refusé cette faveur.

      Eden lui vivait également à Douala, mais était venu rendre visite à sa grand-mère avant la rentrée à l’université. Il ne connaissait pas intimement la famille de Marthe mais savait pertinemment qu’on parlerait de cette fugue au village.

***

Au domicile de Rigobert MESSAN, une réunion se tenait au salon. Frank MOFO et ses parents, Rigobert et son épouse étaient tous assis. Rigobert avait commencé à parler

  • Ça fait déjà plus d’un mois qu’elle est partie et on n’a pas de nouvelles. On ne sait même pas si elle a un toit sous lequel dormir

  • Moi je dis qu’elle va bien, répondit Frank

  • Comment peux-tu en être sûr Frank ? tu ne connais même pas cette fille

  • Je ne la connais peut-être pas maman, mais je sais que ce n’est pas une décision qui a été prise à la hâte. Marthe avait certainement prévu de partir depuis longtemps… du moins certains évènements ont pu précipiter ses actions.

Frank MOFO était un avocat qui avait ouvert son propre bureau juste deux ans après sa sortie de l’école. Le jeune homme était assez grand de taille et avait un visage charmeur. Il avait une allure respectable et semblait prendre les choses avec beaucoup de calme

  • Monsieur MESSAN, j’imagine que ça n’a pas été facile pour vous, cette soudaine disparition de votre fille

Rigobert poussa un soupir qui en disait long sur ses réflexions

  • Je croyais qu’elle avait compris et qu’elle était d’accord. D’ailleurs elle devait l’être

  • Je vous suis bien monsieur, mais…mais est-ce qu’à un moment on lui a demandé ce qu’elle en pensait ?

Tout le monde au salon resta silencieux. Monsieur MOFO brisa le silence :

  • Mon fils on a nos coutumes et tu n’en ignores rien. Les jeunes filles de son âge doivent se marier et donner des enfants à leurs époux. Ça a toujours été comme ça.

Il se tut un instant puis reprit

  • D’ailleurs tu as vu comment elles sont toutes derrière toi depuis ton arrivée ici

Comme personne ne répondait, elle poursuivit :

  • Ce que je veux dire c’est que tu es un homme qui avait tout à lui offrir, pourquoi a-t-elle fui la maison de ses parents

  • Peut- être qu’on ne lui a pas présenté les choses de la bonne manière.

Comme il disait ça, il regarda les parents de Marthe. Ceux- ci se regardèrent entre eux. Le jeune homme avait raison. En réalité ce n’est pas une discussion qu’ils avaient eue avec Marthe. On lui avait passé une information à laquelle elle était obligée d’adhérer. Anna baissa la tête, ne sachant pas quoi dire. Rigobert semblait comprendre enfin la portée des choses.

  • Je ne sais plus où chercher mon fils. C’est vrai, on a certainement eu une mauvaise approche avec elle. Je ne sais pas comment arranger la solution. On ne pourra pas arranger la situation tant qu’on ne l’aura pas retrouvée. Dans tout le village, personne n’a pu nous donner de renseignements

Frank les regarda. Il était un peu triste pour eux. Lui-même était triste de ce qui arrivait. Il se sentait en partie responsable de la fugue de Marthe. Elle n’aurait certainement pas fui si elle n’était pas sa promise

  • Je vous promets de retrouver Marthe et de la ramener. Cette fois ci, on fera les choses bien

Monsieur MOFO se leva, suivi de sa femme et de son fils. Ils prirent congé de leurs hôtes.

***

Près de 3 semaines étaient déjà passées depuis sa visite au village. Douala était une grande ville et retrouver une personne sans plus de détails que son nom et une photo était chose plutôt compliquée. Après avoir visité les lieux de business des jeunes étudiants et pris des renseignements à la fac, le jeune avocat avait finalement une piste pour retrouver Marthe

Frank MOFO se dirigea d’un pas léger dans le couloir qui menait à la salle des employées. Il se trouvait dans un restaurant en plein centre-ville « LE RUSH ». Ses nombreuses recherches lui avaient permis de savoir que Marthe MESSAN était inscrite à la faculté des sciences politique, et qu’elle travaillait le jeudi et le samedi dans un restaurant. Le jeune homme avait pris rendez-vous avec le gérant du RUSH et lui avait expliqué qu’il fallait absolument qu’il rencontre la jeune fille. Ce dernier avait compris la situation et avait invité Frank à venir le Jeudi suivant

Lorsqu’il arriva devant la porte, Frank prit une grande inspiration et toqua. Une voix féminine répondit à l’intérieur :

Il entra dans la salle et trouva trois filles, toutes de la vingtaine. Elles le regardaient toutes avec surprise pour certaines et admiration pour d’autres.

  • Bonjour, dit-il. J’aimerais parler avec Marthe

Les deux autres filles regardèrent derrière. Marthe semblait confuse. Elle posa le plateau de verres qu’elle tenait et répondit

  • Je suis Marthe. Qui êtes-vous ?

Comme elle parlait encore, Frank fit signe aux autres filles de les laisser seuls. Lorsqu’elles sortirent, il s’approcha d’elle et répondit

  • Frank… Frank MOFO

Elle le regarda, stupéfaite.

  • Qui ? comment, mais, comment avez-vous fait pour me retrouver

  • Ça n’a pas été facile de le faire, mais me voici.

Elle recula d’un pas, puis fronça les sourcils

  • Vous êtes venu me chercher n’est-ce pas. Vous allez me forcer à rentrer pour vous épouser ? c’est hors de question

Le jeune homme constatant qu’elle était sur la défensive, resta sur place mais répondit quand même

  • Non, loin de là Marthe. Écoutes, tout est parti sur de mauvaises bases. Je n’ai jamais eu l’intention de t’obliger à m’épouser. Je ne t’avais jamais vue, avant aujourd’hui mais même avant de te rencontrer aujourd’hui, je t’admirais déjà.

Il marqua une pause et continua

  • Tu en veux peut-être à tes parents mais imagines à quel point ils souffrent de ton absence. Je voudrais qu’on remette les pendules à l’heure

Marthe, et si on se donnait une deuxième chance ?

Relève-toi, Majda !

de Amal Bakkar

 

Ce jour-là, il fait beau. Cheveux dans le vent, elle a zappé les kilomètres en écoutant "être une femme" de Michel Sardou.

Ce n'est pas sa voiture. Mahmoud a 3 ans. Il est à l'arrière. La veille, deux policiers l'ont accompagnée pour le récupérer à son domicile conjugal.

Elle n’a plus l'envie, le désir d’aller chez elle car c'est le chaos.

Elle s’arrête sur une borne d'arrêt d'urgence et se rappelle chaque détail de l'avant. Sa vie défile comme sur un fil….

 

 

Troublée par le silence des policiers, elle met deux minutes à trouver son trousseau de clés.

Le monde dans lequel elle vivait s'écroulait. La peine au cœur, la violence des mots subis, elle était allée au commissariat. Ils étaient, avec son fils Mahmoud, en danger de mort.

Les blessures que son mari avait inscrit jusqu'à aujourd'hui sur son corps, la qualifiait auprès des voisins, de rebelle. Ils ne savaient pas ce qui se passait. Personne ne savait. Sauf elle !

Des années passées à subir, gérer avec difficulté ses humeurs, ses violences, dans les mots, dans les actes verbales et physiques.

Les humiliations, les plaintes, les claques, les coups. Quand il rentrait tard le soir de la mosquée, que le repas du soir n'était pas encore réchauffé, il l'attachait au radiateur. Les injures, les coups de pieds et la vaisselle qui claque. Elle était son punching-ball, sa serpillière, son défouloir…. Même enceinte jusqu'au fond des yeux, rien ne l’arrêtait et ses larmes coulaient.

Elle ne pouvait rien dire, rien faire ! Sinon, un jour, il partirait un matin loin...très loin avec son fils.

Elle avait peur. Peur du regard des autres, de la famille, peur de ses parents et de ce qu'ils pourraient dire ou penser.

 

 

Toute épreuve à traverser, on en ressort grandit. Sauf que Majda était en train de se briser de l’intérieur. Ça n’allait plus du tout ! En façade, tout allait au mieux, en dedans, c’était déjà fracassé !

Ses sœurs et elle se croisaient lors des fêtes de fin d'année comme si elles ne s'étaient jamais quittées. En dehors de ce rituel familial, il n’y avait pas un appel pour savoir si la sœur aînée qu’elle était, allait bien. C'était toujours à elle, comme disaient ses amies, de renouer contact et de prendre des nouvelles régulièrement.

Elle s'aperçoit que les aînés portent beaucoup et qu'on se soucie très peu d'eux finalement. C'est ainsi.

Jusqu'au jour où sa meilleure amie, Nawal, s'est aperçue des bleus profonds marquant son corps. Elle avait appris à vivre avec.

Elle éprouvait l'étrange drame de vivre avec le complexe d'être une femme. Il l'avait transformée, forcée à porter le voile, à cacher sa féminité, ses rêves, ses envies et lui avait appris à ne plus se voir dans le miroir.

Majda n’est pas une séductrice dans l’âme. Alors, pourquoi ? Avec du recul, elle se demande si ce n'est pas elle qui a provoqué cette situation.

Il disait que Majda était sa propriété, SA femme. Il hurlait qu'il avait droit de vie et de mort sur elle. Elle le croyait…

Enceinte jusqu’au cou, désespérée, elle s’enfermait plusieurs fois dans la journée prétextant des nausées ou des contractions pour pleurer.

Lui, Yohan, était un dévoreur d'âmes, d'âmes pures !

Comment se reconstruire après avoir été désarticulé pendant des années sous sa coupe et vécu dans son ombre ?!

 

***

Des pulsions ? oui, elle en a eu et en a toujours. Enceinte, jusqu'au fond des yeux, elle a eu envie de sauter du neuvième étage et vivre quelques secondes de liberté avant d'atterrir comme un œuf éclaté.

Elle aurait voulu appeler maman, papa et leur dire au secours mais elle ne trouvait pas les mots.

 

Comment leur dire ce qu’elle vivait au quotidien ? Elle avait honte, le portait en elle, sur elle. La religion bien ancrée qu’on lui avait transmise était bien présente... solide comme un roc.

Accepter son mari tel qu’il était, n’était pas subir. On partageait tout dans la vie avec sa moitié, son compagnon de vie.

Se plaindre aurait été un affront ! Pour eux... pour lui... comme pour elle aussi !

Alors, pendant des années, elle a fait ce qu’elle avait à faire ... faire semblant d'aller bien, masquer ses véritables émotions. Le paraître avait pris le dessus en hiver et pendant le doux vent d’été. Chaque saison, elle espérait en silence un accident, le téléphone qui sonne...une mauvaise nouvelle…qu'il ne reviendrait plus.

Dans les murs de l'appartement, elle sentait cette fragilité qu’elle portait en elle. Cette folle envie de faire le choix, de partir un jour si elle en avait le courage, pour survivre, malgré tout.

Quand elle allait à la boulangerie le matin, rare fois où elle sortait seule, la boulangère lui disait souvent aimer son regard de femme-enfant. Majda répondait rapidement par un sourire et un fol espoir qu’on devine ce qu’elle vivait…

Puis, elle repartait aussi vite en courant …essayant de ne pas se faire remarquer.

 

La pause est finie.

 

Majda redémarre de la bande d'arrêt d'urgence et roule, roule, roule, larmes à l'œil sur l'autoroute de sa vie.

Cheveux au vent, elle accélère...elle est libre maintenant.

 

La Rencontre

 

Quand elle y pense, leur rencontre aura donc été la plus belle que l'on puisse imaginer.

Majda avait les cheveux courts, car sa mère disait toujours que les cheveux longs attiraient les poux. On la prenait pour un garçon sans hésitation. Elle n’était pas encore formée complétement. Un petit retard hormonal et un visage mi-angélique, mi- androgyne.

Ses parents avaient accepté pour la première fois qu’elle aille dormir, pour le week-end, chez sa copine Nawal. Une métissée. Moitie auvergnate par son père et moitié marocaine par sa mère.

Nawal fêtait ainsi ses dix-huit ans. Majda aussi. Elles étaient nées le six juin de la même année.

Majda n’était encore qu’une enfant dans sa tête. L'innocence même. Elle détestait l'humour au second degré, les piques...Seules les relations sincères l’intéressaient.

Quand l’anniversaire a commencé, la boum battait son plein. Musique hip hop, rap, funk et des slows. Un putain de regard bad boy se posait par intermittence sur Majda. Puis, un sourire semi-angélique. Le blond parfait aux yeux bleus qu’elle avait imaginé, celui qui venait la visiter dans ses rêves les plus intimes.

C'était lui.

Pour une fois qu'on s'intéressait à elle ! D'habitude c’était Nawal qui était remarquée.

Ça pouvait coller entre eux.  Mais, à la place, un rapport de force des mots s'est installé dès le départ.

Des échanges un peu compliqués. Il aimait bien son look mais détestait ses cheveux courts. Il trouvait qu’elle avait un côté garçon manqué.

Majda avait besoin d’affection. Il était là pour l’écouter. Certes, un peu têtu, mais elle espérait le changer et vivre avec lui de beaux vieux jours heureux.

 

Anna

 

Anna finissait sa pause déjeuner, quand une femme est arrivée sans frapper. Musique de fond : The Verve - Bitter Sweet Symphony à la radio.

 

JUIN 2003. Centre d'action Sociale Rue Armand Moisant à Paris. Une après-midi ensoleillée. En plein dans ses paperasses de personnes en difficulté, elle reçoit Majda DJELALI.

Quand elles se sont rencontrées, Anna a ramassé Majda ‘’à la petite cuillère’’ dès les premiers instants.

Cette femme meurtrie l'avait touchée en plein cœur. Son histoire, sa manière de raconter, son envie d'avancer et de sortir de son cycle infernal. En larmes, Elle avait utilisé intégralement son paquet de mouchoirs tout en allaitant son fils Mahmoud.

Elle lui racontait en même temps son parcours, son histoire. Son rendez-vous d'après était déjà là mais Anna sentait que si elle la lâchait maintenant, elle ne la reverrait plus jamais.

Malgré les apparences, Majda DJELALI était très organisée. Elle avait réussi à récupérer son dossier médical, traces indélébiles de ses multiples hospitalisations dues aux coups et blessures infligées par son mari. Une expertise du suivi avec son psychologue et son psychiatre, suivi CMP rue des cévennes à Paris.

Puis, elle lui présenta un CV retraçant rapidement son expérience d’assistante en crèche, rue Cauchy sur Paris.

Anna sentait qu’elle était son dernier recours, sa dernière porte de sortie.

Majda ne suppliait pas. Fière de sa double culture, elle expliquait simplement qu'elle était une femme battue et violentée, que les nombreuses mains courantes et plaintes déposées avaient été classées sans suite. Elle voulait s'en sortir. Anna le sentait.

Il, Yohan, l'avait menacée de mort à plusieurs reprises, de la tuer devant son fils. De toutes façons, disait-il, il retrouverait assez vite une autre femme qui saurait le comprendre et l'écouter.

Toutes les démarches qu'elle avait entreprises pour sortir des mailles du filet de ce Yohan BRETINI, son mari,  faisait d'elle et de ses fragilités : une force.

La justice était-elle débordée, ou bien considérait-elle qu'il y avait des dossiers plus urgents à traiter ?!

On ne le saura jamais.

 

L'urgence est autre, maintenant.

Anna avait le devoir de la guider dans ses démarches et de lui trouver un lieu sûr où elle pourrait enfin se poser et avoir les idées plus claires pour demain, pour son avenir.

Anna s’excuse. Elle s’absente quelques minutes du bureau pour consulter sa responsable et voir si on pouvait placer Majda quelque part avec son fils. Majda était à genoux et Anna debout pour l'aider à se relever. Anna a déjà connu cette douleur dans une ancienne vie. Mais, elle ne veut pas trop y penser…D'autant plus qu’elle a été témoin, il y a quelques mois, du départ d'une femme battue que le centre n'avait pas pu, pas su aider et qui s'était suicidée.

 

                                                                   ***

Quelques minutes plus tard, quand Anna revient et rentre dans le bureau, Majda ne se sent pas bien. Elle a la gorge nouée, le ventre gonflé de stress. Anna lui annonce ce qui a été échangé par téléphone quelques minutes plus tôt :

- Je viens d'avoir la directrice du Palais de la Femme. Vous connaissez cet endroit, Mme Djelali ?

- non...

- c'est à Paris, rue de Charonne dans le 11ème

- Je ne comprends pas...

- Il est destiné à l'accueil des jeunes filles et femmes seules.

 

Silence puis un dialogue s’instaure. Des bribes puis de vrais échanges. Le lien se tisse au fur et à mesure :

 

- J'ai mon fils. Je ne le lâcherai pas ! Je ne lâcherai rien. Il ne me reste que lui ! Je me bats pour lui !

- Vous vous occupez bien de votre fils, Majda. On voit que vous l'aimez. Ne vous inquiétez pas. On vient d'appeler le Palais de la Femme. La directrice accepte de vous recevoir au Centre d’hébergement et de stabilisation (CHS) avec votre fils, pour une courte période... le temps de vous remettre de ce chaos et d'y mettre de l'ordre.

Des larmes montent dans les yeux de Majda.

Anna continue de la rassurer :

- un studio de 13 m².  Ça ira pour démarrer ? Des travailleurs sociaux seront présents pour vous accompagner dans vos démarches pour trouver un logement et un travail. Là-bas, personne ne vous agressera. C'est un espace protégé.

Majda n'a plus de voix. Le combat s'arrête là. Un pas de côté et elle s'écroule. Elle fond en larmes, comme si la carapace avait explosé en plein vol, Anna l'aide à se relever. Son fils pleure. Il sent que quelque chose se passe, quelque chose qui pourrait changer leur vie pour toujours

 

                                                                   MAJDA

 

Les prémices du changement sont là. Même si Majda ne comprends pas encore tout. Tout ce qu’elle sait, c'est qu’elle avance maintenant à petit pas et non plus à tâtons. Elle a très peu d'économies sur elle. Mahmoud a faim. En partant dans la précipitation, elle a oublié les biberons et le lait guigoz. Là, une remontée de lait explose pendant qu’elle prend la sortie de la première aire d'autoroute qui se présente.

Elle se pense un peu folle d’être partie avec, comme seul bagage, son fils et leur histoire.

Elle a peur.

Peur de Lui, de ce qu'il pourrait lui faire.

Elle vient de découvrir qu’il est fiché S pour radicalisme et qu’il est surveillé depuis plusieurs mois par les services de police.

Voilà, Majda s’est de nouveau arrêtée. Garée et toujours dans la voiture qui devient son véritable cocon. Plus de gens pour la juger. Plus de gens qui la voient toucher le fond. Plus de gens qui la voient triste sans lui dire un mot. Juste son petit bonhomme qu’elle allaite pendant que ses images violentes lui viennent avec un écho sans lendemain :

C'est le début d’horizons nouveaux.

 

Opération Séduction

 

Après ses devoirs chez Nawal, ils se voient en cachette, Yohan et elle. Trente minutes tous les jours sauf le week-end. Nawal couvre son amie Majda avec plaisir.

Nous sommes en juin. Un super soleil pointe le bout de son nez à l'horizon. Yohan vient d’obtenir ses résultats. Il est diplômé avec mention très bien en tant que commercial. Sa société de stage, AB Communication, souhaite le garder au vu des bons résultats, des efforts fournis ces deux dernières années passées en alternance.

Majda est la plus heureuse des jeunes femmes. Elle se souvient de la danse de la joie. Ça sentait bon la libération, le départ du cocon familial et une nouvelle vie se présentait avec une liberté de sortir quand elle voulait, tenir Yohan par la main sans se cacher. Majda était libre !

Elle donne de son amour, sans reprendre, sans attendre, juste aimer. Là, Yohan est là ! Il a réussi ! Il est motivé pour qu’ils vivent ensemble.

Il n’aime toujours pas sa coupe de cheveux trop courte à son goût. Il lui demande de laisser sa chevelure s’exprimer, lui répète-t-il souvent en riant.

Il rêve. Oui. Elle rêve. Ils rêvent à deux, pour deux.

Ils s’installent, rue du colonel Oudot et en profitent. De leur mariage marocain, ils en gardent un très bon souvenir festif.

Leurs différences sont là, mais ils y croient.

 

***

 

Deux années passent. Des années légères et pleines de joie même si l’incompréhension est là, parfois. Nous, les femmes, n’avons pas le même langage que vous, les hommes. Et c’est ce qui fait son charme avec un décodeur.

Majda est enceinte. Ils scellent officiellement le pacte qui les a unis. Majda pense, malgré les voyages professionnels répétitifs de Yohan à l’étranger, ses déplacements professionnels ou amicaux à l’étranger, qu’ils sont faits l’un pour l’autre. Elle pense, elle espère en silence que ce bébé arrivera et pointera le bout de son nez pour le faire rester le plus longtemps près d’elle.

Majda parvient à oublier ses absences, ses voyages au Liban, en Jordanie, au Yémen, en Algérie. Dès qu’elle le voit à son retour, elle aime son sourire … sa beauté…et la manière dont il lui fait l’amour.

 

L’amour révèle réellement l’état intérieur de la personne avec qui vous vivez. On ne peut pas tricher.

 

Sur un air de 'besoin de rien, envie de toi' de Peter et Sloane .... Ils sortent quasi tous les week-ends.

Quand il est là, ils répondent aux invitations d'amis à la campagne, à la famille.

Yohan a perdu ses parents, il y a quelques années. Il avait été placé à la DASS. C'était un accident.

Un chauffard avait accéléré pendant un virage et n'avait pas repéré leur voiture devant. Yohan en garde un souvenir indélébile.

Il est le seul rescapé, le seul survivant dans cette épreuve. Il a donc beaucoup d'amour à recevoir.

Parfois, quand il boit un coup de trop à l'apéro Majda voyait enfin qui se cachait derrière le masque de Bad Guy. Elle comprenait ses fragilités.

 

Rouage au compteur

 

Yohan fait partie de ces gens mystérieux.

Chaque soir, il sort avec ses amis pour aller répondre à l’appel de la prière.

Chaque soir, il retrouve ses amis devant la mosquée et passe une bonne partie de la soirée à explorer ce rituel où il a trouvé sa place, où on le reconnait dit-il parfois.

Plusieurs semaines se déroulent calmement. Tout roule. Majda et Yohan attendent l’arrivée du bébé. Ils ne veulent pas savoir si c’est un garçon ou une fille. Ce sera la surprise.

 

Dieu offre l’opportunité d’une âme…du moment qu’elle est en bonne santé.

 

Puis, un soir comme un autre, l’envie furieuse d’aller chercher Yohan à la mosquée et faire ensemble le chemin du retour, surgit. Majda passerait bien par le kébab ou un chichtaouke chez le libanais car elle en a envie.

Elle pense lui faire plaisir.  Plaisir de couper le quotidien avec sa proposition.

Quand il la voit arriver, il quitte rapidement ses amis sortis de la mosquée et se précipite vers elle.

Ce soir-là, Yohan prononce des paroles qui ne lui correspondent pas. Avant, il l'aimait pour le meilleur et pour le pire mais maintenant elle doit par respect pour lui se reconvertir à son islam...un islam imposé où elle devra porter le voile et ne pourra plus fréquenter ses copains d'enfance ni ses amis masculins. Elle doit rétrécir le champ des amies et les sélectionner selon leur pratique religieuse.

A cet instant, Majda commence à brûler à petit feu.

Elle ne comprend pas. Comme s’il voulait l'enfermer dans une cage dorée. Elle ne sait pas. Elle ne sait plus ! Le téléphone pourrait sonner, y a plus d'abonnés. Juste le silence pour respirer.

 

Elle pense : Il aurait encore ses parents, tout serait probablement différent. Certainement.

 

Quand on perd ses parents, une fracture se crée et des fragilités émergent.

Des images, ses images, défilent. Elle se souvient des jours heureux vécu avec lui. Avant, chaque chose, chaque émotion, était à sa place.

C’était place à la délicatesse, l’attention et l’intention du plaisir.

Puis, de jour en jour, d’heure en heure, la vie a commencé à basculer…les habitudes ont commencé à changer…comme si quelqu’un voulait noircir le tableau et se mettre entre eux. Un être invisible qui était là pour tout casser !

Tout au départ, quand Majda a refusé ces changements, c’est là que les coups ont commencé. Dans le dos, puis, petit à petit dans le ventre, au visage. Elle portait les stigmates de sa violence, sa manipulation, sa perdition et l’humiliation grandissante. Elle ne disait rien quand elle croisait les voisins, sa famille, ses amies. Personne ne fit le rapprochement quand il s’était blessé à la main et qu’elle était tombée dans les escaliers ou qu’elle s’était fracturée l’arcade sourcilière.

Aujourd’hui, elle se demande encore, au plus profond d’elle, si elle n’avait pas autorisé cette violence et ne l’avait pas entretenue pendant toutes ces années qui ont suivi leur rencontre.

 

Ouvrir son cœur

 

Musique : Every Breath You Take de Sting

 

Retour à ses origines, en vacances...le Maroc. Voilà dix ans qu’elle n'y a pas mis les pieds. Son fils, Mahmoud a treize ans. Tout a changé dans ce pays.

Tout est ouvert. La tolérance et le respect y règnent. La photo du roi est toujours là... dans les boutiques et l'administration. Les femmes se promènent librement. Chacune porte sa sensibilité vers le monde extérieur.

Il y a celles qui portent le voile par choix et celles qui portent leur charme de manière décente. Elles travaillent en s'habillant comme elles veulent, accèdent au pouvoir suprême de travailler avec leur charme caché ou révélé.

Majda se rappelle ici, à Meknès la ville d'origine de ses parents, que c'est grâce au Palais de la femme à Paris et à Anna, l'assistante sociale, qu’elle a réussi à rebondir, à tisser de nouveaux liens et à connaître sa nouvelle vie. Elle a pu utiliser ce tremplin pour trouver un job et créer un cocon avec son fils : sa seule raison de vivre.

 

Cinq ans d'enfer avec Yohan, trois ans de joie au palais de la Femme qui sont loin derrière elle maintenant. Des années de souffrance, de combat, de larmes et de 'relève toi Majda !' ont criée toutes ses femmes qu’elle a eues la chance de rencontrer dans ce palais de la Femme.

Chacune portait sa douleur et continuait d'avancer. Elles avaient la niaque, la volonté de combattre et de sortir du lot.

Pour la plupart, elles avaient vécu avec des hommes qui les avaient broyées. Elles avaient, comme sur un ring de boxe, encaissé les coups et après quelques chaos, avaient eu le déclic : mourir ou se relever !

Il aura fallu qu’Ange, la directrice du Palais de la Femme qui la suivait de près, lui propose un jour un stage d'un jour à la boxe thaïlandaise pour que Majda comprenne l'état d'esprit et la philosophie des boxeurs.

La confiance est revenue en elle petit à petit…et fait écho comme un toit. Après de telles blessures, la confiance en l'autre est plus compliquée.

Majda aura retenue des leçons et expériences de vie… notamment que l'on a toujours besoin des autres pour se connaître et se construire. L’autre est son miroir pour avancer, s’améliorer, apprendre à s’écouter quelque soient les épreuves.

Les plus beaux jours restent à venir, maintenant.

 

 

 

L'HISTOIRE DE MA VIE

d' Arsène Eloga

Marie mais pas immaculée, vierge mais pas Marie, tout simplement Marie. Alors que je voulais lui ressembler, être à son image et non à sa ressemblance, ne serait-ce que pour trouver un sens à ma vie. C’est ce qui m’a manqué tout au long de mon existence, je n’ai jamais su trouver ma voie, l’incomprise, je traînais avec moi mes déboires, mon désarroi, et mon agonie était sujette à des moqueries.

Je suis née dans une famille peu orthodoxe, aînée ou cadette, ne venez pas me demander, car pour moi ce n’était  déjà pas important. Ma famille si elle existait, était déjà sous les décombres d’un séisme marin, car en effet mon père était dans les forces de l’ordre, et par abus de pouvoir, il se croyait tout permis. Il était déjà en couple ou avait déjà des femmes, mais il ne pouvait  s’empêcher de jeter son dévolu sur ma mère. Quel homme pouvait résister à ma mère, c’était l’une des plus belles femmes du village. Elle faisait des victimes par centaines, mais personne n’en mourrait d’une overdose d’admiration. Elle avait tout pour plaire, la démarche, les cheveux, beaux et soyeux, une bonne taille, une belle peau. Mon père, qui était en mission dans mon village, filait des malfrats quand il tomba sous le charme de ma mère mais cette dernière ne voulait pas de lui comme époux. Avait-elle réellement le choix ? Non, elle refusa d’un revers de la main la proposition  de mariage de mon père mais lui ne voulait pas l’entendre de cette oreille, il alla voir mes grands-parents pour leur expliquer la situation mais ceux-ci en conformité avec la décision de leur fille, tranchèrent par la négation. Mon père refusait de se conformer à cette décision, sur le champ il exécuta mon grand-père, menaça ma grand-mère, tout ceci devant les yeux chagrinés de ma mère. Ma grand-mère était traumatisée et comme cela ne suffisait pas, elle fut jetée dans une fosse où restaient tous ceux qu’on traitait d’ennemis de la nation pour qu’ils puissent réfléchir sur leur vie, et véritablement ne plus désobéir à ceux qui faisaient la loi. C’était un endroit sombre et lugubre, sans nourriture, ni eau potable, quelle expérience déplorable, marquante et mémorable, ma grand-mère n’a plus jamais été pareille après sa descente aux enfers.

Mes parents pouvaient donc convoler en juste noce. Quelle rigolade ? Elle allait retrouver ses coépouses, elle était d’ailleurs la plus jeune d’entre elles, je vous laisse visualiser en image ce que ça donne. Vous faites bien de penser à de la maltraitance qu’elle subissait de ces femmes, qui avaient sans doute l’âge de cette pauvre femme qu’elle avait laissé seule dans son village natal dans la démence, le doute et la peur. Impossible d’attirer l’attention d’un monsieur qui vous a conquis de force et qui frappe à votre porte chaque deux jour, pour essayer de vous mettre enceinte. Quand le chat n’est pas là les souris dansent, y avait-il un chat ? Non ! Car même quand mon père était là, ma mère subissait déjà des insultes, des menaces, des corrections corporelles et charnelles loin d’être fraternelles.

Ma mère avait enfanté, elle m’avait enfanté, se disant qu’avec la joie de l’enfantement, elle allait avoir un temps de répit, tout au contraire elle venait là de déranger celles qui ne pouvaient  enfanter, ou était vieille pour avoir un autre bébé. Je doute fort que mon père ait épousé ne serait-ce qu’une seule femme de son ménage. Ou du moins, elles n’avaient ni alliance à leur doigt, encore moins un acte de mariage, certainement sur le plan pratique ils étaient mariés et femmes. Encore là je joue la carte de la réserve, mais en ce qui ne tient elles étaient bien là.

La vie de ma mère était déjà menacée, la mienne aussi par la suite, alors ma mère pris sur elle de déjouer l’attention de mon père, ayant tout planifié de prendre le large et de retourner chez sa mère. Erreur ou pas, elle venait aussitôt de mettre en danger ma grand-mère. Elle décida donc de me laisser chez sa mère, elle était déjà enceinte de mon petit frère. Elle pouvait donc faire une petite croisade car en effet le premier endroit où mon père allait la chercher était bien chez sa mère, alors il fallait donc qu’elle parte. Comme par enchantement, mon père furieux se pointa, mais il ne vit point ma mère, allait-il faire du mal à ma grand-mère ? De toutes les manières elle m’avait confié pour quelques jours  à celle qui deviendrait plus tard ma nourrice, son amie, sa cousine. Mon père nous avait perdues ma mère et moi, mais ne  dit-on pas, qu’un lion blessé est plus dangereux que celui qui est dans la satiété ?

Après quelques mois loin du cocon familial, ma mère pouvait retrouver sa mère. Mon père avait commencé à mener des investigations pour savoir où elle pouvait se trouver, mais vu qu’il était déjà passé chez ma grand-mère plusieurs fois sans résultat concluant, il comprit donc qu’il fallait qu’il oriente ses recherches vers d’autres villes ou villages. Le domicile de mon père n’était pas loin de notre village, c’était dans la même région, à trois villages du notre.

Femme toujours coquette elle ne perdait pas son temps, elle reprit du poil de la bête, sa beauté et son charme était déjà au rendez-vous, par dizaine elle recevait des demandes en mariage. Dans la foulée, elle avait le besoin de s’attacher à un homme plus ou moins riche, protecteurs qui allait l’amener loin de son village et certainement allait la faire découvrir la capitale économique de notre pays. Puis l’occasion se présentait, c’était un boucher, pas comme on en voit de nos jours, à cette époque les affaires étaient fleurissantes, c’était un métier avec plein d’oseille. Le monsieur exerçait à la capitale économique, il prétendait être fou amoureux de ma mère, il avait un domicile, son activité était fleurissante, il n’avait ni femme ni enfant, il fit donc ce qu’il fallait pour l’avoir. Ma mère qui se disait qu’elle avait fait l’affaire de sa vie, qu’elle allait enfin vivre sa vie et avoir une vie, nous laissant ainsi mon petit frère et moi, à la charge de ma grand-mère.

L’amour était irrationnel, tendre et agréable, elle pouvait s’empiffrer de viande de toute sorte, avoir assez d’argent de poche. Elle avait de quoi s’occuper, elle prenait soin de son époux le boucher, tout était paisible c’était le charmant et le prince. Toute médaille a un revers, et ma mère n’allait pas tarder à payer le prix fort. Son mari rentrait déjà de plus en plus tard, elle n’avait pas des comptes à lui demander, il ne la respectait plus, il multipliait les conquêtes, il ne rationnait plus. Elle avait tout de même malgré tout cela eu ma petite sœur, mais cette situation avait déjà trop duré. Ma mère n’avait droit à rien, sa place de femme était déjà menacée, elle n’avait plus d’intégrité, ni de dignité, ma petite sœur avait déjà six mois et comme si ça ne suffisait pas, ce monsieur la frappait par moment. Une autre goutte de trop, ma mère pris encore une fois de plus le chemin de la fuite pendant que ce monsieur dormait un après midi.

Avait-elle un autre domicile ? Elle revenait chez sa mère, dans son village natal, un village situé dans une zone montagneuse, elle avait fui la capitale économique avec les plaines et la mangrove, pour trouver refuge dans un paysage parsemé de collines et de montagnes mais la tranquillité de l’environnement la captivait.

On avait grandi. Mon père quant à lui avait pris considérablement de l’âge, il était aussi fatigué de courir derrière ma mère, mais ils étaient tout de même restés en contact et quoi qu’on pouvait faire, c’était notre père alors on se devait d’être là malgré ce qui pouvait arriver. Il avait pris de l’âge, Charles mon père, celui qui prenait tout pour acquis, qui se vantait de sa vigueur et de sa force, sa peau devenait déjà flasque et la vieillesse ne lui faisait pas de cadeaux. Le monsieur autoritaire qu’il était jadis, ne voulait pas comprendre que les temps évoluaient et que les temps changeaient.

Mon père dans toute sa soit disante sagesse n’avait qu’été occupé à faire des enfants, sans toutes fois prévoir ce que ces derniers allaient devenir par la suite. Toute de même, il avait construit un mini camp d’habitation à la capitale économique où il avait essayé temps bien que mal de repartir quelques maisons, à tous les enfants qu’il avait. C’était une mission impossible, alors certains étaient obligés de demeurer au village avec leur mère, ou de vivre dans la promiscuité.  Ce qui fut le cas de mon petit frère Marc qui restait au village avec ma mère Ortance, qui après avoir eu plusieurs relations amoureuses en échec demeura près de ma grand-mère pour faire les travaux champêtres, seules activités capables de lui procurer de quoi manger quotidiennement.

Beaucoup d’années étaient déjà passées depuis ma naissance, et quand je faisais le bilan de mon existence, j’étais une demoiselle de la vingtaine révolue, qui n’avait que le certificat d’étude primaire et avait dû arrêter les études en classe de quatrième faute de moyen, pour aussi donner la chance à mes cadets d’être scolarisés. Je n’avais pas fini de réfléchir sur mon existence que mon père fit appel à moi, il voulait me rencontrer et moi je me disais que c’était pour des raisons sanitaires qu’il me demandait. En effet j’étais restée à la capitale économique et mon père quant à lui faisait les va et vient entre les métropoles et villages, pendant cette période il était dans une ville toujours située dans la même région que la capitale économique. Arrivée sur les lieux, je m’en pressais d’aller près de mon père pour savoir de quoi il s’agissait en ayant la peur au ventre que son état de santé était au plus bas, mais non. A ma grande surprise, je vis mon père au salon avec des personnes, et mon père de me sommer de saluer un monsieur en face de lui. Je n’avais pas prêté attention de ce qui se tramait, car mon père était la seule personne pour qui j’ai bravé la route avec tous les risques. La personne en question était un monsieur à l’apparence plus âgée que moi, c’est la seule chose que je pouvais dire de sa personne car sa seule présence était indifférente pour moi. Il avait aussi fière allure, avec des vêtements de luxe et dans la foulée, mon père me révéla qu’il était médecin et qu’il était là pour m’avoir comme épouse. Vous pouvez déjà imaginer l’état dans lequel je me trouvais ? Déboussolée et presque trahis par mon père car je me rendais compte que je m’étais fait un sang d’encre pour rien, pendant que le concerné de mon stress ne pensait car me livrer à une personne, question de se débarrasser de moi. Déjà je n’étais pas d’accord mais mon avis ne comptait pas, mon père m’informait et ne me demandait pas mon approbation. Les mêmes causes produisent les mêmes effets je l’avais compris et je ne pouvais que m’engager. Alors que j’avais perdu tout espoir, comme un secours que le ciel me délivrait, le bus venait de laisser ma mère qui ne se doutait de rien avant d’arriver. Quand elle vit, elle comprit et elle ordonna à mon père de stopper toute procédure car elle estimait que j’étais jeune, et qu’il ne fallait pas qu’on me force la main en ce qui concerne ce genre de décision, tellement déterminante pour mon existence. Mon père ne l’entendait pas de cette oreille. Dans un désaccord totale, je décidai de suivre les projets que mon père avait choisi non pas parce que j’appréciais cela mais parce que je le craignais, il me faisait peur, j’avais peur de le désobéir et il avait déjà perçu une maudite somme en échange de ma personne.

Quel ménage ? Sans amour, sans attente. Nous étions tout de même des adultes. Martin voulait une femme, alors j’étais là ! J’ai joué mon rôle jusqu’au bout mais faire la comédie ne m’a jamais réussi. Six mois pas d’enfant, un an toujours pas. Qu’est ce qui n’allait pas ? Ne venez pas me poser la question. Littéralement le problème venait de moi, et si j’avais des doutes, les tests l’avaient révélé, impossible d’avoir d’enfant. Déjà qu’il n’y avait pas d’amour entre nous, je remplissais mes devoirs de femmes au foyer mais ça ne suffisait pas. Monsieur le viril ne pouvais tenir sa tige, il se disait « fort aux fesses » alors je ne pouvais donc pas le retenir, encore moins le contenir car même si je voulais je n’avais pas les arguments convaincants pour faire valoir mes droits.

Martin ne dormait plus à la maison, ne rationnait pas, il me brutalisait verbalement, menaçait de me mettre dehors, il me battait presque, il me manquait de respect. Il se reproduisait ou essayait de le faire quand il en avait  besoin. Il allait plus loin, ses aventures il les vivait sur notre lit conjugal. J’étais donc sans force et sans secours, il fallait que je vive et que je survive. Dans ma quête de subsistance, j’ai remarqué une dame qui faisait la coiffure non loin de mon domicile, alors je l‘ai supplié de me former et comme je n’avais pas d’argent pour payer la formation, je travaillais directement pour elle. Cela se passait très bien, j’avais assez d’argent pour épargner car après la formation, la dame m’a prise pour continuer à travailler pour son compte, ce que je n’ai pas hésité à accepter. Martin n’avait rien à foutre de ce que je faisais, les seules jours où il décidait de dormir à la maison, il était comme une abeille ou un polonais ou encore un marin du port d’Amsterdam.

Ma sœur utérine Viviane était en mariage à une heure de route de mon domicile, j’avais déjà emmagasiné une importante somme d’argent avec laquelle je comptais prendre le large. Je voulais retourner à la capitale économique et retrouver la petite chambrette que mon père m’avait laissée. J’avais pour ambition de lancer ma propre affaire et d’être indépendante ; il fallait donc que je confie cette somme à une personne et ce fut elle, je lui avais demandé de ne pas parler de cela à quelqu’un. Je faisais aussi mon déménagement, chez elle aussi je stockais mon matériel de travail que j’achetais progressivement.

J’avais déjà tout prévu, et le jour que j’avais consacré à ma fuite, Martin tomba malade et fut hospitalisé. Je ne pouvais donc plus partir de peur que pire s’en suive et que je sois tenu pour responsable. J’étais bien curieuse de ce qui allait se passer, personne ne fut à son chevet pendant plus de six mois d’hospitalisation et même pendant ses deux mois de convalescence, personne ne se tenait à son chevet si ce n’était moi. Je ne pouvais plus reculer, même avec cet état, il ne saurait me comprendre. Quand j’eus jugé qu’il allait déjà mieux, je suis parti chez ma sœur pour récupérer ce qui m’appartenait et continuer mon voyage. Une heure, deux heures et trois heures mais toujours rien, pas une trace de cet argent alors que j’avais fait confiance à ma petite sœur et elle n’a pas hésité à me trahir. Mon argent a été dilapidé pour servir son ménage. Je n’en fis pas un problème mais je leur accordai un délai pour me rendre cette somme.

Arrivée à en métropole, je me disais que j’étais loin du danger et que j’avais repoussé tout ce qui pouvais déplaire à mon épanouissement. Mon père me demanda des comptes de ce retour brusque qui le couvrira certainement de honte, mais plus tard il comprit. Mes frères, comme un malheur ne vient jamais seule, s’opposèrent à ce que j’ai une petite propriété. C’était un maigre studio, il disait que je suis une femme et que je n’ai aucun droit car mon bonheur était dans un ménage chez mon mari loin de ces biens. Il s’en suivait alors des batailles jours et nuits, mon père trancha ce problème, du moins pour le moment car j’avais cette ferme conviction que dès que le moment sera propice, ils essayeront de m’évincer de cette maison. Pour l’instant j’étais là et je le partageais même d’ailleurs avec mon père de son vivant.

Je ne voulais point penser à la gente masculine, j’avais décidé ayant tout perdu mes moyens de subsistance de lancer une petite activité  commercial avec un faible capital. Je réalisais un faible bénéfice sur lequel je me nourrissais quotidiennement. Mon premier amour c’était la coiffure, c’était d’ailleurs le seul domaine dans lequel j’excellais. Ma petite sœur ne semblait pas vouloir me retourner sa dette.

Chaque flatteur vit au dépend de celui qui l’écoute, Eric passait son temps à se présenter devant mon petit commerce pour essayer de capter mon attention. Il n’avait pas fière allure, il n’avait rien pour plaire, si ce n’est sa grande taille, il n’était pas charismatique, rien pour plaire. Je me demande encore aujourd’hui comment j’ai pu le laisser me faire deux enfants, Stan et Léty.

C’était donc un miracle que je conçoive, déjà le premier enfant a failli me coûter la vie. En père irresponsable, j’ai dû me battre seule pendant ma grossesse. J’ai quitté le local qui m’était attribué pour aller en location. Mes petites économies je les ai brûlé pour la layette et tout le confort de mon premier né pour qu’il ne vienne pas au monde dans la précarité, sans nouvelle du géniteur Eric. Aucun membre de ma famille ne bougea le petit doigt, encore que ma mère et ma grand-mère s’en allèrent avant que je ne tombe enceinte, je n’avais donc presque plus personne.

Personne à mon chevet, personne pour me donner la main, personne pour m’encourager mais je donnai tout de même la vie sans que personne ne s’en soucie. Mon père  retrouva aussi l’au-delà et je ne pouvais plus assumer la location, je décidais de retourner dans mon petit studio mais c’était sans l’accord de mes frère consanguin qui pour la plus part étaient mes cadets mais semblait vouloir me faire manger la poussière. C’était donc un combat sans fin. Un matin on se salue et quelques minutes après tout peut changer la donne, j’étais là sans être là.

Plus de nouvelles d’ERIC si ce n’est pour se présenter trois ans après et me mettre enceinte pour la deuxième fois, que devrais-je dire de ma propre personne qui ne semble pas avoir une personnalité.

La guerre avec mes frères s’intensifiait, j’étais donc exposé à des violences verbales et physiques. Je n’avais plus rien, aucune source de revenu, aucune activité, aucun soutient, pas de vie, par de personnalité, pas de personne. Eric ne voulait presque rien savoir de ses enfants, et les seules fois qu’il m’approchait, c’était pour m’endormir avec de belles paroles, des promesses d’un avenir meilleur. Je le croyais, je lui donnais à chaque fois le bénéfice du doute, mais rien, toujours rien, je fais toujours confiance encore et encore mais rien.

J’avais mis en location une partie de mon locale question d’avoir ne serait-ce qu’un bout de pain pour manger. Mon père avait laissé un héritage dont tous ses enfants devaient en jouir, mais moi tout m’était refusé même le stricte  nécessaire. Je croupissais dans la précarité et mes frères s’élevaient dans la bourgeoisie. J’avais du mal à savoir ou à comprendre ce qui m’arrivait. Rien n’allait, tout le monde se liguait contre moi. Des fois même mes propres enfants  étaient mes ennemies.

Dans la mesure du possible, je me suis battu comme j’ai pu, multipliant ainsi les petits boulots, la vente à la sauvette, des métiers de misère pour offrir à mes enfants une triste scolarisation : Stan a arrêté en classe de première après plusieurs tentatives sans toutefois franchir ce palier, Léty marquait le pas sur place en troisième.

Même sur mes propres enfants je n’avais plus de contrôle,  Léty cumule deux enfants en bas âge avec deux pères différents. Stan un nourrisson avec une fille qui après avoir accouché lui a attribué la paternité sans que rien, ne notifie clairement qu’il n’y ait eu plus qu’un flirte. Le locataire avec qui je partage mon studio se refuse de partir de la maison encouragé par mes frères.

Quand se lèvera pour moi le jour, comme une veilleuse j’attends l’aurore, je scrute les étoiles en espérant de lire sur l’une d’entre elle mon joug allégé. Quand  est-ce que ma misère prendra-t-elle fin et que je pourrai être désaltérée.

Mon oasis est-elle si loin de moi ? Ma nuit ne peut-elle pas s’estomper ? Je suis une coquille vide, une feuille morte que le vent de la vie maltraite et entraîne à contre vent et courant.

Je garde espoir, j’ai confiance à la  vie, cette vie qui me donne des coups pourra elle aussi un jour me sauver. J’ai pardonné et j’ai fait table rase, il n’y a jamais eu en moi ni haine mais que de l’amour.

Aujourd’hui encore comme avant, l’amour est la seule chose qui me fait vivre, l’amour de mon semblable et pour mon semblable.

Je suis Marie l’immaculée de la gloire glorieuse.

LA REMONTÉE DE LA PENTE : Femme de valeur

de Balki Sanre

 

          Je me rappelle ce jour comme si c’était hier. Ce jour-là où ma vie bascula à la catastrophe. Oui, ce jour où l’accident se produisit sur le pont Henry Konan Bédié à Cocody. Tout ce dont je me souviens juste après, c’est le son des sirènes des sapeurs-pompiers et de l’ambulance venus deux heures plus tard. Selon les dires d’une dame qui était présente sur les lieux de l’accident et qui aussi rendait visite à son frère malade hospitalisé au CHU de Cocody. Une bienveillante dame qui tout en s’occupant de son frère aîné, avait bien voulu rester à mes côtés tout au long de l’hospitalisation de mes parents. Les membres de la famille étant loin d’Abidjan pour certains et d’autres prétextant une impossibilité de déplacement dûe au travail,  appelaient toujours pour s’enquérir des nouvelles. C’était deux semaines plus tard que les premiers visiteurs vinrent enfin. Chacun apporta son soutien comme ils pouvaient tout en remerciant dame Paulette pour sa présence à mes côtés. C’est ainsi que s’appelait la dame.

 

         Âgé de vingt-deux ans, mes parents m’avaient déjà enseigné des valeurs de vie et surtout comment faire face à certaines difficultés. Les ayant déjà vus se débattre pour survivre depuis notre quartier précaire d’Abobo, je prenais exemple sur eux. Dieu merci, leur situation changea juste à la nouvelle prise de fonction de papa et de maman dans une entreprise de la place. Ce qui vint radicalement améliorer notre condition de vie. On leur offrit une maison dont le coût était directement déduit de leurs salaires plus une voiture de service. Dès cet instant, notre vie était emplie de joie, ne se souciant plus du loyer à payer, des frais de scolarité, de la nourriture. Tout y était pour notre bonheur et confort mes trois frères et moi. Mais ce décor paradisiaque qui dura pas longtemps à cause l’accident, cet accident dont Ils ne se lèveront plus hélas.

 

             À l’annonce de leurs morts, je perdis pieds tout en fondant en larme. Mes pleurs n’étaient pas seulement causés par la douleur de leur perte mais aussi j’avais compris le lourd poids qui me revenait tout en ne voyant aucune issue pour nous en sortir. On ne pouvait compter sur l’ensemble de la famille : ils viendraient sans pitié après les funérailles pour certains, vider les meubles de la maison et seront encore gentils s’ils nous la laissait. Mon père n’ayant pas eu le temps de la mettre au nom de quelqu’un.

 

          Quelques mois passèrent, la vie reprit ou du moins le nouveau chapitre de ma vie commença et comment ? Avec des tourments, des insomnies, des pleurs et de désespoir. Aucun parent ne vint vraiment à notre secours sauf bien sûr la grande sœur à maman qui, de son côté ne pouvait que nous offrir une somme de 35 000 franc CFA par mois plus un sac de riz chaque quatre mois afin de subvenir à notre subsistance. Une somme dont je mettais dix mille en réserve pour ouvrir un petit commerce de pain appelé communément « panini » qui est un ensemble de pain, salade, d’œuf de frite et de crudité que j’apprêtais chaque matin devant l’établissement de mes deux frères. En plus, je gérais une cabine téléphonique chaque soir. Je ne gagnais pas beaucoup mais avec le peu que j’obtenais , je pouvais acheter le nécessaire pour mes deux frères âgés de dix-huit et quatorze ans, ma petite sœur âgée de six ans qui faisait la classe de CP1 et moi. Heureusement pour nous, la société dans laquelle travaillait papa et maman avait empêché les membres de la famille de nous vider de la maison. Ne voulant pas aussi vivre chez quelqu’un connaissant le calvaire qui nous y attendait, nous avions préféré y rester et avec cette activité que je menais, nous nous en sortîmes du mieux que nous pouvions.

 

               Au moins, cette activité me permettait de scolariser les enfants. Me concernant, étant en master 2, je dus interrompre mes études. J’en pleure encore quelques fois mais aussi je me dis que c’est pour la bonne cause. C’était ainsi que, ma vie continua de bon train entre rire, douleur, soupir, pensée, remords et espoir d’un lendemain meilleur : un lendemain dont je ne voyais pas le bout, surtout lorsque certains hommes que je ne désirais et n’aimais pas m’approchaient. Des hommes qui, dès le premier contact te donne des mauvais frissons, qui veulent juste profiter de ta faiblesse pour certains et d’autres que je ne voyais qu’en amis. Et encore, il fallait le leur faire comprendre sans heurter leur égo et leur estime de soi, qui revenait difficile par moment car certains très coriace n’acceptaient pas le refus. Par moment même, j’en venais à rire. Ces moment-là, me permettait de me distraire un tant soit peu. L’évasion fait du bien souvent et ça, personne ne peut le contester. Cependant, juste après la réalité faisait surface.

 

                 Et cette nuit, subitement, elle décida qu’elle ne pouvait rester ainsi, une femme lambda qui n’avait que ces deux activités pour s’en sortir. Ce n’était pas possible, ce n’était pas ce qu’elle avait convenu être. Tout comme ses frères, il fallait qu’elle devienne ce qu’elle devrait être, une femme d’opinion exerçant son métier de passion. C’était ainsi qu’elle décida que pendant les vacances, de suivre des cours en ligne tout en reprenant les cours de Master 1 pour une remise à niveau tout en travaillant maintenant quatre jours sur sept comme cuisinière dans un grand restaurant de la place. Ainsi dès la rentrée qui suivait, elle s’inscrirait soit dans la même université soit dans une grande école afin d’obtenir son diplôme de Master 2. Et, ce travail elle le devait bien à dame Paulette, cette dame qui est une bénédiction pour elle. Cette proposition, elle le lui avait faite à l’hôpital. Et c’est maintenant qu’elle s’en était souvenue en revoyant par pur hasard le numéro de la dame dans l’un de ses vieux sacs

 

                   Elle était PDG de trois restaurants luxueux. Héritage de son défunt père. Dès sa prise de fonction Manuella Aka se mit à sourire. Les autres ne comprenant pas, la regardaient étonnamment. À ce moment, elle murmura : « moi Manuella Aka, fille de Charles Aka et de Inès Aka, mon histoire, que dis-je, mon bonheur par la grâce de Dieu se diront sur les lèvres, chaque parent, chaque cousin, chaque nièce, chaque tante, chaque oncle ne feront que la conter. La vie étant faite de choix, moi j’ai choisi et Dieu m’a bénit. L’histoire ne fait que commencer femme de valeur » dis-je à haute voix sur la dalle en contemplant les étoiles dans le ciel.

 

 

 

Sois Africaine et tais-toi!

de Okoumba Simbou Diane Laure

 

« La place de la femme est à la cuisine » a déclaré un pasteur africain. Sur les réseaux sociaux, certains se sont amusés à faire des parodies. D’autres l’ont repris en chanson, toujours sur le ton de l’humour. Le public d’Occident s’est défoulé sur quelque chose qui ne se fait plus chez lui car le féminisme a rendu inconcevable la stigmatisation de la  femme. Dans l’afro sphère, les femmes se sont insurgées. Rien de plus ! En vérité, la phrase a marqué plus pour son éloquence que pour son sens. Pourtant, elle sous-entend que la femme (africaine), digne de ce nom, doit être une bonne ménagère. Elle résume la déconsidération, hélas, que subit l’Africaine. La condition de la femme en Afrique commence, dans certains pays, par le complexe d’infériorité dès l’enfance. Puis, survient la mentalité dite du mouton noir dans les rapports homme-femme.        Paradoxalement, la valorisation vient des autres communautés. Et, il ne faut pas oublier les hommes qui se joignent au combat pour le respect des femmes, même si d’autres s’imaginent encore que l’Africaine joue un rôle secondaire dans l’éducation des enfants. Heureusement, en ce début du XXIème siècle, l’Africaine a tendance à se montrer sereine dans son authenticité.

Le complexe d’infériorité est le sentiment de ne pas mériter autant de considération que les autres. Étant dévalorisée dès l’enfance, l’Africaine croit que c’est immuable. Par exemple, on préfère scolariser les garçons que les filles. Les mariages forcés concernent plus les jeunes filles. J’ai encore le souvenir d’un camarade d’école ouest africain. Il était surpris de l’égalité de traitement entre filles et garçons au Gabon. Dans son pays, me disait-il, « quand les enfants jouent, les garçons peuvent dire aux filles d’aller leur chercher un verre d’eau, elles sont tenues d’obéir ». À Libreville, la même chose est impensable. Les filles enverraient balader leurs amis de jeu.

Le complexe d’infériorité n’est donc pas inculqué partout. Néanmoins, il faut veiller à  changer les mentalités aux endroits où cela existe.

Le complexe d’infériorité peut entraîner le manque de confiance en soi. C’est ainsi que, pendant longtemps, l’Africaine n’a pas cru en elle. Faut-il rappeler la problématique sur les canons de beauté ? On incrimine l’Occident qui a mis en avant les cheveux lisses et la peau claire. On omet les Africaines qui, elles-mêmes, maltraitent, voire dissimulent, leurs cheveux crépus parce qu’elles en ont honte. On omet aussi certains Africains qui ont une préférence pour la peau claire.

C’est par l’éducation que l’image de la femme africaine va être améliorée. Appuyons-nous sur des figures féminines admirables. Ce peut des femmes qui ont fait l’histoire ou celles qui vivent aujourd’hui.

Les  Africaines prodigieuses d’autrefois sont, par exemple, les amazones.  Elles ont arrêté les légions romaines en pleine intrusion dans les territoires profonds du continent. Rome a d’abord pris pour prétexte la poursuite d’Hannibal. Après sa disparition, les troupes romaines ont pris le contrôle de villes côtière du Nord, au rang desquelles Carthage. Les cités étaient vassales de royaumes noirs. Pour ne pas vexer ces derniers, Rome leur a versé un tribut. En prétendant ensuite pourchasser les complices d’Hannibal, Rome a voulu aller plus loin dans les terres. Finalement, ce sont des femmes autochtones qui ont stoppé net  cette invasion masquée. 

Parmi les Africaines qui suscitent actuellement l’admiration, nous avons les actrices Ini Edo, Nadia Buari ou Tanto Dikeh. Arrêtons-nous par exemple sur Tonto Dikeh, également chanteuse et philanthrope. Elle est passionnée par ce qu’elle fait. Elle gère intelligemment sa carrière. Avec son caractère espiègle et avenant, elle est devenue une icône. Elle est inégalable, au même titre qu’Émilia Clarke de Game of Thrones ou Priyanka Chopra, l’actrice la mieux payée de Bollywood.

Tonto Dikeh a aussi la particularité d’avoir épousé un homme qui l’aide à donner le meilleur d’elle-même. Les hommes qui ont de la considération pour les femmes sont des alliés incontournables.

En Europe, c’est grâce au soutien de riches messieurs ayant essentiellement des héritières  que la femme a obtenu le droit de disposer librement de son compte bancaire. Lucien Barrière (1923-1990) propriétaire, entre autres, de prestigieux casinos sur la Côte-d’Azur, ainsi que son héritière, la sublime Diane Barrière-Desseigne, sont tous les deux l’illustration la plus glamour de cet état d’esprit. Les pères ne voulaient pas voir leurs fortunes tomber aux mains de gendres mégalomanes, phénomène qui avait pris de l’ampleur dans la période d’après-guerre qu’on a appelé les Trente Glorieuse. Autrement-dit, c’est pour protéger le fruit de leur labeur que, fin des années 1970, des pères aisés ont soutenu une réclamation venant des femmes. Elles revendiquaient pourtant cette égalité devant la loi depuis la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne de 1791. C’est-à-dire, depuis deux siècles.

Par ailleurs, la femme africaine ne doit pas céder à la facilité de choisir son partenaire masculin selon les impératifs paternalistes du genre, se marier avant un certain âge, ou rester marié même si la vie conjugale est chaotique. Elle doit choisir un époux disposé à lui accorder de l’importance. Pour exemple, au Gabon, beaucoup d’hommes disent s’occuper de leur mères alors qu’ils entretiennent, discrètement, ce qu’on appelle une « Tchiza », une maîtresse. Ces messieurs comptent sur l’obligation faite à l’épouse de ne pas interférer entre un fils et sa mère. Ils détournent cela pour avoir des relations extra-conjugales. La Gabonaise qui obtient, de son mari, un droit de regard sur toutes ses dépenses s’évite un enfant dans le dos, ou une rivale qui, du jour au lendemain, finit par prendre sa place à la maison. Seulement, cette Gabonaise avertie est mal vue par la société. Son attitude est quasiment prise pour un matricide. Elle n’a pour seul appui que l’amour inconditionnel de son partenaire. Lequel se fait alors traiter de « mougou », ou d’homme complètement à la botte de sa femme.

La condition de la femme en Afrique est telle que si le partenaire lui prouve son amour, il perd le respect. A contrario, quand l’Africaine est agréable avec son conjoint, c’est bien. Donc la société reconnaît à l’homme le droit d’être aimé, mais si c’est la femme, son partenaire est dénigré. C’est comme si l’homme peut être comblé mais pas la femme qui devrait être gênée de connaître le bonheur.   

Dans la relation conjugale, faire culpabiliser l'Africaine est la norme. La mentalité dite du mouton noir, c’est le fait de toujours rejeter la faute sur la même personne. Tous les reproches sont dirigés contre la femme.  C’est ce qu’on apprend aux adolescentes et, très souvent, on le rappelle aux femmes adultes. On dit à la femme qu’un homme trompe forcément sa conjointe. Et, si elle décide de rompre après avoir été bafouée, elle est accusée de n’avoir pas pardonné. Pire, elle devient la cause de la rupture. On peut très bien pardonner à son conjoint volage et refuser de continuer à vivre avec lui. Mais, la société n’admet pas ce point de vue. Les jeunes Africaines en arrivent à se dire que c’est normal si leurs petits amis ont plusieurs conquêtes. Cependant, elles-mêmes, elles doivent faire semblant d’être vierges ou de n’avoir eu que très peu de partenaires, sinon elles passent pour des femmes sans honneur.

Dans la maternité aussi l’Africaine peut être mal jugée. La célèbre récitation « À ma mère » de Camara Laye dépeint une maman docile et passive. Elle rit quand l’enfant rit, elle pleure quand l’enfant pleure. Quand j’ai appris ces vers au primaire, j’ai été interloquée. La mère, selon Camara Laye, est loin d’être une femme active avec qui l’homme serait amené à faire des concessions. Elle n’est même pas le reflet des mamans ancestrales qui ne se seraient jamais mises à pleurer quand l’enfant pleure. Il faut être un homme pour s’imaginer qu’une mère réagit de la sorte. Quand l’enfant pleure, la mère le console ou lui intime l’ordre d’arrêter, elle ne se met jamais à pleurer avec lui. Avec un texte comme celui-ci, dès le plus jeune âge, est véhiculée l’idée que la mère africaine manque de personnalité. 

Paradoxalement, ce sont les autres communautés qui font la grandeur de la femme africaine. C’est une exception dans les comportements humains car, en général, chaque communauté porte haut ses membres. Ce sont les publicitaires étrangers qui magnifient la femme aux cheveux afro. C’est Kim Kardashian qui a rendu chic les tresses africaines. Avec le film Black Panther, c’est Hollywood qui a montré belles et charismatiques des Africaines au crâne rasé, alors que le cinéma africain donne de l’Africaine, l’image de quelqu’un de superficiel qui a pour seul but de se marier pour de l’argent. La femme africaine entre au panthéon des  canons de beauté grâce aux Occidentaux. Les publicitaires africains lui imposent la perruque, les cinéastes africains lui impose le maquillage à outrance, les maris africains lui imposent d’être ingénue.

Cela dit, l’espoir vient du fait que la femme africaine s’éveille. Elle lutte pour le respect de sa personne. Grâce aux réseaux sociaux, par exemple, circulent des tutoriels sur de beaux cheveux afro ou l’éclat d’une peau naturelle. Les femmes africaines qui réussissent sont mises en lumières à travers des blogs. Il y a donc un sursaut. Celui-ci est orchestré par les femmes du continent et de la diaspora. Il y aura toujours des gens pour faire l’amalgame entre l’Africaine moderne, indépendante et une femme matérialiste. Le plus important c’est que, malgré les stéréotypes, l’Africaine se fait accepter sans se décolorer la peau, sans se marier par désespoir ou par soumission, sans s’effacer pour l’éducation des enfants, tout en conciliant valeurs traditionnelles et idées progressistes. 

Retour au bercail

de Laurène Bintsamou

Je me souviens avoir ressentie de fortes nausées. C'était étrange car malgré cela je me sentais curieuse de redécouvrir cette ville. Les portes de l'avion s'ouvrirent enfin. Je mis un pied à l'extérieur, le droit je pense. Puis suivi le pied gauche. Je pris une grande inspiration. Ensuite j'expira tout en étirant mes bras vers le haut et de façon vertical.

Ce vent, cet air, c'était comme si je les découvrais de nouveau. Cela me rappellait ma jeunesse, mes luttes, mes joies et mes peurs. Pendant un moment, je contemplais l'horizon. Je venais de réaliser que j'étais de retour chez moi. Oui! J'étais de retour en Afrique". L'enseigne qui se trouvait devant moi m'ouvrit les yeux "Aéroport Agostino Neto".

Le temps passait très vite. Je fis signe à un taximan de s'arrêter. Je glissais dans la voiture tout en en lui indiquant le lieu de ma destination : “Hôtel Atlantique Palace” lui dis-je d'un ton doux. Le téléphone en main je songeais passer un coup de fil à ma famille pour leur dire que j'étais là. Toutefois, je choisis de ne pas le faire. L'idée de me retrouver seule dans ma chambre en ayant rien à gérer que mes problèmes" me plaisait mieux. Alors que j'étais sur mars, la voix un peu roque du chauffeur me ramena sur terre.

  • Madame, nous sommes arrivés.

  • Madame, ce billet c'est un des nouveaux?

Un peu perplexe je regarda fixement le billet. Mince! Je réalisais ma bêtise, je n'avais pas converti mes euros. Heureusement pour moi que j'avais eu un chauffeur plutôt compréhensif, imaginez-vous que ç'avait été un bon kongo (Lari). J'aurais eu la honte de ma vie, j'étais morte de rire.

Je m'excusa, entra dans l'hôtel, expliqua ma situation, puis emprunta de l'argent à la réceptionniste de l'hôtel. Ce qui me permit de payer le gentil chauffeur. D'ailleurs je pris son numéro, il me semblait sympathique, cela me plut énormément. La journée avait été longue, je méritais une bonne nuit de sommeil. Je tombais sur le lit sans même penser à retirer mes chaussures. J'étais bien trop épuisée pour penser à tout cela.

Le lendemain au petit matin, j'écoutais dans mon sommeil une musique apparemment jouée dans ma chambre. C'était mon téléphone qui sonnait mais je ne le réalisais que 2 minutes plus tard.

Je m'empressa de le retrouver.

  • Je suis bien arrivée! Quoi? Mais comment tu sais que je suis au Pays? Okay j'arrive!

Ah la famille! Je me doucha. Pas le temps de petit déjeûner, je pris mon sac, vérifia qu'il y avait ma carte bancaire, mon téléphone et autres... Pas question de refaire la même erreur, avant d'appeler mon gentil taximan, Alain, je pris le soin de convertir de l'argent à l'hôtel. Mais juste de petites sommes, il y était impossible de convertir plus d'une certaine somme.

Le Chauffeur était déjà là.

 

  • Bonjour madame! Bien réveillée?

  • Super bien, merci! Alain tu peux me déposer à Tié-Tié?

  • Oui biensûr Madame!

Il démarra et s'éloignant un peu, je reconnus pas mal d'endroits, le CFCO, la citronnelle, le grand café. Oh mon Dieu! C'était vraiment incroyable. Nous quittions finalement le centre ville en passant par le grand marché. Il y avait des gens qui y vendaient toujours. Je revoyais le ront point LOUMOUMBA que de vieux souvenirs. Et enfin j'étais à Tié-Tié, non loin de l'Eglise Evangélique du Congo. En fait mes parents y vivent depuis toujours. Je voyais des enfants jouer au ballon avec des potaux en bois pour cage, c'était tellement beau que j'en souris légèrement. Quelques fillettes jouaient au dzango.

J'étais devant le portail, je l'ouvris. Puis entra dans la parcelle et enfin dans la maison.

  • Andrea c'est bien toi, n'est-ce pas?

C'était ma tante Gina, la femme qui m'avait pratiquement élevée.

  • Oui Taty! C'est bien moi.

Elle avança vers moi, me prit dans ses bras et me fit un grand câlin. Il y avait aussi mes frères Jean et Marc et ma soeur Zola. Je fis la bise à tout le monde et à mon Oncle Thierry. C'était le plus sévère de tous mes oncles et aussi le plus attaché à la tradition. Mais il n'y avait personne de plus honnête et brave que lui.

Nous papotions un peu, jusqu'à l'heure du déjeûner.

Tout le monde pris place à table.

On rendit grâce à Dieu pour le repas, et pour la bonne santé de tous les membres de famille présents à cette table. L'ambiance était chaleureuse, je retrouvais mes racines. Ma tante avait misé gros sur le repas, il y avait pratiquement tous mes plats préférés: le saka (feuilles de manioc préparés), du poulet braisé, du poissons salés sautés avec des aubergines du village, il y avait même des safous et pleins d'autres plats. Tout était si bien fait que je me demandais ce qui m'avait retenu loin de ma famille aussi longtemps.  On mit de la musique pour agréer le moment, c'était magique. Le repas finit, je m'assis avec la famille au salon.

  • Alors Dy (c'était mon surnom, Andy, Dy) ça te fait quel âge maintenant, tu nous as drôlement manqué ici.

  • 32 ans mon oncle

  • Ah ouais! T'es grande maintenant. Et qu'est ce que tu fais comme métier?

Je pense que je n'avais pas assez réfléchi avant de répondre à cette question. C'est comme si les retrouver me fit perdre la tête, j'en oubliais les préjugés. 

  • Je suis archithecte c'est d'ailleurs ce qui m'a ramené au pays, nous avons un grand projet à finaliser.

  • Attends, tu es architecte?

  • Oui Tonton!

  • Et ça t'avance à quoi, dis moi. Je te voyais dans le droit ou encore dans la restauration, tu étais douée pour ça.

  • Euh! C'est juste qu'à l'étranger c'est un métier reconnu et qui paie plûtôt bien.

  • Dis-moi, tu dois certainement être très occupée?

  • Oui ma tante, je travaille pratiquement h24, 6j/7. J'ai rarement de repos mais je suis épanouie. Je fais en sorte de trouver du temps pour m'occuper de moi.

  • Je vois.

  • Et t'es mariée?

  • Pas encore mon oncle, j'attends l'homme que Dieu va me donner. 

Je souris un peu en le disant.

  • Tu attends ou tu espères voir un fantôme? Avec le boulot que tu as choisi quel homme voudra de toi? Tu n'auras certainement pas le temps de t'en occuper. Gina tu dois enseigner à Dy les bases de la famille et le rôle de chacun dans le couple et surtout le rôle de la femme dans la société.

  • Mais mon oncle, en Europe ce n'est pas un problème, il faut juste trouver le bon équilibre dans le couple. Tu sais des fois ils sont tous les deux supers occupés mais ils s'en sortent malgré tout.

  • Je pense que tu as trop duré dans ces pays de blancs, tu as oublié nos coutumes, tu n'es pas une européenne Andrea, tu es africaine et partout ou tu vas tu te dois de le rester. Nos coutumes, notre culture ne me dis pas que tu as tout oublié. Une femme doit connaitre sa place, ne cherche pas à dépasser l'homme. L'homme doit rester au dessus, tu dois t'occuper de lui comme il se doit et avec ton boulot tu vas le faire comment?

Tu me déçois.

J'étais comme choquée par ça, je ne savais vraiment pas quoi dire, j'êtais perdue. Je les embrassa tous avant de rentrer à l'hotel. Dans le taxi Alain comprit que je n'avais nulle envie de parler, il ne dit rien et ne me demanda rien. Il me déposa à mon hôtel et je m'en alla dans ma chambre.

Je me posa longtemps sur mon lit sans penser à autre chose qu'à cette journée. Je ne comprenais pas trop leurs réactions mais le plus triste était que je me sentis humiliée et impuissante. En Afrique le respect de ses aînés est primordial, heureusement que j'avais su me retenir. J'étais encore en train d'y penser lorsque mon téléphone sonna. C'était un message. Un message whatsapp, il était de Nade, l'une de mes meilleurs amies d'enfance.

“Alors ma belle t'es ici et tu ne fais pas signe.”

C'était fou la vitesse à laquelle l'information circulait au Pays. Et moi qui voulais un peu de temps pour moi. Mais bon! Y avait rien de mal, et ça tombait plutôt bien pour moi, j'avais hâte de me changer d'idées. Je continuais donc la lecture de son message.

“ Si ça te dit, passe dans mon salon de coiffure. Je te ferai les tresses de ton choix, une manicure, une pédicule et on pourra papoter comme avant.

Je suis au centre-ville: Beauty Girl ”.

J'étais impatiente d'être à demain.

Ce message me fit beaucoup de bien, je pris une douche puis me coucha.

 

Le lendemain matin après m'être levée et pris ma douche, je mangea au restaurant de l'hôtel. Mon vol avait atterri un vendredi à 20 heures et là il était dimanche. Je ne devais pas oublier le pourquoi j'étais là et donc je devais m'amuser avant de me mettre au boulot. Je passais du beau temps au restaurant quand je sentis le regard romantique d'un des hommes qui se trouvaient au restaurant posé sur moi. Mais bien sûr je n'avais qu'une chose en tête revoir Nade.

Lorsqu'il arriva à l'hôtel, Alain me fit signe et je descendis. Je le salua, monta dans la voiture et lui démarra la voiture. Une fois arrivée, je descendis, le remercia et paya la course. Celle de l'aller et du retour à venir.

"Waouh!" C'était un joli salon de coiffure, il était tout frais, tout classe. C'était magnifique et surtout très accueillant.

Nade me vit entrer, elle s'approcha de moi, m'embrassa et pleura de joie. Je pense que ses employés ne l'avaient jamais vu ainsi. Elle me fit m'assoir sur le divan en s'excusant. Elle devait s'occuper d'une mariée et promit de s'occuper de moi dès qu'elle aurait fini avec elle.

On m'apporta du jus, un pulple orange de Brasco. C'est mon préféré. Avec quelques gâteaux et biscuits, que je dévorrai avec gourmandises.

Saviez-vous que l'on apprenait beaucoup de choses dans les salons de coiffures? J'écoutais des ragots et des histoires d'amour d'une femme mariée qui entretenait une relation avec le fils de son patron.

Aussi, il  y avait une discussion qui m'avait intiguée, c'était celle d'une enfant à qui on avait retiré un rêve, sa raison même de vivre.

La jeune femme expliquait qu'elle avait une nièce qui voulait devenir médécin. Elle en parlait sans cesse. Seulement, après le collège, les parents n'avaient plus de quoi payer les frais scolaires combinés de leur jeune fille et de son frère cadet. Ils ne pouvaient financer les études que d'un seul d'entre eux. Et donc ils avaient décidé de ne payer les frais scolaires que du frère cadet alors que des deux le plus brillant était bel et bien la petite. Je n'en revenais pas mais je conprenais. Cependant je ne compris pas pourquoi les parents refusèrent de lui trouver une bourse de peur qu'elle ne se prostitue à l'étranger. Okay! On peut comprendre mais elle pouvait aussi entrer dans une des écoles publiques du pays. Mais non! Pour eux, la fille pouvait suivre soit une formation en couture soit une formation en coiffure et sinon se marier avec un homme  et être heureuse. J'étais choquée!

Le problème n'était pas le fait de faire la couture ou pas mais plutôt le fait de trouver son épanouissement dans ces choix là. Mais ça en Afrique peu sont ceux qui s'en soucient.

Au fond de moi j'espérai que cette petite devienne une grande styliste ou alors une coiffeuse reconnue et surtout qu'elle y trouve son épanouissement.

De l'autre côté de la pièce une autre discussion attira mon attention. Deux femmes parlaient de leurs familles respectives. Mais je ne puis finir cette discussion. Nade m'appella, elle venait de finir avec la mariée. Et me fis assoir devant une grand miroir, retira ma perruque. Elle me fit un soin capillaire, me lava la tête avec du shampoing et de l'après shampoing et commença à natter les tresses qui permettraient de poser le tissage lace frontale que j'avais choisi.

 

Pendant qu'elle nattait, nous évoquions le vieux temps. D'ailleurs elle me rappela une scène que j'avais oublié.

Au primaire, en classe de CM2 pendant que le Maître faisait la leçon, moi j'étais absorbée par autre chose. Du coup le maître m'a mis debout et m'a questionné.

  • Mademoiselle Andrea, un exemple d'un aliment complet et d'un glucide.

  • La pain et la sucre Monsieur

Tout le monde s'était mis à rire et même le maître. Je ne me rendis compte de mon erreur qu'après

  • iiiiih! Non monsieur je voulais dire le pain et le sucre.

Nous riâmes encore. C'était quelque chose cette époque. Tellement de souvenirs. Je la questionnais au sujet de nos amis de classe et notamment de Taylor j'avais le beguin pour lui à l'école.

  • Tu ne me croiras pas, il est ingénieur mais je ne sais pas dans quel domaine. Il est marié il a 2 enfants. On se voit souvent.

  • Il n'a pas perdu de temps.

  • Je te dis. Et puis je te dis façon il est devenu vantard là, on dirait qu'il va exploser un jour

  • Mort de rire!!!

Je passais vraiment un super moment avec Nade, c'était vraiment l'un de plus beaux moments de ma vie d'adulte et je n'exagère vraiment pas.

  • Andrea, ça te dit une soirée en boite?

  • Non, j'aime pas y aller mais merci.  J'ai aussi du boulot demain, je dois y aller. Merci pour tout ma belle.

On se fit la bise. Elle promit de me rappeler et de m'inviter à aller déjeuner avec elle et quelques unes de nos anciennes amies dont elle avait tu les noms. J'accepta avec plaisir. Et j'avais hâte de les retrouver.

Ah Dieu merci! Alain était là, j'avais oublié de l'appeler. Je monta dans le taxi et en un instant je me retrouva devant l'hôtel. Je me dirigea directement dans ma chambre pour aller sous la douche. Ensuite, je me coucha me coucha direct il n'était à peine que 18heures mais je voulais dormir. Plus tard je fis venir dans ma chambre de quoi manger, j'avais super faim.

Le grand jour était enfin arrivé. Je devais enfin prouver l'étendu de mon savoir et de mon talent. Je me trouvais devant le lieu où se passerait mon travail. Comme je l'avais dit un peu en amont, en tant qu'architecte de rénommé qui puis est, j'avais été choisie par ma boite pour mener à bien la mission qui m'avait été confiée depuis Londres. La mission consistait à dessiner les plans et à superviser le projet de la construction du pont qui faciliterai les échanges entre le Congo Brazzaville et la République démocratique du Congo.    

Dès l'instant où j'entendis parler de ce projet, je me sentis très attiré par lui. J'avais des idées de ponts qui me traversaient l'esprit. Et cela avant même que l'on ait eu le marché. Puis, le Congo avait fait appel à notre société afin de les aider à mettre au point cette fabuleuse idée. J'étais très fière de faire parti de ce projet mais voilà, il y avait un obstacle et j'allais m'y frotter.

 

Je voyais se rapprocher de Monsieur l'homme avec lequel j'allais échanger ce projet, Monsieur Alphonse. Seulement, il était lui aussi accompagné de quelqu'un.

  • Soyez la bienvenue Madame Andrea. Les choses ont un peu changé, voici Monsieur André, votre collaborateur. Vous serez son assistante sur ce projet. Je compte beaucoup sur votre professionnalisme.

  • Bien Monsieur.

Ce monsieur André avait l'air d'être un homme sérieux. Et j'avais hâte de me lancer dans cette aventure avec eux. Les travaux avaient commencé et je prenais les plans pour être sûr que tout était bien respecté. Mais voilà il y avait eu des modifications esur lesquelles je n'étais même pas au courant. Ce projet c'était mon avenir. Je rêvais d'une telle chance et je l'avais eue. Je n'allais pas rester là sans rien faire. Je me rapprocha donc de M. André le superviseur afin de lui en parler.

  • Monsieur s'il vous plait.

Il était en pleine discussion avec les ouvriers. Mais c'était important, je me devais de le déranger un peu. Mais je sentais qu'il n'avait pas apprécié.

  • Je suis en pleine discussion avec les ouvriers, mais je pense que ce que vous avez à me dire est très important.

Je ne pouvais pas faire marche arrière.

  • Oui Monsieur. Je me suis rendue compte que les plans que j'avais proposés pour le projet ont été modifiés, tout cela sans que je ne sois au courant.

  • Je ne sais pas comment ça se passait là-bas, mais ici c'est moi qui commande. Je décide de tout.

  • Je n'en disconviens pas. Cependant Monsieur, les plans proposés ont été fait avec soin de telle sorte que le pont puisse être le plus sûr possible. Je les ai fait moi-même.

  • Écoute moi bien. Je sais ce que je fais. Mais toi dis moi c'est qui ton Père?

  • Pardon!

  • Qui t'as pistonné? Je ne pense pas que tu sois qualifiée pour ce boulot. Les filles à Papa comme toi devraient se contenter de percevoir leur salaire tout en la fermant. Maintenant disparais et laisse moi travailler. Je suis le superviseur en titre. Et moi je ne porte pas de jupe comme toi, je suis arrivé ici par mes propres forces. Alors dégage et laisse moi faire.

  • Quoi ?!

Je ne savais quoi dire. Il se rapprocha de moi et me chuchota à l'oreille.

  • Je sais comment les belles filles agissent. Ici nous vous connaissons.

J'étais abasurdie. Il tourna les talons et se retira, je n'avais jamais autant eu honte de toute ma vie. Je n'en étais pas sûre mais j'étais certaine que cette conversation avait été entendue par les autres. J'étais comme paralysée, je voulais m'échapper. Je ne savais pas quoi faire, j'avais honte et en même temps j'avais si peur.

 

Puis mon téléphone sonna, je reçus un message de Nade. Elle me conviait à manger dans un restaurant. Je regroupa le peu de force que j'avais, et partis de là sans me retourner. J'essayais de ne pas y penser et me dirigea au lieu du rendez-vous.

Malgré moi cette discussion refaisait surface. Pour évacuer mon stress, j'entrais dans le restaurant. À ma grande surprise il y avait Trisha, Mara et Nade. Comme j'étais heureuse de les revoir. Nous nous sommes calînées un bon moment. C'était très beau. J'étais tellement heureuse que des larmes ont coulées de mes yeux.

Chacune de nous s'assit et toutes décidâmes de prendre des boissons et commander de la nourriture. J'avais envie de manger à l'africaine, les plats de mon pays m'avaient tellement manqués et je ne pensais qu'à ça. Je ne le remarqua pas tout de suite mais c'était une sorte de restaurant africain mais moderne. Les plats étaient revisités. Je pris un bouillon de queue de boeuf aux épinards avec des bananes plantains. Puis je rajouta des crevettes fumées avec du safou sauté. C'était vraiment un régal et pour finir en beauté, une bonne bouteille de coca cola bien fraîche. C'était formidable.  Les autres aussi commandèrent à manger et chacune selon son goût. Nade commanda du Tiep bou dien, une spécialité sénégalaise avec une bouteille de vin, elle adorait ça. Mara comanda du poisson frit avec atieké et accompagné d'alloco. Quand à Trisha elle commanda le Eru, un plat camerounais. Et pendant au moins 5 bonnes minutes, nous n'avions pas parlé, chacune de nous était concentrée sur son plat. Aucun geste inutile, tout était fait de telle sorte que les mains se posent dans l'assiette. Puis remontent vers la bouche.

Je n'avais pas ressenti cette ambiance depuis très longtemps.

Bien que nous étions toutes extrêmement heureuses de nous revoir je pense que la nourriture nous a semblé plus importante à un moment donné. Nous étions comblées par ce festin. Puis, alors que certaines venaient de terminer leurs plats et commandaient d'autres choses. Nous eûmes enfin entamé la discussion. Et cela en commençant par demander ce que chacune de nous devenait.

  • Alors Dy, c'est comment Londres.

  • Bhan! Tu sais Trisha c'est aussi beau que ce que l'on voit à la télévision. Peut- être même encore plus.

  • Et qu'estce que tu deviens ?

  • Je suis architecte de profession et je suis ici en mission d'affaire.

Elles me regardèrent d'un air ébahit mais je pouvais sentir qu'elles étaient heureuses pour moi.

  • La classe! En tout cas de nous toutes c'était toi la plus responsable et la plus entreprenante. Ça ne nous surprend pas plus que ça.

J'étais vraiment très contente. Mais je ne pouvais me sortir cette première journée de travail de ma tête. Je ne m'étais pas rendue compte mais les filles avaient compris que j'étais bouleversée et je ne me sentais pas la force de le leur cacher. J'avais besoin de soutien.

Je pris mon courage à deux mains et leur expliqua cette première journée catastrophique.

  • Voilà un peu la situation dis-je en conclusion.

Elles étaient restées calmes un instant puis chacune d'elles à tour de rôle s'exprima. Nade était la première à prendre la parole.

  • Eh alors?!

  • Qu'est ce qu'il a dit pour te déranger à ce point? C'est la vie, c'est comme ça que nous vivons, c'est comme ça que nous avons vécu toute notre vie. Un mec te rabaisse et toi tu ne sais plus quoi faire.

  • Nade, il a insinué que je devais ma réussite, mon succès soit à la position de mon Père soit à la réputation des hommes avec lesquels j'ai eu une liaison. Alors que ce boulot je l'ai méritée. J'ai bossé d'arrache-pied et je l'ai fait toute seule.

  • Toute seule t'es sérieuse là? J'ai l'impression que tu t'es ramollie ma grande. Mais ouvre les yeux c'est la vraie vie. Tu n'as rien pu lui dire parce qu'au fond de toi tu sais qu'ici c'est comme ça. La plus part des belles filles d'Afrique ne doivent leur succès qu'à leur visage. C'est comme ça.

Il s'installa un calme après ces mots. Chacun prit sa tasse de café et le sirota légèrement. Cette discussion avait plombé l'atmosphère et moi je ne savais pas quoi faire. Je ne pensais qu'à rentrer à Londres et me blottir dans les bras de mon ours en peluche. C'était pénible comme situation. Alors que j'y pensais, Mara prit la parole.

  • Je n'ai jamais connu la faim, je n'ai jamais eu des problèmes d'argent et autres.

On la regardait toutes et personne ne la coupa.

  • Mais ce que je sais les filles c'est que par rapport aux autres filles nous sommes quand même chanceuses. Ya pas de mal à reconnaitre que la position de nos parents peuvent nous êtes bénéfiques. Moi j'ai des parents super aisés et j'ai facilement pu continuer mes études universitaires en Amérique. Trisha toi ton Père s'est donné à fond pour que tu finisses tes études, même si ce n'était qu'ici tu as pu devenir médécin. Mais de nous toute la plus à plaindre c'est Nade, elle a toujours voulu devenir Hotesse de l'air. Mais par manque d'argent elle s'est faite à l'idée et à dû changer de voie, elle n'a rien lâché. Elle est différente de nous. Dy ton Oncle t'a trouvé une bourse et même si c'était grace à ses relations sois fière de toi, tu as bossé dur pour avoir ce que tu as aujourd'hui. Personne n'était là bas avec toi mais t'as tenu ferme et t'as été diplômée d'une si grande école d'architecture. Si Nade avait eu cet avantage elle aussi, elle aurait pu réaliser son rêve. Vous savez quoi les filles, je pense que nous pouvons changer les choses.

Je ne m'étais jamais rendue compte de cela mais c'était vrai que j'avais eu beaucoup de chance. Moins tu as d'argent, moins tu as d'avenir et encore moins si t'es une fille sans argent. Cette discussion m'avait rappelé que j'avais bossé dur et que j'aimais mon boulot et je n'étais pas prête à me laisser marcher sur les pieds sans rien dire. Je devais faire quelque chose et j'allais le faire coûte que coûte.

Après m'être séparée des filles, je décidais de marcher un peu le long de la plage. Il était à peu près 17 heures. Puis j'eus une idée. Mais je ne pouvais me lancer sans l'accord de mon chef. J'appelais Londres, expliquais ma situation de même que le plan que j'avais concocté pour y remédier. Et chose inattendue mon chef me donna son accord.

 

Le soir même je me rendais au bureau de l'investigueur du projet. Sa secrétaire me dit qu'il était en réunion et qu'il allait finir un peu tard. Mais je décidais de l'attendre.

Et quelques temps plus tard, je le voyais qui sortait de son bureau. Je me mis à marcher dans sa direction.

  • Bonsoir Monsieur Charles, lui dis-je.

Je n'avais pas l'intention de le laisser me couper la parole. Du coup j'entama la discussion sans lui laisser de temps d'en placer une. Il me regarda fixement et je ne cessa de parler. Je lui fis comprendre que l'initiative qu'avait prise M. André n'était pas la meilleure chose à faire. Je lui dis que mes plans étaient parfaits, que des études avaient été effectuées sur le terrain c'est donc grâce à cela que nous avions pu faire ce plan. Mais que l'initiative de M. André pourrait mettre en danger la vie de plusieurs personnes. Je lui rappelais que je connaissais mon boulot, que j'y étais douée. Que j'avais été envoyée par ma direction en mission parce qu'elle connaissait mes compétences. Et que s'il n'était pas convaincu de mes compétence à cause de mon sexe, alors j'étais désolée pour lui mais je romprai notre contrat.

Il me regarda attentivement. C'était comme s'il me jaugeait et comme sa réponse trainait, je me sentais prête à entreprendre une action plutôt inattendue. Je le regarda, me retourna et était prête à partir lorsqu'il m'appella.

  • Madame Andrea s'il vous plaît.

Je m'arrêta, me retourna. Et le Monsieur continua.

  • Je comprends tout à fait ce que vous me dites là, et je souhaiterai également vous présenter mes plus plaintes excuses pour l'attitude qu'a affiché le superviseur à votre égard. Croyez que je suis navré et que je ne compte pas laisser cela ainsi.

J'étais à la fois contente et embarrassée qu'il s'excuse et surtout surprise de savoir que cela lui avait déjà été parvenu. Mais comment avait-il fait? J'étais complètement déboussolée. Il continua.

  • Cependant, même si M. André s'est mal comporté, je dois reconnaitre qu'il est super talenteux et je désire qu'il reste sur le projet. Mais ce sera vous qui superviserez ce projet avec toute votre équipe (mon entreprise à plusieurs filiales notamment au Congo Brazzaville).

J’allais être celle qui prendrait Les règnes.

  • C'est compris. À demain Monsieur Charles.

Dès que je m'étais éloignée de lui, je m'étais mise à sauter dans tous les sens, j'étais tellement contente. Et j'avais hâte de voir le visage de cet idiot d'André et cette fois si même s'il disait que j'avais fait parler mes relations, je ne dirai rien. Je resterai bouche bée et focus sur mon boulot. Une belle nuit de sommeil m'attendait.

J'étais dans le taxi en direction du lieu où se trouvait le pont et il me fallait être à l'heure ce qui n'était pas un problème pour moi, j'étais de nature ponctuelle. Seulement, j'étais quand même un peu stressée par rapport à cette journée et je me demandais si les choses se passeraient comme Monsieur Charles me l'avait dit. Ou alors qu'il changerait d'avis et m'embarrasserai comme l'autre. Mais alors que les doutes montaient, je décidais de ne pas me laisser faire et d'attendre voir ce qu'il se passerait.

Tandis que j'avançais sur le chantier, Monsieur Charles me vit et me fit signe de la main. Il était avec cet André, l'homme qui m'avait ridiculisé. Je sentais monter la peur mais je ne voulais pas la laisser prendre le dessus. Je me redressa, m'approcha et les salua poliment.

Ils me répondirent en choeur. Monsieur Charles prit la parole.

  • Je suis vraiment triste de savoir que vous avez mal commencé votre collaboration. Cependant je sais que vous êtes professionnels et que vous serez capable d'agir en conséquence. Hier, j'ai bien réfléchis à la situation et je pense André (lui dit-il en le regardant) qu'il serait prudent de garder les plans originaux du pont. Et que tu devrais apprendre à travailler avec Madame (me montra t-il de la main). Son entreprise prendra la supervision du pont étant donné que c'est leur plan qui a été validé par tous. Toutefois, tu devras toi aussi valider toi chaque étape de l'avancement de ce projet. Mais contacte moi avant de prendre des décisions.

  • Je compte aussi sur vous Andrea

  • Biensûr Monsieur Charles.

Il se retira, s'éloigna. Et bientôt sa voiture disparut au milieu de la circulation.

Je compris qu'il voulait protéger André. Cela ne me gêna pas. Il vint quelques temps après le départ de Charles vers moi pour me parler. Il s'excusa pour ses propos. Et nous pûmes enfin entamer ensembles la supervision du projet. Il m'invita à prendre un verre mais je ne voulais pas mélanger vie privée et professionnelle. Je ne voulais rien à avoir avec lui hormis le boulot. Et tous les jours c'était comme cela. Nous commandions à manger sur le terrain, pour ne pas avoir à bouger inutilement. Le temps pressait et nous en avions assez perdu. Il fallait donc avancer.

La semaine fut vraiment super chargée et aujourd'hui était mon jour de repos. C'était le week-end et j'avais hâte de retrouver les filles pour une journée de folie. Folie entre fille, folie entre fille.

Il était question que nous nous retrouvions à 15 heures. Du coup je n'avais rien à faire de la journée. J'étais dans ma chambre d'hôtel un samedi matin et toute seule. J'étais morte de rire. Mon téléphone venait de sonner, c'était mon ex Max qui m'envoyait un message.

« Ecoute, j'ai bien réfléchis et tu me manque beaucoup. Je me disais qu'on pourrait se redonner une chance et voir ce que ça donne. Je sais que c'est moi qui ai préféré rompre mais tu me manques beaucoup. On pourra s'arranger à ton retour. Bisous, Max. »

J'étais folle, mais folle de joie. Combien de fois ai-je prié pour qu'il me redonne une chance. On a rompu pour pas grand-chose en tout cas, ce n'était pas une question d'infidélité, mais je préfère me taire. Je décidais quand même de jouer à la fille et de ne pas lui répondre. J'étais tellement contente que je commanda des glaces dès le matin. Le samedi matin on peut tout se permettre.

Heureusement pour moi que l'hôtel avait des décodeurs Canal dans les chambre. J'avais pris la commande et boom direct sur 13eme rue, ma chaine préférée. J'avais suivi Candice Renoir, les petits meurtres d'Agatha Christy, Les experts...

J'étais tellement absorbée que je ne me rendis pas compte du temps passé et j'oublia même le message de Max. Je m'apprêta parce qu'il était 14 heures, me maquilla et hop j'étais prête.

Alain m'attendait, décidement ce taximan était un ange, il était toujours disponible pour moi et je le payais gracieusement. J'arrivais au lieu du rendez-vous. Nous étions censées nous croiser au restaurant le continent sur l'avenue de la révolution  afin de nous rendre ensembles à la soirée de mariage D'Agathe la soeur ainée de Trisha.

Nous étions toutes là et nous commandions une pizza pour nous quatre : Nade, Trisha, Mara et moi.

C'est moi qui régla la note.

Au moment de partir je voyais s'approcher une fille Grace, une bonne amie d'enfance. Je me leva la serra dans mes bras mais elle parut gênée c'est comme si en la câlinant je lui avais fait mal. Je ne comprenais pas. Nous trainâmes un peu. Ensuite pour prîmes le départ pour la soirée. Il était 18 heures du soir.

Je n'avais pas assisté à la dot, au mariage religieux et civil mais juste à la soirée. Et je lui avais préparé un cadeau. Elle était tellement gentille avec nous. La soirée se passait tellement bien. Sa robe était fabuleuse et sa coiffure n'en parlant pas, son make up splendide et ses chaussures parfaitement parfaites. J'eus comme un choc en voyant son mari. C'était aussi une vieille connaissance à moi. Franchement le monde est super petit.

Nous dansâmes tellement qu'aucune de nous n'alla se servir. Agathe se rapprocha de nous, elle nous câlina et se blottit longtemps dans mes bras.

Puis nous demanda poliment d'aller nous servir. Il y avait tellement de quoi se mettre sous la dent que j'avais envie de tous les goûter. Nous mangeâmes et nous rassimes. Nous ne remarquâmes pas aussitôt mais Grâce était calme.

Je me rapprocha d'elle et la questionna.

  • Rien t'inquiète.

C'était bizarre, de nous toute c'était Grâce la reine du make up et là son fond de teint était bien au dessus de la quantité habituelle.

  • Non ! Ne me dis pas que ton mari a osé te frapper et tu dissimules les bleus.

  • Tu veux que je fasse quoi? Ma mère me répète que c'est ça le mariage, que je devrais supporter. Qu'une bonne femme s'expose pas son homme. Et mes parents ont été clairs sur ce sujet. Si je romps ou bien si j'en parle et que ça devient viral, je serai bannie de la famille. Et puis dites-moi honnêtement qui m'aidera à moins que je sois sur le point de mourir et même là les gens seraient capables de dire que ce n'était pas si grave. Que j'avais dû l'énerver. La femme a toujours tort. Y a-t-il des institutions capables de m'aider? Devrais-je prendre ce risque? Qui aiderait une femme sans argent.

Elle était si triste, elle prit son verre d'eau et le but. À un moment elle n'a pas pu se retenir et heureusement que la musique était forte, elle fendit complètement en larmes. Nous allâmes à l'extérieur afin de bien en discuter. Elle nous expliqua qu'elle était battue chaque jour qu'en plus elle était femme au foyer. Son mari ne voulait pas qu'elle travaille, il en a parlé à ses parents qui le lui interdit et voilà elle n'avait plus de plaisir dans la vie. Et le plus dur c'est que ses enfants la voyaient se faire battre. De quelle manière pouvions-nous l’aider ?

Presqu'aussitôt je reçus un message

  • Passe à la maison demain ma chérie.

C'était ma tante. J'aurai mieux fait de ne pas y prêter attention. Vraiment pas.

La soirée qui avait bien commencé, se solda avec un goût amer pour nous toutes. Ce n'était pas facile à encaisser. Notre amie vivait l'enfer. Et nous ne pouvions rien faire pour elle, rien du tout.

 

Mon sommeil fut très long et difficile. Je me m'étais à la place de ma copine et je n'arrivais pas à le supporter. Je n'arrivais pas à l'oublier. Tout était bien trop dur. Je venais de me rappeler de Max et je lui répondis.

  • Bien sûr qu'on peut se redonner une chance. Je te jure que je ferai tout pour que ça marche. Je t'aime Max.

J'aurai dû être heureuse mais non.  La situation de Grâce m'angoissait. Si bien que je décidais de me rendre dans une église. Je m'arrêta à l'église Catholique "Notre Dame”, assista à la messe et pria Dieu qu'il lui vienne en aide.

Puis plus tard aux environs de 10 heures, je me rendis à la maison de mon Oncle. Mais quelle surprise, j'y retrouvais mon Père. Je ne comprenais vraiment pas ce qu'il se passait. Mon Père vivait à Oyo, un département du Congo et moi j'étais à Pointe-Noire. Mais que faisait-il là. Je le salua. Cela faisait un bon bout de temps que nous n'avions pas discuté lui et moi. Ma mère était morte lorsque j'avais 10 ans, mon Père m'avait donc envoyé chez mon oncle et ma tante afin de bénéficier également d'une éducation de femme. Puis 5 ans plus tard il se remaria et eut d'autres enfants. Du coup je le voyais de moins en moins. Ce qui anéantit notre relation et de façon radicale. Mais c'était quand même mon Père, je me devais de bien m'entendre avec lui.

Ma tante et mon oncle me firent assoir. Mes frères et soeurs (mes cousins) étaient aussi là. Je remarquais alors l'entrée majestueuse de mon autre cousin Boris. Je ne me souvenais pas très bien de lui mais petits nos parents nous laissaient passer beaucoup de temps ensembles.

On me demanda si je voulais manger, mais non je prétexta que je n'allais pas durer parce que j'avais un rendez-vous.

  • Dans ce cas, nous n'allons pas y aller par 4 chemins. Tu te souviens de Boris? Me demanda mon Père.

  • Oui je me souviens de lui.

  • Bien. Vous étiez très proches enfants. J'ai discuté avec ton Oncle et ta tante et ils m'ont dit que tu n'étais pas mariée. Cela tombe plutôt bien parce que depuis l'enfance tu lui es promise.

Je tombais de haut, je ne comprenais pas. 

 

  • Quoi?!

J'étais comme électrifiée. Mais il continua son récit.

  • Écoute, c'est assez courant ici. Vous auriez dû vous marier à tes 17 ans. Mais c'est à ce moment que tu as eu ta bourse et que t'as voyagé. Évidemment c'est de l'histoire passée, tu es de retour et plus rien n'empêche que vous vous mariés. C'est vrai qu'il a une femme et des enfants. Mais c'est un homme et plus tu as de femmes plus tu es puissant.

Je les regardais longtemps sans rien dire. J'avais enregistré ce que mon Père disait. Puis je l'ai envoyé à Max, je sentais que j'étais perdue. Comment aurai-je pu me sortir de cette situation.

  • D'ailleurs il serait mieux qu'à partir d'aujourd'hui que tu dormes ici. Ce n'est pas beau que la belle-famille sache que tu dors à l'hôtel. Le mariage coutumier est prévu pour la semaine prochaine. J'ai déjà accepté et validé ce mariage. Du coup vous avez ma bénédiction.

  • Mon boulot Papa tu y penses?

  • Il peut bien prendre soin de toi, tu n'as plus besoin de rentrer à Londres. Tu ne manqueras de rien ma fille. Et puis tu peux en retrouver du boulot.

Il me fallait sortir de cette situation, il fallait que je pense à Jo-Nathan.

  • J'ai compris Papa, mais il faut que je reste à l'hôtel le temps de mon boulot sinon je ne serai pas professionnelle. Et surtout il me faut pour le moment honorer mon contrat.

Comme il n'avait plus rien à dire, il se leva et me dit de lui faire signe quand tout cela serait finit. Je rentra dans mon hôtel. Et réfléchissais à un plan. Il me fallait sortir de cette situation. Max m'appela, me réconforta et je me sentis mieux. Je bloquais mon téléphone un bon moment afin de me concentrée sur l'achèvement du pont. Chose qui arriva. Le pont était terminé et ma mission avec elle.

Alors que j'étais dans ma chambre d'hôtel, j'entendis frapper à la porte. Quelle agréable surprise, c'était Max et Jo-Nathan. Je les pris dans mes bras et les embrassa. Je disais à Max qu'il me fallait fuir mais pour lui ce n'était pas la solution. Il voulait que nous allions voir mon Père pour le raisonner mais j'étais sceptique. Puis je compris que je ne pourrais toujours pas fuir mes problèmes. Alors je fis venir Père à mon hôtel.

Je me rapprocha de lui et lui dit:

  • On était très proches toi et moi avant la mort de maman. Mais nous nous sommes éloignés. Malgré tout tu restes mon Père, j'ai besoin que tu mettes un terme à tout cela s'il te plaît.

Je pris ses mains dans les miennes.

Je ne peux pas épouser mon cousin parce que j'ai déjà une famille, ma famille. Pardonne-moi de ne pas te l'avoir dit.  Nous étions assis avec quelques bouteilles de jus posés sur la table. Je me retourna un moment et fis signe à Max et Jo. Lorsqu'ils s'approchèrent je pris Jo-Nathan dans mes bras puis je dis à mon Père.

  • C'est ton petit fils il a 7 ans, je pleurai un peu. Je sais ce que tu vas dire, désolé s'il n'est pas 100% comme nous, il est métis et lui c'est son Père, mon petit ami.

Max s'approcha de mon Père et il lui dit combien il m'aimait et qu'il me rendrai heureuse. Puis là à ce moment-là, il sortit une bague en diamant et la présenta à mon Père en disant que s'il bénissait notre union il serait le plus heureux des fils.

Mon Père se leva en larmes, j'étais effrayée mais il prit son petit-fils dans ses bras. Il se redressa et tendit la main à Max.

Il me regarda.

  • Il est temps de changer les coutumes n'est-ce pas Dy? Ta mère disait toujours que noir ou blanc notre sang reste le même. Africain, européens et autres notre sang reste de la même couleur, il est rouge. Tu aurai dû me parler de tout cela depuis bien longtemps, c'est mon petit-fils, ta famille c'est ma famille. Je bénis votre union. Il prononça des paroles de bénédictions.

Nous passâmes un petit moment ensembles. Puis mon Père rentra chez mon Oncle. Il annula le mariage avec mon cousin. Comme quoi, le dialogue peut aider. J'étais vraiment devenue une femme, une grande femme, une adulte.

Il n'y avait plus rien qui me retenait en Afrique hormis la journée d'inauguration du pont. J'avais hâte de retourner à Londres, j'avais tellement de choses en suspens. Mais en même temps j'étais heureuse d'avoir pu faire la paix avec Papa. Ils s'entendaient si bien avec Jo et Max. Je l'avais toujours mal jugé mais je pense qu'il m'aimait quand même. Il avait ses défauts mais il prenait soin de moi. Même s'il ne me voyait pas, il m'envoyait des cadeaux et réglait mes frais scolaires. C'était un homme bon à sa manière. C'était mon Père, ma famille.

Max et Jo-Nathan étaient chez Marise la mère à Max. Elle vit au Congo, elle aime l'Afrique et y passe le plus clair de son temps. Ils dormaient chez elle et moi j'étais toujours à mon hôtel. I me fallait assister à l'inauguration du pont et pour l'occasion j'ai invité ma famille, et mes meilleures amies.

Mais ce n'était pas encore le grand jour.

Ah ouais j'oubliais! J'avais enfilé la bague de Max et elle était superbe sur ma main. Mon doigt était divin. Et je faisais la go. Je n'étais pas encore mariée mais ma main était toujours levée histoire de montrer le petit bijou à tous et surtout à ma famille de fous.

Aujourd'hui c'était journée de sortie entre filles. Je voulais passer du temps avec elles. Et pour changer nous décidâmes de nous promener un moment. Et alors que nous parlions tout en marchant. Nous apercevions un petit rassemblement autour d'une maison avec des tôles à la place d'un mur. Nade était du genre très curieuse, elle s'arrêta pour se renseigner. L'histoire était choquante.

  • Vous n'allez pas le croire

  • Vas-y parle lui di-je.

  • Une femme a supris son mari violé leur fille de 14 ans. Elle ne savait pas quoi faire, traumatisée elle est allée en parler au frère de son mari. Le petit frère en arrivant a surpris la même scène. Le problème aurait dû être réglé en famille Mais le mari n'a pas supporté que sa femme aille dire cela à son frère. Pour lui, elle n'est plus digne d'être une femme au foyer elle a trahit le secret de son mari.

 

  • Impossible!

  • Oh ma chère! Le plus étonnant c'est que la femme pleure pour que le mari la reprenne.

  • Eh!!!! Et qui pense à la fille? Ce qu'elle a dû endurer.

  • Tu sais très bien que ça n'intéresse personne. La mère aurait juste dû la fermer. D'ailleurs ça ne changera rien. Tu connais aussi bien que moi ce que c'est.

  • Elle peut aller porter plainte contre son Père. Il passera du temps en prison.

  • J'espère que la famille du Père comprendra qu'il avait tort. Ne nous mêlons pas de ça. Les cas de viols sont assez banalisés. C'est un peu comme si ce qui arrivait était normal ou alors de la faute de la femme. C'est comme si nous n'étions que des objets sexuels. Comment peut-on vivre ainsi? Prions juste pour ne pas que ça nous arrive.

Nous étions bouleversées par cette histoire. Personne ne parlait. Au fond de nous nous avions toutes de mauvais souvenirs. Oui! Un souvenir amer nous était revenu et pourtant aucune de nous ne voulait en parler. Nous nous tûmes et continuâmes notre chemin en silence. Nous fîmes la fête et nous séparâmes assez tard. Mais ça en valait la peine. Je rentra chez moi et me coucha sur mon lit.

De bonne heure j'eus envie d'aller rendre visite à Nariti ma petite cousine. Elle devait maintenant être une femme, je voulais savoir comment elle allait. Petite, elle aimait se coller à moi, je la trainais partout avec moi. À un moment les gens ont même cru que c'était ma fille et je ne faisais rien pour le leur en dissuader.

Je me souvenais qu'elle était très belle et surtout très marrante. Je voulais tant la revoir.

Je me mis en route pour chez elle. Je me demandais si elle me reconnaitrait. Ma petite Zola. Elle s'appelait Nariti Zola. Zola signifie Amour.

Enfin, j'étais devant sa parcelle. C'était une cour commune. Il y avait 3 maisons en briques de 3 chambres chacune, avec une douche intérieure, 2chambres et un salon. Je me renseigna sur leur maison auprès d'un voisin qui eut la gentillesse de m'orienter.

Me voilà devant la porte de sa maison. J'entra sans frapper et qui vis-je? Ma tante je me blottis dans ses bras, puis dans celle de son mari. Nous discutâmes un peu. Puis je me rendis dans la chambre de ma Zola, sans faire de bruit.

  • Toc! toc!

  • C'est qui?

Elle s'avança ouvrit le porte mais ne vit personne et... Boom. Elle me sauta littéralement dessus

  • Dy, t'es rentrée. Elle avait pleuré.

Et je m'assis dans sa chambre, c'était maintenant une grande fille, elle avait 18 ans. Sa chambre était si propre, bien rangée. À son âge la mienne était toujours désordonnée. Je voulus passer du temps avec elle. Mais là il me fallait rentrer. Je demanda donc à ses parents s'ils accepteraient de me la confier une journée. Et ils n'eurent aucune objection pour cela. Je lui présenta Alain et lui dit que c'est lui qui viendrait la chercher. Je lui fis la bise. Puis je rentra chez moi.

 

Je rentra à l'hôtel un peu plus tôt que d'habitude. Je pris une bonne douche puis me posa sur mon lit. Avant de me mettre à l'aise j'appela Max et parla également à mon Bébé Jo, il me manquait beaucoup et moi aussi je lui manquait. On décida de rentrer ensemble à Londres. Mais avant tout je voulais que Jo découvre un peu la ville dans laquelle j'ai grandi. Et moi j'avais quelque chose à faire avant de rentrer. Je voulais vraiment passer la journée avec Nariti avant de rentrer chez nous à Londres. Et aussi profiter des plats du pays.

La journée se présentait bien. Nariti arriva de bonne heure à l'hôtel, je dirai 7heures. Je la pris dans mes bras, la fit rentrer dans ma chambre, l'installa pendant que je me lavais et autre. On prit un petit déjeûner au restaurant, elle se gêna à commander mais je lui dis que ce n'était que moi sa Dy chérie. Elle s'ouvrait de plus en plus et je pouvais revoir son si beau sourire.

Je remarquais que ses cheveux n'étaient pas tressés, alors je l'emmena chez Nade où on lui fit des tresses de son âge. Elle n'avait pas besoin de parler pour que je comprenne. Je me revoyais à son âge et je savais ce qu'elle devait endurer. À son âge on veut être mignonne comme les autres, on veut se pomponner. Être à la mode, s'acheter de nouveaux habits, sortir avec des copines, avoir un copain (c'est facultatif). Mais le plus important c'est d'être belle, que l'on nous admire. Cependant le souci majeur était qu'il pouvait y avoir un problème d'argent. Les parents n'avaient pas tendance à donner de l’argent de poche leurs enfants. Du coup si tu avais une fille super complexée, elle allait se mettre à sortir soit avec des mecs de son âge mais qui vole de l'argent à leurs parents soit avec des hommes plus âgés qu'elle ou même plus leur père pour pouvoir s'acheter les mêmes choses que ses copines et ne pas être écartée de la société de l'école. Et tout cela était frustrant. Des fois il arrivait que vous compariez votre argent de poche et te rendais compte que tu n'avais vraiment rien du tout, la honte. C'étaient malheureusement des choses qui arrivaient et qui arrivent toujours. Ici ce n'est pas comme ailleurs, ce n'est pas facile de se faire de l'argent de poche. C'est possible mais ce n'est pas courant. Il faut déjà se faire à l'idée que les enfants sont contraints à aller à l'école. Et que ceux qui tiennent des entreprises prennent pour la plupart des personnes déjà qualifiées. Les stages pour adolescents ne sont pas courants. C'est vraiment une situation particulière.

Généralement les filles peuvent avoir deux à trois gars voire plus juste pour pouvoir satisfaire leurs besoins jusqu'au jour où elles seraient vraiment indépendantes. Ou du moins lorsqu'elles seront mariées, pour celles qui se marient tôt. Je ne voulais pas l'embarrasser mais je comprenais la situation, je ne voulais pas qu'elle se perde et qu'elle ait à faire de mauvais choix à cause de cela. Je ne voulais pas qu'elle vive ce que j'ai vécu. Du coup pendant qu'elle se faisait belle, je réfléchissais au moyen de lui venir en aide. On avait choisi des mèches pour elle, des twists. Elle avait l'air d'adorer. Je la sentais bien cette fille, elle était intelligente, drôle, elle avait de l'avenir. Mais les tentations aussi étaient réelles. On la fit parler au salon, avec ma copine ultra cool Nade on voulait savoir à quel niveau elle était.

On avait discuté toute la journée, on voulait savoir si elle avait un copain, elle nous avait dit que non mais qu'elle appréciait un garçon. On a parlé de nos histoires de cœur. Puis, autour de 12heures nous sommes allées faire des boutiques. À Solidaira (boutique qui se trouve au centre-ville), nous n'avions pas trouvé grand chose, nous sommes allées au marché Tié-Tié. J'ai pu lui trouver de belles chaussures et de beaux habits. Puis nous sommes entrées à Casino pour acheter des produits de toilettes et quelques produits de beauté pour la tête (lait, déo, parfum, eau de toilette, chouchou, élastiques...) C'était vraiment une belle journée. Nous sommes rentrées à l'hôtel vers 18heures nous avons mangé. Puis je l'ai raccompagnée. Elle dormait dans la voiture. Une fois que ses parents m'avaient remercié, je suis rentrée chez moi. Cette journée passée avec elle me donna envie d'avoir une petite fille.

 

Alors que je m'apprêtais à dormir, Max m'appela.

  • Salut ma puce, comment tu vas?

  • Super bien mon coeur et toi?

  • Bien. Écoute j'ai reçu une proposition de travail ici au Congo pour au moins 5 ans. Je ne sais pas si je devrais l'accepter ou pas. C'est super bien payé.

  • Écoute on verra chéri

J'étais un peu déçue, je ne réussis pas à dormir. Puis je reçus un message de mon chef qui m'annonça qu'il viendrait au Congo pour l'inauguration du pont. J'étais surprise mais aussi joyeuse.

Le jour de l'inauguration arriva enfin, ma famille et mes amies étaient tous là. J'étais super heureuse, bizarre ou pas en Afrique la famille est sacrée même si elle peut te paraître séparée ne provoque aucun des membres d'une famille sinon tu pourrai le regretter. Surtout pas un fou.

La soirée se passa fabuleusement bien. On me présenta devant le public en tant que superviseurs du projet. Monsieur André et moi nous entendions maintenant bien. C'était un merveilleux moment. Puis vint le moment où mon chef m'annonça qu'il faisait de moi la directrice générale des filiales de l'entreprise ici au Congo. Tout le monde était étonné et content. Il l'avait dit publiquement. Je savais qu'il me serait difficile de profiter tranquillement de mon moment de gloire mais mon Dieu était là pour moi et ce que j'étais devenue n'était autre que ce qu'il avait prévu pour moi.

Je fus si contente que je sauta sur Max et l'embrassa. Lui et moi heureux malgré les obstacles c'est ce que je voulais. Je pris Jo dans mes bras. On nous disait être un magnifique couple. Nous primes de nombreuses photos et je courus vers Nariti, je décida qu'elle vivrait avec nous.

Nous sommes celles qui feront avancer les choses et j'en étais de plus en plus persuadée. Je suis passée par beaucoup de choses mais je devais oublier et avancer.

Ce n'était pas l'histoire de ma vie, mais l'histoire réelle d'une partie de ce que vivent les femmes au quotidien.

Ah oui! J’embauchais Alain non pas comme Chauffeur mais plutôt comme assistant GRH, il avait un bon niveau scolaire.

Merci de m'avoir lu. Je suis Andrea Nkia, une fille qui a voulu se dépasser dans un monde qui la retenait.

Le monstre derrière la porte des toilettes des filles

Ons Ben Youssef

 

 

Souheila lève la tête, un peu éméchée, elle lit sur le mur, en lettres arabes : matkhafech ahna maak, n’aie pas peur, nous sommes là pour toi.

Qui ça, nous ? Je suis seule aux toilettes. Elle entend les rires, non pas camouflés comme elle en a souvent l’habitude, mais assourdissants, heureux car enfin libres. Elle se ressaisit et se souvient qu’elle est dans des toilettes publiques, les toilettes des filles du bar qu’elle fréquente chaque samedi ; Habibi, mon amoureux.

Il est où déjà, mon amoureux ?

L’aimé-je vraiment ?  

Elle l’ignorait. Elle passe du bon temps et puis c’est tout. Il la regarde en souriant avant de sortir et elle se sent, pour une fois, vraiment belle. Elle remarque son regard de travers à cause de la petite jupe qu’elle porte. La littérature éparpillée dans la chambre de son amoureux ne l’a pas sauvé de ce monstre qui gît derrière la porte des toilettes des filles du Habibi. Il finira par ouvrir sa grande gueule et l’engloutir toute entière. D’ailleurs, et elle vient de s’en apercevoir, il avait une drôle de façon de l’embrasser, son amoureux. Il disait vouloir l’engloutir, la mettre entièrement dans sa bouche, s’il le pouvait. Aucune parcelle d’elle ne doit lui échapper. Il finissait souvent par la mordiller. En y pensant, elle touche la lèvre inférieure du bout de la langue, il lui semble y goûter un peu de sang. L’aime-t-elle vraiment ? Elle est sûre d’aimer le livre qu’il tenait entre les mains la première fois qu’elle l’a vu : Les femmes qui lisent sont dangereuses. Ce fut le coup de foudre. Un coup de foudre pour le livre et non la personne. Maintenant qu’elle est lucide, elle le sut. Le temps des commencements achevé, elle se rend compte que ce qui l’attirait chez lui, c’était la littérature. Une littérature qu’il exposait pour les filles comme elle, sans en avoir lu un seul livre. Sa bibliothèque manquait de noms féminins. Il n’y avait que des hommes et c’était prémonitoire ; leur relation n’allait pas durer.

On frappe à la porte

  • Dis, t’en es pour longtemps ? On veut pisser nous aussi.

  • Elle fait quoi là-dedans, hein ?

Les rires continuent. Souheila s’efforce de se lever. Elle est éméchée mais lucide. Les toilettes ont ce pouvoir merveilleux sur elle. Elle s’y sent protégée. Demain, ou dans quelques minutes, elle ne le sera plus, le monstre l’aura eue. Maintenant il ne peut pas l’atteindre, elle désire rester ici, dans les chiottes, assise comme ça à regarder le mur, le ciel, les comètes. Mais on frappe. Elle sort. Les visages riants deviennent soucieux.

  • Ça va ? Tu as pleuré ?

  • Désolée mais j’ai vraiment envie de pisser.

  • Ne t’inquiète pas, .

 

Souheila sourit. Elle va bien. C’est la mélancolie des heures tardives, qu’elle vient adoucir dans le Habibi, au milieu des siens, ou plutôt des siennes, c’est le seul bar qui contient plus de femmes que d’hommes. Les hommes ont sans doute peur de dire : « je vais au Habibi », le mot Habibi fait peur ; il dit l’amour et donc la vulnérabilité.

Elle jette un regard surplombant les toilettes. 32m2 à tout casser et pourtant 6 filles font la queue devant l’unique toilette réservée aux filles. Et c’était comme si l’espace, épousant leurs formes, se multipliait à l’infini, les contenant toutes, avec leur amertume, déception et rage.

  Munie de son appareil photo, elle demande aux filles si elle pouvait les prendre en photos. Je photographierai le mouvement de vos corps, vos habits, je peux ne pas montrer vos visages si ça vous gêne. Les filles lui jettent un regard complice, presque reconnaissant. Elles n’ont pas besoin de se justifier, Souheila comprend sans juger. Elle a entendu l’une d’elles tout à l’heure parler à sa mère en secret, en s’efforçant de cacher sa voix enrouée, lui dire qu’elle bien dans sa chambre du foyer, qu’elle s’apprêtait à dormir. Sa mère la tuerait s’il savait où elle était. On n’a pas élevé des filles pour aller dans les bars.  

Inaya trouve la photo géniale.

  • Elles ne bougent pas dans la réalité et dans la photo, on dirait qu’elle dansent ou qu’elle courent. C’est génial ce que tu fais à la réalité avec tes photos.

Inaya, c’est la gardienne tu temple. Une migrante camerounaise que Souheila aime tant. Elle ne la voit qu’ici. Elles entretiennent une sorte d’amitié hebdomadaire. Chaque samedi Souheila montre les photos des filles qu’elle prend pendant les soirées et Inaya les commente. Une fois elle avait montré une photo qu’elle avait prise d’Inaya, en train de danser à la musique qui vient de loin et que la porte des toilettes n’arrive pas à étouffer. Souvent la porte s’ouvre, une fille rentre et le volume augmente alors Inaya danse de plus belle avant que la porte ne se renferme de nouveau. Souheila éclate de rire, tu danses en urgence, avant qu’il ne soit trop tard. En y pensant, ce n’était pas faux. Tout le monde danse en urgence avant que le jour ne se lève et que le monde reprenne son ordre. En regardant sa photo, Inaya a les larmes aux yeux. C’est la première fois qu’elle se regarde dans les yeux d’une autre.

Souheila jette un dernier regard autour d’elle avant de sortir. Le monstre l’attend toujours, derrière la porte. Elle sent son œil étincelant se peser sur elle dans le noir. Inaya lui prend la main et la supplie de rester encore quelques minutes fumer une clope avec elle pendant son temps de pause. Souheila acquiesce volontiers.

Dans les toilettes des filles, 32m3 à tout casser, le monstre du patriarcat ne peut pas rentrer. Souheila retient son souffle et entend comme une voix qui murmure à son oreille, une voix plurielle, la voix des femmes passées et de celles qui viendront :

N’aie pas peur, nous sommes là pour toi.

La condition de la femme dans les sociétés africaines

de Astride Sunshine

L’année scolaire  s‘acheminait progressivement vers sa fin Leina ,Diane et Davila  assise sous un arbre dans le campus de l’université de Soa papotaient déjà sur comment se dérouleront les vacances chez chacune d’elles .Davila dit qu’elle ira passer ses vacances chez sa grande sœur à Kribi dans un cadre  beaucoup plus détendu que le cadre dans lequel elle vit à Yaoundé avec ses parents .C’est d’ailleurs le lieu où elle se sent le plus à l’aise  car sa sœur  ainée la traite avec beaucoup plus de d’amour et de souplesse que ses parents, elle la laisse faire ce qu’elle veut en toute quiétude. Comme pour la plupart de ses vacances, Diane elle n’ira nulle part, elle passera   ses vacances à Soa car sa mère vient d’accoucher d’une jolie petite fille, elle doit donc rester pour l’assister, même si cela ne l’arrange pas tellement. En fait c’est au onzième enfant qu’elle a donné naissance et Diane trouve que ça fait beaucoup trop car ses parents sont démunis et cet enfant de plus ne fera qu’augmente leur misère et surtout la sienne.  Leina quant à elle ira à Fondjomkwet chez sa grand-mère, pour elle aussi c’est tout un plaisir car elle aime tellement sa grand-mère mais elle n’a jamais eu la chance de passer plus de deux semaines avec cette dernière. Ses copines disent avoir appris beaucoup de leurs grand-mères avant qu’elles ne décèdent. Elle aussi aimerait profiter de la sienne avant qu’elle ne s’en aille. Elles étaient contentes et avaient hâtes que les deux semaines qui les séparaient des vacances s’écoulent même si au fond elles aimeraient passer les vacances ensembles dans une même ville là elles pourront s’amuser toutes ensemble comme elles aiment le faire.

     Diane, Davilla et Leina sont amies depuis la classe de 6em alors qu’elles avaient toutes 12ans, aujourd’hui, elles sont étudiantes en lettre bilingue à la faculté des lettres et sciences humaines à l’université de Soa. Contrairement à beaucoup d’autres relations amicales que l’on rencontre de nos jours, elles étaient restées soudées malgré la leur appartenance à de différentes classes sociales. Le père de Davilla était greffier et sa mère était surveillant générale au lycée de Soa. Le père de Leina lui était proviseur au lycée le claire et sa mère possédait trois parfumeries dans la ville de Yaoundé. Or le père de Diane vendait du Bilibili quelque part au carrefour colfoulou, sa recette journalière suffit à peine pour pouvoir nourrir la moitié de sa famille, il est le meilleur consommateur de son bistro ce qui fait qu’il se vide toujours de son capital avant la fin de la semaine. Il revient toujours à la maison ivre et sans argent. Sa mère quant à elle ne fait rien d’autres que de donner naissances aux enfants dont ils sont incapables de s’en occuper. Pour pourvoir aux besoins de la maison, son père envoie vers elle des hommes avec lesquels elle doit avoir des rapports sexuels, les ayant préalablement pris de l’argent, ceci depuis qu'elle est âgée de 16ans. Contre son gré, elle le faisait et ne pouvait rien dit de cela à qui que ce soit car son père la menaçait de mort si elle venait à le dire à une tierce personne. Il lui avait dit que si elle voulait arrêter de le faire elle n’avait qu’à lui rembourser ce qu’il avait déjà dépense sur elle. Diane est donc celle qui supporte le poids de la cupidité et la stupidité de ses parents car elle doit détruire son beau corps pour pouvoir s’occuper de ses frères et sœurs et de ses parents y compris. Bien qu’elle essayait parfois de parler à sa mère pour qu’elle prenne sa défense face à son père, elle restait indifférentes face à cela on dirait, que ça ne lui posait pas de problème qu’elle soit traitée ainsi. Malgré le fait que ses parents agissent ainsi à son égard elle avait beaucoup de considération et de respect pour eux car dit-elle son père est devenu ivrogne après avoir perdu toute sa fortune et ses biens quand elle n’avait que neuf ans. Son business avait chuté à cause d’une mauvaise marchandise que lui avait livré son fournisseur, c’est ainsi qu’il avait commencé à perdre ses biens progressivement et a fini par tout perdre et se réfugier dans l’alcool. Elle prie chaque jour de sa vie de trouver très vite un homme qui voudra l’épouser ainsi elle pourra sortir de ce calvaire qu’elle subit au quotidien car c’est selon elle la seule échappatoire qu’elle avait. A son avis même si elle travaillait et donnait la totalité de son salaire a son père il ne sera pas toujours satisfait. Ses copines par contre sont prêtes à repousser  tous les hommes qui leur parleront de mariage avant qu’elles n’aient un emploie.
     Davilla  n’appréciait pas ses parents parce qu’ils étaient très rigoureux  en ce qui la concernait, ils voulaient connaitre toutes les personnes qu’elle fréquentait ce qu’elle faisait quand elle était hors de la maison, ils l’empêchaient d’aller et revenir comme elle voulait, ce qui l’embarrassait. Or ils ne voulaient que son bien   et cherchaient à la protéger ce qu’elle trouvait mal. Elle voulait être libre de tout, sortir et entrer comme bon lui semble, elle se plaisait en fait à monter descendre sans direction fixe dans le seul but de se faire courtiser par le maximum d’homme possible. C’est pourquoi dès qu’elle avait un peu de temps libre à l’école, elle filait tout suite à Kribi car sa sœur n’avait aucun problème au fait qu’elle se comportait ainsi. Ce comportement qu’elle a est dû au fait que sa mère était absente lorsqu’elle traversait sa période de pubertés. Madame ATANGANA aurait pu canaliser l’énergie qu’elle dégageait à ce moment avec ses conseils de mère et de femme civilisée et descente, mais elle était toujours occupée par son boulot lorsque sa fille avait des questions à lui poser. <<Tu ne vois pas que je travaille ?>>, <<pas maintenant, je suis occupée>>, <<lâche moi les baskets stupide>>.  C’est toujours à ce genre de réponses qu’elle avait droit lorsqu’elle approchait sa mère. C’est ainsi qu’elle s’est ouverte au monde et a reçu les conseils qu’il lui a offert et jusqu’ici elle continue de s’y refugier chaque fois qu’elle a un problème qui la tracasse et exécute à la lettre ce qu’il lui propose comme solution ; ce qui n’est pas toujours évident pour la vie de l’humain .De ce qui est de Leina , bien que sa mère aussi travaille , elle s’arrange toujours à trouver  du temps pour dialoguer avec elle et lui prodiguer des conseils. La mère de Leina pense être l’une de ses meilleurs amies car elle est certaine que sa fille lui dit tout sans crainte ni frayeur et que sa fille  un modèle pour sa génération, elle s’en vente même d’ailleurs parmi ses amies de et il en ai de même pour son père .Ce qu’ils ignorent c’est que leur fille est caractérise par la pudeur , la sainteté, le respect, la soumission lorsqu’elle est sous leur yeux et qu’elle est en réalité perverse

         Les deux semaines étaient passées et nos jeunes femmes s’étaient déjà casées chacune ou elle allait passer ces deux mois et demi. En attendant la rentrée académique pour se revoir, elles s’enverront des SMS, des photos d’elle et leur quotidien, elles se feront des appels vidéos par WhatsApp pour pouvoir se regarder, l’essentiel sera de rester en contact permanant. Elles auront des vacances différentes l’une de l’autre, Davilla pourra sortir et revenir quand elle voudra, elle acceptera surement toutes les invitations à sortir qu’elle recevra, elle s’amusera bien avant la fin des vacances. Ce qui ne sera peut-être pas le cas pour Leina, il y aura peut-être pas des jeunes hommes à son goût á Fondjomkwet pour la courtiser et l’amener dans les Snacks s’il y en a et sa grand-mère lui accorderait la permission de sortir s’amuser. Ou alors elle sera peut-être trop occupée à vouloir profiter et apprendre de sa grand-mère qu’elle n’apercevra peut-être pas le regard intéressant que lui porteraient des hommes du village. Diane quant à elle continuera à vivre le calvaire qu’elle   vivait déjà, elle devra peut-être avoir à faire beaucoup plus de client car la famille s’est agrandie et l’année scolaire prochaine deux de ces frères seront en classe d’examen. Elle continue de prier le ciel pour qu’il lui envoie un mari.

-Non mamie je ne peux pas le faire, cette râpe va m’abimer les ongles je viens de les refaire. Répondit Leina à sa grand-mère qui venait de lui demander de faire écraser les macabos sur une râpe.

 -Tes ongles vont s’habiller qu’ils sont d’abord déshabillés ? Hum ! je vais tout voir dans cette maison avec toi. Répondit mamie The la grand-mère de Leina.

Depuis l’arrive de Leina il y a déjà un mois mamie The avait tout le temps droit à des réponses pareilles lorsqu’elle lui demande de faire quelque chose dans la maison ; <<mamie s’il te plait attend que je fasse ce poste>>, <<je fais mes ongles>>, <<je viens dès que je finis cet appel >> etc. Elle passe tout son temps à faire des manucures pédicure, à faire des soins de visage, à faire des selfies à faires des post sur Snaptchat, Facebook, whatsapp etc. A passer des appels vidéo. Elle trouve que sa grand-mère exagère avec le fait le lui donner du travail tout le temps, sa grand-mère trouve qu’elle est très pareusseuse, c’est normal elle n’est pas habituée au travail à Yaoundé, la ménagère fait presque toute les tâches ménagères, elle se doute qu’elle fera une bonne femme de maison, surtout qu’a peine arrive au village elle voit déjà Alain   un Jeune agriculteur du village avec lequel elle se pavane un peu de partout dans le village et revient à la maison à des heures tardives. Elle découche même parfois pour aller s’amuser avec son chéri et le fait sans prévenir sa grand-mère qui se meurt d’inquiétude pendant son absence. Sa grand-mère lui a pourtant interdit de le voir et aussi même de voir n’importe quel homme dans le village ,mais Leina ne peut pas faire car elle dit être amoureuse d’Alain tout comme elle dit l’être pour les trois autres jeunes hommes avec lesquels elle est en couples à Yaoundé et à Douala .Son amie Diane se demandait ce qui l’attirait réellement chez ce différents  homme car ses parents pouvaient lui offrir tout  ce qu’elle désirait avoir mais elle se sentait plus allaise en collectionnant les hommes.

Une nuit de pleine lune, un peu tard mamie The était assise dans la cour sur un banc de cuisine, contemplant la lueur et la beauté du ciel, chantonnant en balançant la tête de la gauche vers la droite au rythme de son chant . Que  fait-elle  dehors à cette heure de la nuit? Aurait-elle changé de place à sa petite fille ? C’est elle qu’on trouve souvent ici à cette heure lorsqu’elle était présente à la maison. Ou serait-elle en train d’attendre l’arrive de cette dernière qui serait une fois de plus absente et profite pour se relaxer en admirant le claire de lune ? Quelques heures après, Leina entra dans la cour de la maison accompagnée de son soit disant bien-aimé. Dès que sa grand-mère remarqua sa présence, elle laissa tombe sa tête en avant telle une personne profondément en dormi et resta ainsi. Après s’être serré dans les bras, le couple se sépara. Leina avançait à pas de chat tenant ses chaussures entre les mains de peur de réveiller mamie qu’elle croyait en dormi. 

     A peine eu-t-elle traverse sa grand-mère que celle-ci leva la tête et l’interpela d’une voix plutôt calme. Elle n’est pas de nature à se mettre en colère rapidement.

-Mère ! C’est ainsi qu’elle l’appelait toujours car elle avait été surnommé sur sa mère. Prise de peur elle sursauta et resta raide.

-Reviens ici. Rajouta-t-elle toujours calmement.

  -Ma…ma…mamie tu ne dors pas ? Demanda-t-elle avec un ton apeure.

-je dors déjà, depuis même, le banc sur lequel je suis assise là c’est mon lit et j’y suis couche, toi aussi tu dors déjà, tu rêves seulement de moi revient vite. Dit-elle d’un ton un peu lourd.

-D’où viens-tu encore aujourd’hui avec cet homme ? Combien de fois t’ai-je dit que je ne veux pas te voir avec les garçons de ce village et même en dehors ? Combien de fois t’ai-je dite que 19heures n’est pas sensé te trouver en dehors de cette concession ? Regarde l’heure à ton téléphone et dis-moi quel heure est-il ? Avait-elle demandé une fois qu’elle fut revenue sur ses pas.

-mamie, je…je…je suis désolé pour ça.

-Tu n’as pas à l’être, j’ai été douce et patiente avec toi mais je ne peux plus tolérer ces écarts de conduite de ta part au réveil j’en informerais tes parents vas à l’intérieur. Dit-elle d’une voix sévère.

     Cette décision ne fit pas peur à Leine car elle savait que ses parents n’y croiront pas surtout sa mère. Cela s’était passe exactement comme elle l’avait prédit. Madame DJELLE n’avait pas crus à un seul mot de tout ce que lui avait  raconté sa mère  car elle selon elle, elle connaissait très bien sa fille  qui de son point de vue est nature  très réservée et pose qui  n’a  d’ailleurs  même pas encore  connu d’homme et qui  n’en connaitra qu’âpres être pose par un emploie et elle n’avait pas  existé à le lui faire  savoir mais la veille  femme  ne s’était  point  senti  mal  pour cela  car  elle s’avait  qu’elle ne  mentirait  point contre un enfant  et surtout  contre  celle qu’elle aime  beaucoup.

                    De l’autre cote à Yaoundé, Diane avait a décidé de donner une chance à Divin un jeune psychiatre de l’hôpital Jamot qui la courtise depuis bientôt deux ans. Il la couvrait tellement de cadeau et d’argent qu’elle se disait qu’il le faisait pour l’acheter, l’utiliser et la laisser  tomber après comme le font la plus par  d’hommes et comme il le faisait avec ses autres conquêtes  mais  elle s’était rendu compte plus tard qu’elle faisait  fausse  route car il avait plusieurs  fois eu la possibilité de l’avoir dans son lit  mais il ne l’avait pas fait . Il lui avait dit qu’il n’était pas pressé de le faire avec elle car il l’aimait sincèrement et qu’il était même prés à l’épouser avant de passe à l’acte pour lui prouver qu’il n’avait aucune intention de profiter d’elle contrairement à ses autres conquêtes. Avant de rencontrer Diane, Divin était un véritable coureur de jupon, il ne laissait passer aucune fille qu’il voyait et elle le savait, c’est pour cette raison qu’elle avait du mal à croire en ce qu’il disait.  Il avait demandé à rencontrer ses parents mais elle avait peur de ce qui se passera par la suite. Il y avait de cela seulement quelques semaines que leur relation avait débuté mais il l’avait déjà présenté à toute les personnes qu’il considérait et programmait de l’amener voir ses parents à Ndoungué car il était certain qu’elle était la femme qui lui était destinée. Elle avait beaucoup prié le ciel pour qu’il lui envoie un mari, sa prière était exaucée mais elle avait du mal à y croire, elle craignait de se retrouver blessée et déçu par son prétendant. Contre son gré elle commence à avoir des sentiments pour lui mais n’osait rien dire pour ne pas paraitre facile à ses yeux ; elle craignait la réaction qu’il aurait à son endroit si elle le racontait ce qu’elle vivait au quotidien. Elle s’était donc résolu de rester muette à ce sujet mais elle n’y arrivera surement pas car sa grand-mère lui avait appris qu’il ne doit pas avoir de secret dans un couple, que ces derniers sont souvent à l’origine de beaucoup de problèmes lorsqu’ils sont découverts. Elle attendait d’être sure de tout le consternant avant de lui avouer quoique ce soit et d’en parler à ses amies

            A Kribi, Divalla s’est faite bastonner par un de ses copains qui l’aurait surpris à la plage en train de jouer aux amourettes avec un autre homme alors qu’il l’avait invité à une balade ce jour et qu’elle avait décliné son invitation disant qu’elle ira à Douala rendre visite à sa tante malade. Ça l’a mis hors de lui de savoir qu’elle s’était jouée de lui pour aller s’amuser avec un autre. Le jeune homme avec lequel elle se trouvait avait pris la fuite au lieu de prendre sa défense. Si ça n’avait été les personnes présentes au bord de la mer il l’aurait crevé les yeux et cassé les membres, elle s’en était sorti avec un œil enflé et des bleus un peu de partout sur le corps ; elle avait raconté tout un tas de mensonge à sa sœur à propos de cela et elle avait gobé et avait de la compassion pour elle. Cette bastonnade n’avait eu aucun impact sur son comportement elle continuait de se pavaner un peu de partout dans la ville avec les hommes et acceptait d’aller avec le premier venu. Elle profite de ses vacances comme elle l’aurait voulu.

          Un soir, Leina était assise devant la maison   en train de se faire les ongles, sa grand-mère qui venait d’entré la concession se dirigea à la cuisine et lui fit appel. Après avoir fini ce qu’elle faisait, elle suivit   sa grand-mère dans la cuisine occupa le banc qui était tout près de la porte, cette dernière fit semblant de n’avoir pas remarqué sa présence jusqu'à ce qu’elle s’adresse à elle.

-mamie, tu m’as fait appel je suis là. Dit-elle.

-combien de temps dois-je attendre lorsque je t’appel ?

-désolé mamie, je finissais juste de fait mes ongles, les travaux que nous avons faits au champs hier les avaient abimés.

-hum !  Qu’Oh habillé habillé. J’aimerais bien que tu me les montres quand ils seront   déshabillés. Obéir lentement n’est obéir un enfant ne doit pas fait attendre ses parents.

            Après un moment de silence mamie reprit la parole et raconta à sa petite Leina qu’un homme était venu la rencontrer pour lui demander sa main mais qu’elle lui avait demandé d’attendre qu’elle la consulte au préalable.

-Quoi ? Se cria Leina surprise d’entendre des trucs pareils au XXI siècle, elle ne croyait pas cela encore possible aujourd’hui.

-De toute les façons je ne suis et ne serait jamais d’accord. Je n’ai que 21ans, je n’ai encore rien fait de ma vie, je dois préparer ma licence pour pouvoir réaliser mes rêves et mes projets. Mamie les temps ne sont plus les même aujourd’hui les femmes ne se marient plus comme ça.

-Tu dois préparer l’essence hein ? J’espère que cela ne va pas prendre feu et te calciner. Répliqua la grand-mère.

     Mamie trouve que les temps avaient trop changé. Avant, dans ce genre de situation, la femme n’avait pas de mot à dire son père décidait comme il voulait, grâce à sa sagesse, il faisait difficilement le mauvais choix mais aujourd’hui, elle dira plus qu’un mot. Elle écrira même un livre pour dire qu’elle n’est pas d’accord et énuméra ses principes, principes qui ne sont que foutaises.  Autrefois les femmes étaient pleines de valeurs et de qualités. Jamais tu ne les verras s’habiller en se dénudant, flâner dans le village et s’arrêter en compagnie des hommes. Celles qui étaient déjà en âge de puberté restaient toujours avec leurs mamans, elles les accompagnaient dans les champs et les aidaient dans toutes les tâches ménagères jusqu'à ce que le moment soit venu pour elles de rejoindre leurs foyers. C’est ainsi qu’elles apprenaient à devenir des vrai femmes, femmes de valeurs, femmes respectueuses, respectables et respectées. Mais aujourd’hui, elles ne savent pas tenir une houe encore moins un pilon. Elles te diront qu’elles ne peuvent pas tout apprendre à la fois, qu’une fois chez elles, elles prendront une ménagère.  Elles se plaisent à apprendre des choses qui ne leur seront pas utiles. Tu les verras marcher à moitié nu et lorsque tu voudras savoir pourquoi elles se vêtissent ainsi, elles te parleront de la mode. Tu les verras dans tous les coins et recoins en compagnie des hommes et elles auront toujours une justification de leurs présences près d’eux. La plupart d’elles font des enfants sous le toit de leurs parents ce qui était considère comme une abomination il y a longtemps. La femme qui perdait sa virginité avant le mariage était impur et vivait dans la honte le restant de sa vie. Jeune ou veille, la place de la femme était à la cuisine, elle s’occupait de son ménage et de ses Sions elle n'avait pas de place au milieu des hommes. Elle n’avait pas le droit d’accéder à l’école, pour cela ne pouvait travailler nul autre part que dans sa cuisine et ses Sions. Seul les hommes pouvaient fréquenter les écoles et travailler. Après des revendications elle peut maintenant être scolariser et travailler. A l’école elle est prête à donner son corps à n’importe quel enseignant qui la désire pour avoir de bonnes notes et elle sera aussi prête à le faire pour obtenir un travail ou avoir une promotion au lieu de son service. Elle est déjà instruite et travaille aussi que la voici qui réclame maintenant l’égalité de sexe ; elle le réclame tellement qu’elle oublie sa place qu’elle a laissé à la cuisine ; elle le réclame tellement qu’elle finira par devenir un homme dans une peau de femme et transformera l’homme en femme en l’obligeant à occupant sa place à la cuisine. C’est d'ailleurs déjà ce qu’on observe avec les féministes. La femme de nos jours est en train de bafouer l’éducation reçu par nos mamans ; elle foule du pieds les valeurs qui lui ont été inculqué il y’a longtemps ; la valeur de la famille et le respect des parents et des coutumes ne représentent presque plus rien pour elle face à l’école et le travail. Elle perd progressivement ses racines et en est ravis, elle cours à la mondialisation avec un grand sourire sur ses lèvres  en oubliant d'où elle vient et ne s'en soucie point.  Il est vrai que les femmes ont tellement changé mais il faut néanmoins reconnaitre qu’il    y en a encore parmi elles celles qui reflètent encore celles qui leur ont donné naissance, celles qui malgré leur scolarisation respectent toujours leur coutumes et traditions. Mamie The le reconnait et en est fier.

      Les vacances tendaient à leur fin, il n’en restait plus que deux semaine, Alain avait demandé sa bien-aimé de l’épouser mais contrairement à ceux à quoi il s’attendait, elle avait refusé, il avait insisté et pour l’avoir fait il avait passé une semaine sans avoir de ses nouvelle ; elle avait fini par lui pardonner sa bêtise et était allée le voir dans la chambre qu’il louait.

     Diane avait déjà parlé de sa relation avec ses amies, son mariage était programmé, dans trois mois. Elles étaient tellement contentes pour elle qu’elles avaient prévu de célébrer cela à leur retour de vacances.

    Loin de ce qu’elle s’était imaginé, Divin ne l’avait pas jugé lorsqu’elle lui a raconté comment son père la traitait, il l’avait plutôt pris dans ses bras d’amour, en était désolé et lui avait promis de l’aider à oublier ces horribles moments de sa vie. Tout comme ses complices l’ont été lorsqu’elles ont appris la nouvelle, les parents de Diane aussi étaient très comptant lorsqu’elle leur a parlé de Divin et de ses intentions, ils étaient encore plus heureux lorsqu’il est venu les rencontrer avec ses parents. Divin avait un peu discuté avec son père pour lui faire comprendre les conséquences de l’acte qu’il posait à son endroit, à l’issus de cette conversation, il était vraiment gène et avait demandé pardon à sa fille pour tout le mal qu’il lui avait causé et avait promis de changer et d’arrêter de causer du tort à sa famille. Il avait commencé à travailler dure pour prouver à sa fille qu’il n’était pas un paresseux comme il l’avait fait croire il y a des années, il ne revenait presque plus à la maison ivre et sans sous, ses recettes journalières augmentaient progressivement, petit à petit, il avait commencé à prendre ses responsabilités en main. Son gendre lui avait proposé un peu d’argent pour augmenter son capital mais il avait refusé car il était déterminé à montrer à sa fille qu’il était un dur bosseur que les situations difficiles avaient transformé en paresseux et passif. Il se battait plutôt bien.

         De retour de vacances, trois jours avant la rentrée académique, malgré la température très élevé qu’il y avait dehors, nos jeunes femmes avaient consacré toute la journée à la distraction. Elles voulaient profiter au maximum l’une de la présence de l’autre et rattraper le temps passé. Davilla et Leina avaient consacré cette journée pas seulement pour s’amuser mais aussi pour célébrer á leur façons les fiançailles de Diane. Nos amies s’étaient baladées toute la journée telles des folles, entrant et sortant d’un glacier a un autre, d’une boulangerie a une autre, d’un jardin public a un autre ; à la recherche de la meilleure glace, des meilleures pâtisseries et d’un endroit moins populeux et plus calme. Elles voulaient être seules pour pouvoir se raconter dans toute leur profondeur toutes ces choses qu’elles n’avaient pas pu se dire pendant deux mois et demie. Lorsque Leina avait raconté à ses amies qu’un homme avait demandé sa main à sa grand-mère, cela les avait tellement fait marrer, Davilla riait parce que cela la surprenait que ce soit encore possible de nos jours. Elle lui avait même d’ailleurs dit qu’elle n’était pas pour ce genre de mariage car elle avait perdu une de ses tantes qui s’était mariée dans ce genre de circonstance. Son mari s’était présenté très doux et amour aux yeux de ses parents mais qu’une fois dans son foyer, il s’était révélé très brut, violent et sans amour pour aucune personne. Il la frappait à tout bout de coup c’est ainsi qu’un de ces jours, il l’avait frappé jusqu’à ce que mort s’en survienne. Du coup, même si c’était encore faisable elle n’était pas d’accord. Diane riait de cela pas parce que ça lui paraissait antique mais plutôt parce qu’elle connaît son amie et elle savait qu’elle n’était pas prête pour aller dans un foyer. Elle n’était pas surprise de cette histoire parce qu’il y avait un an l’une de ses cousines s’était mariée dans une circonstance pareille et était heureuse dans son foyer. Tout comme Davilla, Leina aussi pensait que dans ce genre de mariage, la femme n’avait pas la possibilité de réaliser ses rêves, ses projets, qu’elle n’était pas épanouie et qu’elle était malheureuse mais ce qu’elle ignorait c’est que sa mère s’était mariée alors qu’elle avait 20ans et venait d’obtenir son probatoire D au lycée de Bandja mais le fait d’être marier n’avait pas pour autant empêcher qu’elle poursuive ses études. Elle avait décidé volontairement d’arrêter ses études en deuxième année a la faculté des sciences de l’université de douala, après avoir donné naissance à sa fille dans des conditions difficiles et qu’on ait affecte son mari du lycée de Nyala pour celui d’Ebone en septembre 1997. Depuis qu’elle avait commencé à travailler à son propre compte dans ses multiples parfumeries il y a dix-sept ans, elle s’occupait de sa maison et de son business en même temps et vivait en harmonie avec son époux. Le fait de se marier jeune n’avait eu aucun impact négatif sur son épanouissement. Ceci pouvait être un bon exemple pouvant aider Leina à changer d’avis par rapport au mariage, mais sa mère se retenait toujours de lui raconter l’histoire de son couple. Chaque fois qu’elle lui demandait comment ils s’étaient rencontrés, elle trouvait toujours un moyen de détourner la conversation on ne sait vraiment pourquoi. Aurait-elle honte de raconter à sa fille que son mariage avait été arrange, que son mari avait envoyé son père rencontrer le sien pour lui demander sa main ? C’était pourtant une pratique fréquente et normale à cette époque et il y a aucune raison d’en avoir honte. Agir ainsi était un signe de respect envers ses parents. Rentrée chacune chez eux à 17h, elles s’étaient données rendez-vous à 20h30min précise pour continuer à s’amuser elles étaient toutes présentes au lieu du rendez-vous avant l’heure du rendez-vous. Elles étaient allées dans un snack non loin de chez elles, Davilla avait offert un champagne en l’honneur de la fiance et à leur bonheur à chacune. Elles s’étaient très bien amusées et étaient retournées chacune dans le domicile de ses parents trois heures plus tard, elles auraient aimé continuer de s’amuser jusqu’au petit matin mais elles ne voulaient pas non plus abuser de la liberté que leur avaient accordé leurs parents. Elles souhaiteraient que ce genre de journée soit fréquente mais comme on dit les beaux jours sont rare, elles avaient profité au maximum de celle qu’elles avaient eu.

     Il y avait de cela sept semaines que les cours avaient recommencé à l’université de Soa, nos étudiantes se donnaient profondément dans les études car elles s’entaient promises d’obtenir leur licence cette année. Elles se préparaient aussi bien pour le mariage de leurs amie, Leina et Davilla avaient pris sur elles beaucoup de charges et travaillaient dure pour la réussite de cet évènement. Seulement Leina ne se sentait pas bien depuis une semaine déjà, elle avait constamment les petits malaises, Legé mal de tête, courte fièvre, manque d’appétit, vertige, cela était surement dû à trop de travail qu’elle effectuait depuis trois semaines car en plus des cours elle travaillait dure pour le mariage, donc cela allait lui passer quand tout sera terminé et qu’elle se serait suffisamment repose.

    Voici le temps était finalement arrive le vendredi elles avaient passé toute la journée à faire les repas que les invités mangeront la nuit lors de la dote. Tout se passait dans une ambiance de joie et de gaité mais a un moment donné Leina s’écroula telle un mur mal levé, ses amies et d’autre personnes entaient accouru pour lui porter secours mais ce n’était rien de grave et elle n’avait rien eu de mal ; Diane inquiète lui avait demandé d’arrêter de travailler mais elle insista pour continuer.

-Ce n’est rien j’ai juste eu un vertige, je vais bien, laisse-moi continuer ce que je faisais. Avait-elle dit.

Toutes les personnes présentes lui avaient demandé de se reposer pour un moment si elle ne voulait pas arrêter de travailler mais elle leur avait fait comprendre qu’il ne lui restait plus que deux jours pour pouvoir se reposer. Après un moment Diane avait pris Leina en aparté et lui avait dit de ne pas se sentir obliger de continuer si elle ne se sentait pas bien, qu’on pouvait même supprimer son couple parmi les demoiselles d’honneur mais elle lui avait rassuré qu’elle allait très bien et qu’elle était capable de le faire. Diane avait remarqué qu’elle devait être malade, elle trouvait donc qu’elle faisait plus d’effort qu’il ne lui en fallait mais puisse qu’elle n’avait pas pu la convaincre elle avait décidé de la laisser faire. La dote c’était passée dans de bonnes conditions, le passage chez monsieur le maire aussi voici  la soirée aussi se déroulait dans de bonne condition, les amies de Diane lui avaient réservé une surprise qu’elles ont dévoilé après le buffet. En effet, elles avaient composé une chanson spécialement pour elle, chanson qui lui disait la profondeur de leur amour pour elle et la félicitait, chanson qu’elle avaient transmis au travers de leurs voix douce ; elle était montée les rejoindre sur la piste et lorsqu’elles eurent fini de chanter, elles s’embrassèrent fortement et coulèrent de larmes de joie. Ceci sous les ovations des invités qui étaient tout aussi émut qu’elles. Elles avaient reçu quelques billets de banque pour les encourager. Bien qu’ils n’avaient pas reçu beaucoup de cadeaux, les jeunes mariés étaient très heureux et remerciaient tous les invités pour avoir pris part à leur mariage, la chanson que leur avaient composé Davilla et Leina était pour eux le meilleur cadeau de mariage.

Voici, le mariage était passé il y avait une semaine,  Leina avait eu le temps de se reposer mais ses malaises ne lui étaient pas passés, ceux-ci s’accroissaient au contraire. Davilla aussi avait certainement un problème avec sa sante car elle n’avait pas eu ses règles depuis déjà soixante-dix jours, il est vrai qu’elle avait un cycle irrégulier mais elle ne les avait jamais attendu plus de quarante-trois jours et cela commençait déjà à l’inquiéter mais elle n’en avait parlé qu’avec ses amies. Leina et elle avaient décidé de se rendre dans un centre de santé pour se faire consulter par un médecin, Diane

 leurvavait proposés d’en parler préalablement à leurs parents mais elles avaient décidé de les donner plutôt le compte rendu de leur passage à l’hôpital. Elles s’étaient rendues à l’hôpital de district de Bahbah, après la consultation de chacune d’elle, parmi les examens que leur avait prescrits le médecin il y avait un test de grossesses, ce qui avait été positif pour toutes les deux. Waouh ! Davilla et Leina enceinte ? Ça c’est une de ces nouvelles qui ne feras surement plaisir à aucune d’entre elle. Que feront-elles de ces fœtus qui grandissent en elles ? Trouveront-elles le courage nécessaire pour annoncer à leurs parents qu’elles deviendront maman d’ici quelques mois ? Si elles réussissent à le faire quelle sera la réaction de chacun d’eux a l’endroit de chacune d’elle ?  Les parents de Leina seront déçus mais ils trouveront peut-être la force de lui pardonner cette bêtise mais ceux de Davilla s’attendaient à cela un de ces quatre et ils lui feront surement vivre les pires jours de sa vie. De toutes les façons, ils ne le sauront jamais car elles avaient décidé de se faire avorter. Assise devant le bureau du médecin depuis un moment, elles pleurent chacune son sort, après un bon moment de pleure, Leina déclara toujours avec les larmes aux yeux :

-je ne peux pas avoir cet enfant, non. Que diront mes parents ? Ils seront très déçus. En plus je ne suis pas prête pour être mère. Cette enfant détruira mes rêves, mes projets et ma vie avec.

-Moi aussi je ne peux pas donner naissance au miens, je veux bien mais je ne peux pas car le garder serait le début de mon calvaire. Mes parents me rendront surement la vie impossible, je ne pourrais pas le supporter.

Mais si elle voulait vraiment garder cet enfant elle pourrait aller vivre avec le père de son enfant ou alors aller vivre avec sa sœur aine ou chez une tante et cela lui éviteras peut-être les menaces de ses parents non ? Y aurait-il pas une autre raison à cette décision. Après un bon moment de pleures elles étaient retournées chacun a son tour voire le médecin pour lui demander de la faire avorter mais il avait refusé de le faire pour chacune d’elles. Cela n’était pas aussi facile que ce à quoi elles s’attendaient.

       La grossesse de Leina était surement d’Alain car il était le seul homme avec lequel elle avait eu des relations sexuelles ces cinq derniers mois, puisse qu’il l’aimait sincèrement et voulait l’épouser, si elle lui en parlait il en serait ravi et prendra surement ses responsabilités de père et même s’il fuyait ses responsabilités, ses parents s’en occuperaient surement. Davilla par contre ne savait pas qui était l’auteur de la sienne car elle s’envoyait en l’aire avec le premier venu et ne gardait pas une relation plus de deux semaines.

       Leurs vies était devenue sombre à cause de leurs grossesses non désirés, Diane leur avait déconseillé l’avortement mais elles étaient obstinées à le faire, elle allait d’un centre de santé a un autre mais on continuait de refuser de les faire avorter, elles avaient déjà parcouru quatre centres de santé  mais rien. Elles avaient donc décidé de faire recoure chez les tradi-praticiens. Une de leurs camarades au campus les avait indiqués une femme quelque part à colfoulou non loin de l’ENIET, chez qui elles étaient parti mais l’avaient absenté. Elles étaient revenu le lendemain et elle les avait reçus, cette dernière les avait fait lécher une poudre noire qu’elle avait mélange à de l’huile de palme, elle leur avait donné une bouteille d’un litre de décoction qu’elle devait boire à trois reprise. La poudre noire mélangé à de l’huile de palme était pour évacuer les enfants et la décoction pour les nettoyer des déchets, elles étaient sensées la prendre à partir du lendemain matin. Pour faire évacuer son enfant, chacune d’elle avait payé une somme de 5000f CFA.

        Pendant la nuit, Leina avait commencé à avoir des petites douleurs au bas ventre, mais ce n’était pas grave, c’était d’ailleurs normale, d'après ce que leur avait dit la dame, c’était un signe que l’enfant était en train d’être détruit. Davilla elle n’avait rien ressenti jusqu’au matin, après le départ de ses parents elle avait pris la première dose de la potion nettoyante c’est alors qu’elle avait commencé à ressentir des douleurs plutôt violent. Dès qu’elles eurent commencé, elle était allée se couche espérant que cela lui passerait ; ces douleurs devenaient de plus en plus atroce.  Elle avait appelé Diane pour lui demander de venir car elle se sentait mal et était seul à la maison, Diane est maintenant une femme marier donc elle ne dispose plus autant de temps qu’avant car elle doit se concentrer sur ses études et s’occuper de son foyer, elle était en train de s’occuper de la maison. Elle lui avait demandé de prévenir ses parents si c’était grave, ce qu’elle n’avait pas fait, elle lui avait dit qu’elle était occupée mais qu’elle viendrait dès qu’elle sera libre. Elle était restée couché toute la journée se tordant de douleur, allant d’un bout de son lit à l’autre ; ses douleurs devenaient de plus en plus violent. Contrairement à l’accoutume, les parents de Davilla étaient revenu à la maison ensemble et un peu plus tôt au environ de 14h. Dès que sa mère entra dans la maison et qu’elle eut déposé son sac à main, elle était allée dans sa chambre pour regarder si elle était présente. Ce qu’elle trouva dans cette chambre était horrible, c’est son cri qui alerta son mari qui accouru tout suite, ils étaient troublés de voir leur fille dans cet état, elle était couchée la pleine de sang et sans vie, sa mère se mit à la secouer en l’appelant espérant qu’elle lui répondrait mais hélas elle n’était plus de ce monde. Ceux sont ses pleurs et ses cris qui accueillirent Diane qui venait d’ouvrir le portait, elle se dépêcha d’entrer pour savoir ce qui se passait mais ce qu’elle trouva à l’intérieur était très dure à supporter pour elle. A voir son amie dans cette situation elle comprit qu’elle avait fait ce qu’elle avait l’intention de faire et que cela avait tourné au vinaigre elle espérait que Leina au moins avait écouté ses conseil mais s’était un espoir de trop, elle devrait plutôt espérer que son cas ne soit pas pareil. Elle pleura en demandant à son amie partie pourquoi elle lui avait fait ça, elle essaya de joindre Leina pour lui informe du malheur qui venait de les frapper sans succès. Elle se dépêcha donc d’aller lui annoncer la nouvelle  mais ce qu’elle trouva était encore plus décevant et douloureux pour elle. Elle la trouva couchée dans le canapé à l’angle de la véranda se tordant telle un serpent qui se déplace.

-Qu’est ce qui ne va pas ? Ne me dit pas que toi aussi tu l’as fait. Davilla est morte. Dit Diane en pleurant.

Leina commença à pleurer tout en continuant à  se tordre. De quoi pleure-t-elle ?  De  la mort de son amie ? De ses douleurs ? Ou alors elle a peur de ce qui lui arriverait ?  Trop tard pour s’inquiéter à ce sujet, elle aurait dû y penser bien plus tôt. Demandant après ses parents, Diane se rendit compte qu’eux aussi n’étaient pas au courant  de la situation dans laquelle elle se trouvait, elle avait immédiatement appelé sa mère qui était déjà en route pour la maison. Une fois à la maison elles l’avaient transporté pour l’hôpital central. Sans tarder son père aussi qui avait été informe de sa situation arriva, à son arrive, le gynécologue vint et confirma ce que Diane avait préalablement dit, elle avait pris des produits pour avorter de son bébé.

-Voilà madame, voilà ce que tu as fait, tu lui as appris exactement la même chose que tu as apprise où je ne sais. Voilà l’éducation que tu lui as donné. Elle a pris un produit pour se faire avorter, pour se faire avorter. Cria monsieur DJELLE très en colère.

Il fallait lui faire un curetage pour cela le médecin l’amena avec lui en salle d’opération. Diane fondit en larme, elle avait tellement mal et avait peur de perdre ces deux amies en un clin d’œil. Heureusement tout s’était bien passe au bloc opératoire mais sa trompe gauche avait été fortement touche et son utérus aussi, donc elle ne pourra peut-être plus avoir d’enfant dans sa vie. Elles en étaient toutes touchées et avaient pleuré de cela mais au moins elle avait encore sa vie, elle pourra donc réaliser ses rêves et ses projets. Leina avaient tellement honte d’elle qu’elle n’osait pas adresser la parole à ses parents, elle restait muette face à tout ce qu’ils avançaient comme parole, elle ne faisait que pleurer. Le fait était fait, devait-elle rester muette pour le restant de ses jours sur terre ? 

      Diane était retournée à Soa pour assister les parents de Davilla dans ce moment douloureux, son corps avait été transporté pour la morgue en attendant l’arrive des membres de sa famille pour établir le programme de ses obsèques, elle avait informé Divin de la situation et il l’avait rejoint la dès qu’il fut de retour du travail.

      Apres ce que le père de Leina avait dit, sa mère culpabilisa et se décida de lui raconter l’histoire de son couple. Elle lui avait raconté qu’elle avait rencontré son père dans une maison ou elle allait pour prendre un remède pour se faire avorter mais que son mari ne l’avait pas su jusqu’à ce qu’elle ait des difficultés pour enfanter et qu’un gynécologue eu révélé que c’était dû au fait que sa trompe gauche avait été touche lors d’un avortement. C’est alors qu’il s’était souvenu que la mère de son ami chez qui il l’avait  vue pour la première fois, faisait avorter les femmes. Elle s’était fait avorter parce que le père de son enfant avait refusé la paternité et elle ne voulait pas avoir un enfant qui grandira sans père. A cause de cela elle avait failli perdre son foyer parce qu’elle l’avait caché à son mari et qu’elle ne parvenait pas à enfanter. Elle avait enfanté quarte ans après son mariage.  En entendre cette histoire, elle fondit en larmes, elle s’imaginait la quantité de douleur par laquelle sa mère avait dû passer, elle se rendit compte de toute la chance qu’elle avait eu mais qu’elle avait ignoré.

     Deux jour après, Leina avait recommence à avoir de vives douleur au bas ventre, elle se tordait dans tous les sens, le médecin  l’avait amené pour une autre écographie mais il n’avait pas eu le temps de savoir ce qu’il y avait d’autre qu’elle avait rendu l’âme. Les pleures retentissaient dans tous les sens. Ses parents étaient tristes et abattus. Diane était déboussolée. En moins de trois jours elle avait perdu les deux personnes qui avaient donné les couleurs a sa vie. Elle avait l’impression que ces couleurs  s’en iront avec elles et que sa vie n’aura plus de sens. C’était tellement dur pour elle qu’elle avait perdu connaissance trois fois le même jour, elle ne faisait que pleurer en appelant ses amies et en les questionnant. Heureusement qu’elle avait un mari qui l’avait pris comme son amie, il l’aidera surement à surmonter sa peine. Mamie The et Alain furent tellement tristes en apprenant le décès de Leina. Mamie avait pleuré beaucoup trop même << voilà l’essence que tu voulais préparer la qui  t’a calcine, sans que tu ne réalises tes projets et tes rêves>>. Alain venait de perdre la femme de sa vie celle qu’il avait souhaité avoir comme femme, comme mère de ses enfants. Il avait tellement pleuré au point de vouloir se suicider, heureusement qu'il s'était vite retenu avant de commettre un autre délire. Il se sentait tellement coupable de sa mort car il l’avait mis enceinte consciemment et sans son consentement, il pensait que lorsqu’elle saura qu’elle est enceinte, elle accepterait de l’épouser tout suite ou même il restera à jamais lié l’un à l’autre ; cela ne s’était pas passé comme il l’imaginerait, voilà qu’il l’avait perdu à tout jamais. Après son retour à Yaoundé, chaque fois qu’ils causaient, il attendait et espérait patiemment qu’elle lui annonce qu’elle était enceinte mais il avait plutôt reçu l’information de son décès suite à un avortement par sa grande mère. Quelle douleur pour lui, il perd à la fois son futur premier enfant et sa future épouse à cause d’un attachement immodéré qu’elle avait à ses rêves et à son soit disant épanouissement et bonheur auxquels elle n’accèdera jamais.

POEME

de Benoît Koukoui 

Il est une chose dont je suis plus que sûr

La femme mérite tous les honneurs du monde

Par son amour, elle façonne la vie et en donne

Elle est un être dont la présence rassure

Dans ce sillage je citerai la femme africaine

La femme que l'humanité appelle reine

Pour toi ma plume porte plainte

Elle porte plainte contre cette société

Dont tu es l'énergie regenerescente

Mais qui décide de t'avilir par naïveté

Une société qui te désabuse, te déshabille

Et t'impose de rester dans l'ombre de l'homme

Ton malheur est d'être née fille

Le taux de femmes analphabètes est hors norme

Les instances de décision ne sont pas faites pour elles

Celles qui s'en sortent sont taxées de rebelles

Elles sont rapidement étouffées

Par des idéaux diaboliquement étoffés

A peine elle est au printemps de son âge, on veut l'eciser

Elle ne s'en est pas encore remise qu'on veut souiller son hymen

Pour toute chose, on veut l'entendre dire amen

J'ai vu des femmes battues

J'ai vu des femmes traumatisées et abattues

Des femmes forcées à entrer dans des foyers

Poussées au mariage avant l'âge

Avec le temps, elle se voit entièrement noyée

Vu qu'elle n'a pas reçu une formation conséquente pour cette charge

Pour laquelle elle est vouée à une exécution dans la soumission

Alors qu'elle n'en peut plus, elle songe à la démission

Parfois son avis ne compte pas

Elle doit se taire et se mettre aux pas

Ses droits sont bafoués et sacrifiés sur l'autel de la tradition

A défaut de la tradition, l'on parlera de la religion

Femme africaine, femme vertueuse

Je rêve de te voir épanouie et heureuse

Dans une société qui t'investit dans ton rôle

Celui selon lequel tu tiens le monde sur tes épaules